FICHE DESCRIPTIVE

Appareil : NASA M2-F1
Constructeur : National Aeronautics and Space Administration
Désignation : M2-F1
Nom / Surnom :
Code allié / OTAN :
Variante :
Mise en service : 1963
Pays d'origine : Etats-Unis
Catégorie : Avions expérimentaux
Rôle et missions : Aéronef expérimental à corps portant

HISTOIRE

NASA M2-F1 :
Un bricolage à l'origine de la conquête spatiale américaine”

Entre les années 1950 et la première moitié des années 1960 l’aéronautique et la conquête spatiale étaient totalement imbriquées aux États-Unis. Le NACA puis la NASA qui lui succéda avaient pris cette habitude de constituer des équipes dédiées à l’espace avec à l’intérieur des personnes venant du monde de l’aviation. C’est ainsi qu’en dehors des fusées les premières études de vaisseaux destinés à l’exploration du cosmos étaient en fait menées par des ingénieurs en aéronautique et des pilotes d’essais. On appela ce programme Lifting Body et le premier aéronef à voler suivant ce concept fut le planeur M2-F1 conçu directement par la NASA.

Au début de la seconde moitié des années 1950 le NACA (pour National Advisory Committee for Aeronautics) lança un programme visant à développer des engins spatiaux pilotés permettant de s’affranchir des capsules lancés par des fusées. Cette méthode était alors privilégiée par les Américains. Pourtant elle avait le grave défaut de mettre en danger l’astronaute ou l’équipage qui devait amerrir en plein océan et ensuite être récupéré par un hélicoptère de l’US Navy. Plusieurs hypothèses furent étudiées mais dès 1957 les ingénieurs s’orientèrent vers le principe des corps portant ou Lifting Body en anglais. Cette technologie très innovante avait été mise en avant par l’ingénieur en chef Alfred J. Eggers Junior, alors un des patrons du NACA.

L’année suivante le NACA disparut et fut remplacé par la NASA, pour National Aeronautics and Space Administration. Cette dernière plaça le programme des Lifting Body comme prioritaire. Et c’est l’ingénieur R. Dale Reed qui fut chargé de développer directement pour la NASA le premier engin de ce type. Reed n’était pas un inconnu puisqu’il avait déjà participé au développement des Bell XS-1 et X-5 ou encore du Douglas D-558-2 Skyrocket.
Son idée fut alors de développer une maquette à l’échelle réduite, d’à peine 80 centimètres de long afin de l’étudier en tunnel. Pour gagner en masse et également économiser au maximum les dollars Reed utilisa du balsa et de la colle à maquettes. Des essais sont ensuite menés en Californie. Cette maquette est remorqué par un mini-drone.
Pour la petite histoire c’est sa propre épouse, secrétaire à la NASA, qui réalisa les rares films qui existent de ces essais à l’aide de la caméra 8mm de la famille Reed. Sans le savoir leur bricolage ouvrait la voie à une partie de la conquête spatiale.

Début 1962, soit moins d’un an après l’historique vol du cosmonaute soviétique Youri Gagarine, la NASA décida de lancer l’assemblage d’un aéronef à corps portant. Mais avec un budget d’à peine 30 000 dollars impossible pour Reed et son équipe d’envisager l’achat d’un réacteur, d’une turbine, ou même d’un moteur-fusée. Qu’à cela ne tienne leur appareil sera un planeur. Il reçoit la désignation de NASA M2-F1. N’étant pas destiné à l’US Air Force l’engin ne reçoit pas de codification en X.
Si la structure du planeur est en tubes de métal le fuselage est recouvert de plaques de contreplaqué. Le plastique est également largement utilisé, notamment au niveau de la verrière usinée en plexiglas. Les roues de son train d’atterrissage sont prélevées sur un avion de tourisme Cessna 140 abandonné sur un terrain tout proche. Le M2-F1 a vraiment tout d’un avion amateur, si ce n’est qu’il est conçu par l’administration fédérale américaine qui gère alors l’aéronautique et le spatiale.

Sa forme très particulière due au corps portant fait que ses concepteurs l’affublent très rapidement du sobriquet de «Flying Bathtub», c’est à dire la baignoire volante.
Pour ses premiers essais en vol il est décidé de le tracter à la manière d’un enfant courant avec un cerf-volant. Les ingénieurs de la NASA se mettent alors en quête de l’automobile parfaite pour ce rôle. Mais n’ayant pas beaucoup d’argent ils doivent se contenter du parc véhicule de l’administration fédérale. Ils envisagent alors une Jeep réformée par l’US Army mais jamais celle-ci ne pourra atteindre les 150km/h nécessaire au décollage du M2-F1. Ils découvrent alors que le ministère de la justice possède quelques Pontiac Catalina décapotables. Cette grosse berline typiquement américaine disposait d’un moteur de 300 chevaux. Après quelques négociations, et parait t-il une enveloppe offerte à un fonctionnaire fédéral peu regardant, la Pontiac Catalina gagnait le centre d’essais californien de Mountain View, après avoir été repeinte en blanc et décorée d’une sérigraphie NASA. L’équipe de Reed reprit son bricolage habituel et réussi à transformer la grosse voiture en remorqueur de prototype.

Et c’est ainsi que le premier vol eut lieu le 1er mars 1963. Si l’histoire n’a retenu que le nom de Reed parmi les occupants de la Catalina celui du pilote d’essais Milton Thompson (voir la photo en illustration) est lui demeuré. Il pilotait le NASA M2-F1. Ou plus exactement il lui empêchait de trop tanguer.
Alors que les calculs mathématiques menées par les ingénieurs mirent en avant que le Lifting Body décollerait à la vitesse de 150 km/h il s’éleva en fait à 135 km/h.
S’en suivirent près de 400 vols tractés par cette grosse berline, le prototype s’élevant à chaque fois de quelques mètres, rarement plus de quinze.

Mais déjà Reed et son équipe rêvaient de voir vraiment voler le NASA M2-F1. Après avoir étudié toutes les possibilités de tractage par un avion, et là encore dans un souci d’économies au maximum les ingénieurs jetèrent leur dévolu sur un vieux Douglas R4D-2 Skytrain hérité de l’US Navy et utilisé par la NASA pour des vols de liaisons et d’entraînement multi-moteurs. Après avoir installé un équipement similaire à celui de la Pontiac Cadillac le premier vol remorqué par avion put avoir lieu le 16 août 1963.
Des modifications furent également apportées au planeur, qui était appelé à ne plus en devenir un. En effet un moteur-fusée d’une poussée de 112kg alimenté au propergol doit permettre l’aide à l’atterrissage de l’engin. En cas de non utilisation le propergol doit être brûlé au sol, la NASA refusant sinon d’accueillir le Lifting Body dans ses hangars. Niveau sécurité un siège éjectable de fortune est bricolé. Un extincteur à poudre est désormais également embarqué dans le cockpit.

Largué à 3650 mètres d’altitude, aux commandes là encore de Milton Thompson, le Lifting Body mit à peine deux minutes à retrouver le plancher des vaches. Et le pilote d’essais était très enthousiaste. Durant trois ans, jusqu’au 16 août 1966 le NASA M2-F1 enchaîna un total de 76 vols depuis le R4D-2 Skytrain. Parmi les pilotes à avoir également pris les commandes de ce planeur hors du commun on retrouve le très célèbre Chuck Yeager ou encore l’astronaute Joe Engle.
Pour la petite histoire le M2-F1 étant un aéronef administratif il reçut l’immatriculation civile N86652.

Après son retrait du service le NASA M2-F1 sauve sa peau en rejoignant le musée d’Edwards AFB, dédié aux essais en vol. Il y est toujours en 2020. Mais surtout le M2-F1 ne fut pas le seul aéronef à corps portant. Ce moto-planeur fut suivi par des machines plus évoluées conçues par Martin et Northrop. Leur technologie permit de déboucher sur les navettes spatiales américaines. Et dire que tout est partie d’une maquette en balsa et d’une baignoire volante.

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PHOTOS

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

Modèle : NASA M2-F1, après ajout du moteur-fusée.
Envergure : 4.32 m
Longueur : 6.10 m
Hauteur : 2.90 m
Motorisation : 1 moteur fusée.
Puissance totale : 1 x 112 kgp. sans post-combustion
Armement : aucun
Charge utile :
Poids en charge : 567 kg
Vitesse max. : 240 km/h à 3650 m
Plafond pratique : 3650 m
Distance max. : 15 Km après larguage par le R4D-2 Skytrain.
Equipage : 1
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PLAN 3 VUES

Plan 3 vues du NASA M2-F1

PROFIL COULEUR

Profil couleur du NASA M2-F1

VIDÉO

Essais de tractage du M2-F1 par la Pontiac Catalina.