En France le nom de Dassault est souvent associé à de très grandes réussites commerciales et industrielles, tant dans le domaine de l’aviation civile commerciale que dans celui des avions de combat. Néanmoins comme la totalité de ses concurrents l’avionneur clodoaldien a connu des ratés, des avions qui soient n’étaient pas réussis soit n’ont pas trouvé leur marché à l’image d’un petit monoréacteur apparu dans la seconde moitié des années 1950 : l’Étendard VI.
Face au risque alors considéré comme majeur que l’Union Soviétique ne frappe les bases alliées majeures avec des armes thermonucléaires l’OTAN lança en décembre 1953 le programme NMBR-1, pour NATO Basic Military Requirement 1 . Placé sous le contrôle de l’Advisory Group for Aeronautical Research and Development installé en France à Neuilly-sur-Seine, alors dans le département de la Seine, il devait évaluer l’avion le adapté aux besoins de l’alliance Atlantique. Des avionneurs américains,britanniques, français, et italiens furent alors mis en concurrence.
L’Aerfer Sagittario II, le Breguet Br.1001 Taon, le Dassault Mystère XXVI, le Fiat G.91, le Folland Gnat, le Northrop F-5A/B Freedom Fighter, et le Sud-Est SE.5000 Baroudeur devaient s’opposer dans la compétition. Le cahier des charges du programme NMBR-1 était assez précis avec des points spécifiques comme une masse à vide de 2200 kilogrammes maximum et de 4700 kilogrammes en charge, une vitesse maximale horizontale en haut subsonique de l’ordre de Mach 0.95 en altitude, un armement compris entre deux canons et quatre mitrailleuses lourdes, ou encore une capacité à opérer depuis des terrains sommaires avec une course de décollage n’excedant pas 1100 mètres. Clairement ce futur chasseur léger devait avoir des capacités assez novatrices.
Rapidement le Baroudeur français et le Sagittario II italiens furent considérés comme hors compétition car non adaptés. De manière plus surprenante ce fut aussi le cas du F-5A/B Freedom Fighter américain et du Gnat britannique qui étaient considérés comme trop efficaces sur bien des points pour entrer en ligne de compte. Le Br.1001 Taon lui aussi français fut un temps envisagé comme membre de la compétition finale avant que les responsables de l’Advisory Group for Aeronautical Research and Development ne le recale à son tour. Les deux challengers étaient donc le Dassault Mystère XXVI et le Fiat G.91. Les deux avions avaient en commun d’être articulés autour du turboréacteur Bristol Siddeley Orpheus, pensé spécifiquement pour les chasseurs légers de l’OTAN.
Directement dérivé du chasseur biréacteur Étendard II conçu quelques temps auparavant le Dassault Mystère XXVI était mû par un réacteur Orpheus BOr.1 de 1700 kilogrammes de poussée. Sur cet avion l’armement se composait de quatre mitrailleuses Browning de calibre 12,7 millimètres et d’une charge externe pouvant atteindre 540 kilogrammes de bombes et de roquettes air-air et air-sol. Il se présentait sous la forme d’un chasseur monoréacteur à aile basse en flèche construit intégralement en métal et disposant d’un poste de pilotage monoplace largement vitré. Son train d’atterrissage tricycle escamotable avait été renforcé.
Son prototype vola le 15 mars 1957 depuis le centre d’essais de Melun-Villaroche, en Seine-et-Marne.
Alors même que l’avion était en compétition dans le cadre du programme NMBR-1 l’Armée de l’Air fit savoir son intention d’en commander 300 exemplaires, afin notamment de remplacer les Ouragan et Mystère II du même constructeur. Le Dassault Mystère XXVI voyait donc une porte de sortie en cas de victoire de Fiat. Car l’avionneur italien progressait bien plus vite que son concurrent français. Il faut dire que le G.91 était plus rustique, moins avancé. Le 14 septembre 1957 le second prototype vola cette fois avec un turboréacteur Orpheus BOr.3 de 2200 kilogrammes de poussée et deux canons de 30 millimètres de calibre en lieu et place des quatre mitrailleuses.
C’est juste après ce vol que le Mystère XXVI fut renommé Étendard VI, un patronyme jugé plus simple.
En janvier 1958 après plusieurs essais comparatifs le Fiat G.91 est déclaré vainqueur du programme de chasseur léger de l’OTAN, malgré des qualités intrinsèques jugées moindre que celle du Dassault Étendard VI. L’avionneur français ne baisse pas les bras, la lettre d’intentions de l’Armée de l’Air concerne toujours 300 exemplaires. Hélas celle-ci demeure lettre morte, ses généraux préférant se concentrer sur le tout nouveau Mirage III aux qualités annoncées bien supérieures.
Le chasseur léger Étendard VI ne sera pas construit en série.
Aujourd’hui passablement retombé dans l’oubli cet élégant avion de combat, aux lignes quasi parfaites, dans la tradition de son constructeur, servit un temps aux essais qui permirent de développer l’Étendard IVM pour la Marine Nationale. Le Dassault Étendard VI vit ses deux prototypes envoyés à la ferraille au début des années 1960, il n’en reste donc rien de nos jours. Il faut à la fois le dernier chasseur Mystère et le dernier chasseur Étendard, la fin d’une (belle) époque pour l’industrie aéronautique française.
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