Au cours de la Seconde Guerre mondiale l’US Army Air Force et l’US Navy rivalisèrent dans de nombreux domaines aéronautiques, cherchant toujours à avoir le dessus sur l’autre. Logiquement ce fut souvent la première qui l’emporta mais dans de très rares cas la seconde put mettre en œuvre de bien meilleurs avions que sa rival terrestre. Loin d’en prendre ombrage l’USAAF se permit même parfois de faire adapter pour ses besoins de tels aéronefs. L’un des plus célèbres d’entre eux est sans nul doute le bombardier en piqué et avion d’attaque au sol Douglas A-24 Banshee.
À l’automne 1939 le déclenchement en Europe de la Seconde Guerre mondiale fut ressenti comme un énorme électrochoc auprès des militaires américains, neutres mais surtout conscients de leurs retards nombreux. La Blitzkrieg allemande, et notamment l’emploi de son bombardier en piqué Junkers Ju 87 Stuka rappela à l’US Army Air Corps qui lui manquait un tel avion. L’abandon du programme du Vultee A-19 eut des conséquences immédiates sur la doctrine américaine.
Les bimoteurs Douglas A-20 Havoc, Martin XA-22 Maryland et XA-23 Baltimore, ou même Stearman XA-21 étaient bien trop gros. L’US Army Air Corps avait besoin en urgence d’un monomoteur.
Cela tombait alors bien puisque l’US Navy et l’US Marines Corps possédaient dans leurs rangs un tel avion, le Douglas SBD Dauntless dérivé du Northrop BT. Des négociations furent lancées au printemps 1940 et l’US Army Air Corps se proposa d’étudier en profondeur le SBD-1. Un exemplaire lui fut confié et testé en vol par le 24th Bomb Squadron qui évoluait alors sur bimoteur moyen Douglas B-18 Bolo. Les résultats ne furent pas extraordinaires, notamment parce que les pilotes terrestres américains n’avaient aucune expérience du bombardement en piqué.
Pour autant soixante-dix-huit SBD-1 furent commandés et reçurent la désignation de Douglas A-24 Banshee. Ils mirent beaucoup de temps avant de bombarder quoi que ce soit ; étant en effet employés comme avions d’entraînement avancé au bombardement en piqué.
Quand le 7 décembre 1941 le Japon attaqua l’US Navy à Pearl Harbor l’US Army Air Corps avait laissé la place à l’US Army Air Force. Les A-24 Banshee étaient alors tous opérationnels, quatre d’entre eux étant notamment à Hawaï et donc balayés au sol par les bombardiers et chasseurs nippons. Immédiatement l’USAAF commanda en urgence quatre-vingt-dix exemplaires supplémentaires. Seul hic le SBD-1 qui leur avait servi de modèle n’était plus en production, remplacé par le SBD-3. Les nouveaux avions seraient ainsi construits tandis que les survivants du premier lot furent tant bien que mal modernisés in situ à ce standard.
Extérieurement il a toujours été très difficile de différencier un Douglas A-24 Banshee d’un SBD Dauntless. Les principales différences sont dans les détails. Avions terrestres les A-24 Banshee ne possèdent pas de crosse d’appontage, celle-ci ayant été déposée. De la même manière le train d’atterrissage fut revu, la roulette de queue en caoutchouc plus adaptée aux ponts d’envol des porte-avions fut remplacée par une classique en pneumatique. De la même manière les avions étaient livrés sans traitement anti-corrosion puisque non prévus pour voler au-dessus de la mer.
Plus encore qu’une version terrestre l’A-24 Banshee était une version minimaliste du SBD Dauntless.
Peu avant Pearl Harbor et alors que les menaces du Japon sur l’ensemble du Pacifique se précisaient Washington DC envoya, via le convoi maritime Pensacola, un lot de cinquante-deux A-24 Banshee vers les Philippines. Malheureusement l’attaque des Japonais contre cet allié de l’Amérique obligea l’US Navy à envoyer ses navires vers Brisbane en Australie.
C’est de là qu’ils commencèrent la guerre du Pacifique, mais pas avant qu’un second convoi ait transporté dix avions supplémentaires et cent tonnes de pièces détachées… et de munitions.
En parallèle cent soixante-dix A-24A furent construits à partir du SBD-4 tandis qu’à l’été 1942 Douglas reçut la plus grosse commande de Banshee pour six cent quinze A-24B dérivés du SBD-5.
Engagés quasi exclusivement dans le Pacifique les Douglas A-24 Banshee étaient rarissimes en Europe et dans le bassin méditerranéen où l’US Army Air Force lui préféra le North American A-36 Apache jugé plus adapté. Une cinquantaine d’avions seulement furent engagés contre les forces allemandes et italiennes. Parmi ceux-ci figurent les six seuls RA-24B de reconnaissance photographique dérivés du SBD-4P. On en sait peu de leur emploi, si ce n’est qu’ils ne furent jamais au niveau des North American F-6 Mustang.
Au titre de la loi de Prêt-Bail un Douglas A-24 Banshee fut fourni aux Britanniques en plus des huit SBD Dauntless. Et comme ceux ci furent rejeté par la Fleet Air Arm il subit le même sort de la part de la Royal Air Force. Pour autant un allié de l’Amérique en fut doté : la France Libre. Les livraisons d’A-24 Banshee aux pilotes français furent cependant assez ératiques.
Après que les Alliés aient mis pieds en novembre 1942 au Maroc, via l’opération Torch, l’école de pilotage de Meknes fut réactivée par les FAFL, les Forces Aériennes Françaises Libres. Un lot de vingt-sept A-24B Banshee lui furent livrés… désarmés. Les aviateurs français ne concevaient alors pas vraiment ce bombardier en piqué autrement que comme un avion école. Cela allait changer.
Lorsqu’il fut fondé en octobre 1943 le Groupe de Bombardement I/17 Picardie reçut une dizaine d’A-24B Banshee en plus des Bristol Blenheim Mk-IV promis par les Britanniques. Il y resta jusqu’au début de l’année 1945. À partir d’octobre 1944 le bombardier en piqué américain devint la monture de prédilection du Groupe de Chasse-Bombardement I/18 Vendée chargé d’appuyer les troupes françaises contre les forces allemandes.
Au printemps 1945 l’Armée de l’Air renaissante alignait une centaine de Banshee des trois versions différentes. Elle les conserva jusqu’en 1948.
Une fois la Seconde Guerre mondiale terminée on aurait pu croire que les Douglas A-24 Banshee allaient finir à la casse. Il n’en fut rien et quand l’US Air Force vit le jour en septembre 1947 plus de trois cents exemplaires y volaient encore. Fait surprenant ils virent leur désignation transformée en F-24 Banshee alors que ces avions n’avaient rien de chasseurs. C’est pourtant bien dans des unités de chasse que ces avions d’attaque servirent jusqu’en 1951, notamment au sein d’unités de la jeune Air National Guard. Une tradition qui perdure de nos jours puisque les Fairchild-Republic A-10 Thunderbolt II ont toujours été employé par des squadrons et des wings de chasse et non d’attaque.
Bombardier en piqué de bonne qualité mais piètre avion d’attaque le Douglas A-24 Banshee connut une carrière assez riche durant la Seconde Guerre mondiale, grâce notamment aux pilotes de la France Libre. Aujourd’hui le National Museum of the US Air Force de Dayton dans l’Ohio préserve un A-24B.
Rappelons que le nom de Banshee, issu du folklore irlandais, a également été donné au chasseur embarqué McDonnell F2H apparu durant la seconde moitié des années 1940.
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