L’annonce a été faite il y a maintenant un peu plus de deux semaines. L’état-major de la force aérienne russe a annoncé avoir commandé à l’avionneur Sukhoi douze exemplaires de son nouveau chasseur Su-57. Un avion que, rappelons-le, le pouvoir russe présente comme le concurrent le plus sérieux face au F-35A Lightning II américain. Mais alors pourquoi si peu d’avions achetés lors de cette première commande ?

Ce qui étonne c’est que ces douze Sukhoi Su-57 ne seront nullement des avions de présérie mais bel et bien des machines destinées à entrer en service opérationnel. Car les dix avions existant actuellement sont eux des appareils expérimentaux (on y retrouve notamment le prototype T-50) même si certains furent engagés dans une pseudo-opération de combat au-dessus de la Syrie il y a quelques semaines.

Alors du coup on est clairement en droit de se demander pourquoi la Russie, une des plus grandes puissances militaires de son temps, se limite seulement à douze Sukhoi Su-57 et non à au moins cinq ou six fois plus d’exemplaires. Qu’aurait-on dit si l’Armée de l’Air n’avait acheté que douze Dassault Aviation Rafale en son temps, ou bien la Royal Air Force avec l’Eurofighter EF-2000 Typhoon ?

Pourtant ça ne peut pas être les qualités intrinsèques de l’avion qui soient en tort. Les médias aéronautiques pro-russes nous ont suffisamment présenté ce joujou comme une machine extraordinaire (ce que théoriquement elle devrait être !!!) et donc comme le futur défenseur de l’espace aérien du pays face aux avions de l’OTAN. Alors quoi ? La défense russe aurait-elle eu plus gros yeux que gros ventre, aurait-elle surévaluée ses capacités de dépenses ?

Cette piste n’est pas à sous-estimée tant les différentes composantes de la défense russe sont aujourd’hui en recherches de matériels et d’armements contemporains. Il ne faut pas oublier que près 75% des équipements militaires russes en 2018 datent de bien avant la fin de la guerre froide. Pour mémoire l’URSS s’est effondrée en 1990.
La majorité des véhicules légers de l’armée russe a plus de cinquante ans, certains hélicoptères opérationnels ont eux aussi dépassé cet âge, et nous ne reviendrons pas sur l’état de la marine russe et de ses navires de surface.
Du coup l’achat de ces Su-57 en grand nombre est-il justifié ? Pas forcément quand on sait que les Mikoyan MiG-29, Sukhoi Su-27, et consorts font très bien le job.

Mais l’aviation russe craint peut-être, et Sukhoi sûrement encore plus, de revivre le cauchemar du Su-37. Ce super chasseur avait été tué dans l’œuf par la faiblesse des finances russes qui ne permirent pas sa commande en série. Or on sait qu’un avion de combat qui ne sert pas dans son propre pays de conception n’a que très peu de chances d’être ensuite commercialisé à l’export.

Du coup cette commande de douze Sukhoi Su-57 pourrait permettre ensuite à l’avionneur de proposer cet avion furtif sur des marchés internationaux. Mais Sukhoi devrait se dépêcher car Lockheed-Martin y est déjà présent et vend très bien son avion, malgré les critiques.

Peut-être que dans quelques semaines le gouvernement russe daignera passer enfin une vraie commande de Su-57, c’est à dire au moins cinquante ou soixante exemplaires de série. Ainsi cela rassurera les nombreux passionnés d’aviation qui s’en inquiètent.
Nous les premiers.

Photo © Wikimédia Commons.

11 COMMENTAIRES

  1. On peut aussi imaginer que l’avion n’est pas satisfaisant et l’état mais que l’avionneur doit être soutenu. On peut imaginer qu’en fait c’est une bouse mais que l’état ne veuille pas l’admettre après nous avoir dit qu’il pouvait lutter contre des X wings. On peut imaginer qu’ils en commandent peut car il n’a toujours pas ses moteurs définitifs ou ses équipements de mission. On peut imaginer que comme le Rafale, on achète des avions dans un standard allégés a upgrader plus tard. On peut imaginer que malgré la communication, ils n’ont plus un radis, etc.
    Ça manque un peu de réponses à la question en fait. Pourquoi?
    Et ben on en sait rien… mais on sait que les russes ont tendance à exagérer les capacités de leurs nouveaux ou futurs matériels.

  2. Bonjour,
    Comme vous le faites remarquer, la France n’a commandé que 12 Rafale F1, Rafale avec peu de capacités ayant été retrofités bien après pour avoir quelque chose d’aussi valables que le F3…
    A l’heure actuelle le nouveau moteur du Su-57 est installé, mais n’est pas totalement prêt, des ajustements (aérodynamiques ou électroniques) sont encore en cours d’élaboration/implémentation, et tout les domaines ne sont pas ouverts…
    Autant de bonne raison de ne pas en commander trop qui serait ensuite à retravailler plus ou moins en profondeur, que de devoir en jeter plus de 100 comme le font les US avec leur F35.

    • Sauf que les douze Rafale F1 commandés l’étaient par la Marine Nationale, qui rappelons-le n’avait à l’époque ni les besoins ni les moyens financiers qu’elle a eu par la suite. Mais ça bizarrement Xavier vous avez omis de le préciser.
      Honnêteté intellectuelle quand tu nous tiens…

      • C’est toujours drôle d’entendre les mots « honnêteté intellectuelle » de la part d’Arnaud, un gars qui assume pleinement son côté fanboy de l’OTAN et mépris de la Russie. L’honnêteté intellectuelle n’obligerait pas a être impartial ?

        Sinon, quel scoop, la Russie n’a pas énormément d’argent et n’a pas la capacité financière de faire des commandes internes comparable a celles des USA !
        Je me doute que d’autres commandes suivront quand le budget suivra.
        Après, pour une fois je suis d’accord avec toi (c’est hyper rare !!!), je ne m’attends pas a ce que cet avion soit extraordinaire. Cet avion est une sorte de plagia du F-35 (ou du F-22) ce qui est en soit une mauvaise idée tant ces avions sont inadapté au théâtre d’opération. Le SU-57 semble un poil plus rustique, ce qui est une bonne chose, mais je continue de penser que des appareils comme les SU-27, SU-33 ou même les antiques SU-25 hautement blindés sont plus a même de servir dans nos conflits modernes asymétriques que des divas comme le F-35 dont la moindre rayure coûte plusieurs centaines de milliers de $…
        Celà pourrait passer pour du chauvinisme, mais je trouve que Dassault a su trouver le meilleur équilibre entre technologie de pointe, rusticité, performances, agilité, et faible cout / cout de maintenance.

        Au vu de leurs finances, les Russes auraient mieux fait d’investir dans une modernisation du SU-37 + commandes, le taff aurait été fait et avec autant d’efficacité.

        Les américains vont violement se flinguer leur industrie aéronautique en remplaçant les excellents A-10, F-15, F-16 et F-18 par des F-22 et des F-35 complètement mal conçus et onéreux. J’espère que les Russes seront plus malins

        • C’est 3000 F35 qui sont prévus.
          Pourris ou pas, avec un tel chiffre, l’industrie aéronautique Américaine ne risque pas d’être flinguée.

  3. Le budget militaire de la Russie est de 70 milliards de $ alors que celui des Etats-Unis est de 600 milliards de $, (chiffres 2016) : forcément les Russes ne peuvent pas faire les même frais que les USA. Alors commander une douzaine de Su-57 c’est déjà beau… Ce qui est intéressant c’est que vous dites que les Mig-29 et Su-27 « font très bien le job ». Quant au F-35, s’il se vend bien c’est d’abord parce que c’est un « JSF » (Joint Strike Fighter) dans lequel beaucoup de pays hors US ont injecté des milliards. Quand à la Belgique au budget militaire si court que sa « composante » terrestre est exsangue, qu’elle garde ses F-16MLU, parce qu’ils font très bien le job….On saura vite si nos voisins Néerlandais sont vraiment contents de leurs F-35 dits opérationnels.

  4. Dans l’idée le Su-57 est plus le concurrent du f-22 que du f-35 (qui est une plate-forme de tir ultra connectée et non pas un avion de supériorité aérienne).

    Cela dit je rejoins Toni dans l’idée que le petit nombre de commandes vient sûrement du simple fait que la Russie est très loin d’avoir les capacité financière des États-Unisiens (le PIB de l’union européenne est 5 fois celui de la Russie).

    Les contraintes de furtivité font sûrement exploser les coûts de production du dernier né des usines du constructeur moscovite.

    Attendons de voir ce qu’il donnera, pour l’instant ses capacité sur le terrain, come le f-35 restent à prouver.

  5. Cela ne me choque pas outre mesure, les Russes commandent leurs appareils par petites quantités.
    Par exemple pour 2017 ils ont commandé 16 SU-34, mais en 2010 c’était 4, et en 2011 cela montait à 6, ainsi de suite.
    L’on pourrait croire que cela est planifié à la petite semaine, mais pour autant ça ne remet pas en cause les qualités de ces appareils ni ne met fin à la série, ils ajustent les commandes en fonction des finances du moment et du degré de maturité de l’appareil. Et au final, la flotte de Fullback est à l’heure actuelle relativement conséquente.

    Idem à mon sens pour le SU-57 : il s’agit d’un premier lot, forcément peu important car voué à des mises à niveau assez rapidement (c’est toujours le cas avec les premières séries). Un second lot suivra après réception des appareils et les premiers retours d’expérience, avec sans doute quelques modifications mineures, etc.
    Le mode opératoire est similaire aux autres forces aériennes, la ligne de production doit monter en puissance après les ajustement des premiers exemplaires réalisés. C’est simplement la façon de passer commande qui est assez inhabituelle (nous autres occidentaux on annonce d’emblée le chiffre final qui fait office d’objectif, les Russes eux font plus « au jour le jour »).

    Cette façon de procéder, avis personnel, me semble également une bonne façon d’embrouiller leurs « adversaires ».
    En effet, ne pas communiquer le nombre final d’appareils à produire, c’est laisser planer le doute sur pas mal de points (on le voit ici d’ailleurs dans l’article et les commentaires) 😉 .

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