Non vous n’avez pas la berlue ce sont bien des cocardes britanniques que vous apercevez sur ces bombardiers américains ! Ou pour être plus exact sur ces avions de reconnaissance. Dans les faits entre le printemps 1952 et l’hiver 1953-1954 une dizaine de North American RB-45C Tornado fut utilisée au Royaume-Uni au sein de la Royal Air Force afin de réaliser des missions clandestines de reconnaissance au-delà du Rideau de Fer. Ces avions étaient détachés par l’US Air Force et lui furent rendus une fois leur mission terminée. Mais pourquoi une telle location d’avions aussi sensibles ?

Les quatre premiers RB-45C Tornado reçus.

Sur les trente-trois North American RB-45C Tornado construits seuls onze portèrent les livrées et codes tactiques britanniques. Et encore pas tous dans le même temps. Leur présence sur le sol anglais répondait à la fois à un impératif à disposer immédiatement d’avions de reconnaissance stratégique et à une carence de l’industrie aéronautique britannique. En effet la société English Electric était à ce moment là incapable de terminer la mise au point des Canberra PR Mk-3, la première version de reconnaissance initialement prévue pour début 1952.

La solution choisie fut alors de se tourner vers Washington et de demander l’autorisation de louer des heures de vols sur avions de reconnaissance. Finalement les stratèges du Pentagone estimèrent qu’il préférable de louer ces avions. Le prix estimé était alors d’un million de dollars par an, une somme colossale pour l’époque. Londres accepta et paya immédiatement, tandis que ses équipages venaient se former au sein du 91st Strategic Reconnaissance Squadron de l’US Air Force à Great Falls AFB dans le Montana.

Au mois de mars 1952 les quatre premiers avions arrivèrent sur le sol britannique et furent immédiatement versés au N°115th Squadron tandis que les cinq autres furent versés au N°35th Squadron en juin 1952. Ces deux unités avaient le point commun de voler alors sur des bombardiers stratégiques Boeing Washington B Mk-1 modifiés pour l’espionnage aéroporté. Pour des raisons encore mal connues de nos jours elles furent déménagées de la base de RAF Marham où elles étaient alors basées vers celle de RAF Sculthorpe, soit à à peine trente kilomètres au nord-est.

Membres d’équipage d’un Tornado R Mk-1 posant près de leur avion.

Dès avril 1952 les équipages britanniques découvrirent que ces avions étaient pleinement adaptés aux opérations de reconnaissance stratégique au-dessus des territoires des pays membres du Pacte de Varsovie. Il n’était d’ailleurs pas rare à partir d’août 1952 que deux North American Tornado R Mk-1, comme ils étaient alors désignés très officiellement, volent en même temps au-dessus d’un territoire d’Europe orientale.
Néanmoins pour des raisons évidentes de sécurité ces avions évitaient encore de pénétrer l’espace aérien soviétique, se contentant généralement de ceux d’Allemagne de l’est, de Pologne, ou encore de Tchécoslovaquie.

C’est à partir de janvier 1953 que ces avions commencèrent en effet à survoler l’URSS. Mais avec un plafond pratique excédant les 12250 mètres les équipages de la RAF savaient bien qu’ils n’avaient pas grand chose à craindre de la DCA et de la chasse soviétique. Bien que théoriquement aptes à monter à cette altitude les Mikoyan-Gurevitch MiG-15 et MiG-17 ou encore Yakovlev Yak-23, alors les principaux chasseurs soviétiques, peinaient en réalité à grimper aussi haut. Surtout en condition d’interception.
Et Moscou en était encore à développer ses premiers chasseurs à haute altitude, loin d’être opérationnels.

On ignore le nombre exact de missions réalisées par ces onze RB-45C Tornado durant leurs vingt-trois mois de service au sein de la Royal Air Force. Tout juste sait-on qu’aucun n’a été perdu en mission ou à l’entraînement. En février 1954 le dernier d’entre-eux retraversait l’Atlantique nord avec son équipage britannique pour la dernière fois à ses commandes.
Ils furent retirés du service actif quelques mois plus tard, non sans avoir entre temps retrouvés leur livrée américaine.

North American RB-45C Tornado dans sa livrée « normale ».

L’aventure de ces onze avions de reconnaissance stratégique est une des pages les plus méconnues de la guerre froide. Et même outre-Manche elle a partiellement été oubliée. Pourtant aussi discrets fussent-ils les North American Tornado R Mk-1 surent remplir de fiers services, comblant un vide réel. Les pilotes de Sa Majesté durent attendre plus de vingt ans avant de revoir un avion portant ce nom réaliser des clichés : le Panavia Tornado GR Mk-1.

Photos © Royal Air Force Museum et San Diego Air & Space Museum.

 

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