Même le secteur aéronautique est fréquemment frappé par les fake news, nous le savions depuis quelques temps maintenant. Et l’une des plus récentes est celle qui consiste à faire croire que la Russie a mis en ligne au cours de l’année dernière un total de cinquante nouveaux avions de combat. Ou alors entre les Russes et le reste du monde la définition d’un avion de combat n’est pas la même. Décryptage pour bien comprendre pourquoi c’est juste un gros enfumage à destination de celles et ceux qui ne lisent que les gros titres.

Depuis quelques jours en effet plusieurs médias aéronautiques, et pas uniquement russophones, annoncent que la Russie aurait mis en ligne au cours de l’année 2018 un total de cinquante nouveaux avions de combat. En recoupant une dizaine de sources différentes, dont les sites en question, force est de constater qu’ils ont tort. L’an dernier ce sont trente-six avions de combat qui sont en fait sortie des usines d’aviation et ont rejoint l’aviation russe.
On retrouve ainsi quatorze Sukhoi Su-30SM, douze Su-34, et dix Su-35S.

Mais alors pourquoi inventer un tel chiffre de cinquante avions ? Peut-être parce que les journalistes ou rédacteurs des sites d’information spécialisée en question ne savent pas bien compter. Ou alors considèrent-ils comme avions de combat des machines qui n’en sont pas. En effet si on y regarde de plus près en 2018 les forces aériennes russes ont reçu un total de quatorze jets d’entraînement de nouvelle génération Yakovlev Yak-130. Ces avions sont destinés avant tout à remplacer les vieux Aero L-39 en service depuis l’ère soviétique.

Alors certes le Yak-130 est bel et bien proposé à l’export comme avion d’attaque légère mais pas en Russie. À Moscou ces biplaces sont annoncés exclusivement comme destiné aux missions de formation, intermédiaire et avancée. L’arsenal de ces jets étant limité aux opérations d’entraînement au tir.

Du coup pourquoi les comptabiliser comme avions de combat ? Plusieurs réponses sont possibles. La première est que les journalistes (ou supposés comme tels) et rédacteurs de ces sites s’y connaissent autant en aéronautique et en défense que moi en football. Si c’est le cas ils sont vraiment ignares. La deuxième serait due à une forme de paresse intellectuelle qui voudrait que n’importe quel avion emportant des armes soit un avion de combat. Et enfin une troisième qui voudrait simplement mentir volontairement juste pour faire le buzz. Si tel est le cas ce serait franchement pathétique.

C’est pourquoi plus que jamais le décryptage est important quand on s’intéresse à l’aviation militaire et à ses ressorts contemporains. Après dans la situation russe actuelle trente-six nouveaux avions de combat c’est très bien. Cinquante ce serait mieux, si seulement ce chiffre était vrai.

Photo © Wikimédia Commons.

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13 COMMENTAIRES

  1. Et tenez-vous bien : l’an prochain, ce sera 100 ! Enfin, 100 aéronefs livrés, là le terme est plus large, et de fait mieux adapté.
    On peut déjà anticiper le fait que dans ce chiffre annoncé, il y aura un part d’appareils sortant de modernisation, donc pas neufs, mais tout de même livrés. Disons qu’ils auront été soustraits à l’inventaire pour en faire de nouveau partie, même si cela peut donner l’impression au plus grand nombre qu’ils s’ajoutent simplement à l’inventaire actuel.
    Un peu comme la maire de ma ville qui « inaugurait » récemment le skate park avec ruban, presse et tout le toutim, alors qu’il a été créé il y a 10 ans et qu’elle n’y a apporté que quelques travaux de réfection.

    Blague à part, comme je l’entendais plus haut, selon moi ce terme d’avion de combat est une information avant tout destinée au plus grand nombre, bref aux profanes. Tout appareil d’armes à réaction devient par extrapolation un avion de combat, ça passe plus facilement auprès du quidam, qui de toute façon ne saurait faire la différence (et s’en moque ?). Non loin de chez moi, une entreprise événementielle propose des « baptêmes de l’air en avion de chasse »… sur L39. Éloquent.
    Il y a 2 aspects de communication dans cette annonce : premièrement l’information de masse, aisément accessible à tous, et en parallèle une certaine orientation partisane qui joue sur cette « accessibilité » de l’information ainsi simplifiée (qui ne fera sourciller que les puristes).
    Car on ne peut s’empêcher de penser que dans le contexte de tension actuelle et la volonté de Poutine de redonner un statut de grande puissance militaire à son pays, ces chiffres, synonyme de modernité / modernisation de leur armée de l’air, sont aussi là pour flatter l’égo du peuple russe et ses sympathisants à travers le monde, à n’en point douter.
    Le chiffre est bon, le décompte exact certes un peu approximatif pour ne pas dire fallacieux si l’on est pointilleux, mais l’important est que cela passe et soit amplement relayé sur des médias de masse.
    Car à l’instar de ma maire et le skate park, les effets d’annonce, outre les choix de sémantique, sont créés par et pour ceux qui en tirent un bénéfice 😉 !

  2. En ce qui concerne la marine Russe, tout navire qui sort soit mis à jour soit vraiment neuf est considéré comme neuf par la marine russe. Peut-être que pour l’aviation il en va de même?

    • C’est une information intéressante Fred, et cela corroborerait ce que j’abordais plus haut. Ça change la perception de la population sur l’état des forces armées, et de surcroit ça gonfle les chiffres, c’est tout bénéfice.
      La proportion de matériel neuf semble avoir une réelle importance pour les Russes, vu la manière dont ils communiquent sur le sujet.
      Quand on voit que les Backfire rénovés sont prévus pour durer jusqu’à 35 ans de plus alors qu’ils sont entrés en service au début des années 70, il y a des chances pour que cela soit le cas des aéronefs également : car rappelons que 40 ans, c’est la durée de vie moyenne d’un appareil mature aux standards actuels (il suffit de voir par exemple le cas des Tornado de la RAF qui seront bientôt retirés ; rappelons que dans les années 50 à 70, cette moyenne était bien plus courte pour bon nombre d’appareils).

      D’un point de vue objectif, certes les matériels / logiciels / systèmes d’armes etc. embarqués sont neufs dans le cadre d’une modernisation, mais il ne faut pas perdre de vue que la cellule d’un avion est soumise à une usure régulière et critique qui nécessite bien plus d’attention que la coque d’un navire (ne serait-ce par le simple fait qu’il ne vole pas ^^). Et cela vaut autant pour un Backfire ou un Mig-31 qu’un F16 ou un B52.

  3. Le site de Spoutnik a déjà affirmé que la Russie avait en 2018 reçus 50 nouveaux avions, mais il n’est certain que Spoutnik comme RT sont des sites de propagande pros russes tellement agressif qu’hier, ils affirmaient qu’un djihadiste avait été arrêté par la police Serbe, ce que celle-ci dément totalement cette information.

    Ce fut le cas aussi au sujet du PAK/FA-50 devenus en 2017 le SU-57, en 2013 déjà, ils affirmaient que la Russie avait 150 avions de ce type aux mains des militaires, ce qui fut démenti en 2017 par l’annonce du SU-57.

    • C’est bien le souci avec les sites (très) partisans, de sympathie russe ou autre d’ailleurs, les informations qu’ils dispensent sont rarement objectives.
      L’autre souci, c’est qu’ils touchent un grand nombre de personnes qui bien souvent quand on aborde les thèmes militaire / géostratégique méconnaissent les sujets, et c’est là qu’ils deviennent de facto des sites de désinformation, ou d’orientation d’opinion.
      Car si par exemple on avait pris au mot Sputnik / RT il y a quelques années, le SU57 serait comme vous le dites en service actif depuis 2 ans à hauteur de plusieurs dizaines d’exemplaires, et le bombardier furtif PAK-DA volerait déjà. Entre autres.

      Ces sites sont selon moi tout de même intéressants, car ils sont le porte-voix des intérêts qu’ils servent, et donnent la température. Après tout, quand 2 camps clament chacun leur version des faits dans leur sphère / relais d’influence, il y a des chances pour les esprits libres que la réalité se situe à mi-chemin.

  4. Sur l’ensemble je suis d’accord avec vous mais je tique sur une phrase. Soit vous l’avez mal exprimé soit vous être de mauvaise foi. Je vous cite: « … une forme de paresse intellectuelle qui voudrait que n’importe quel avion emportant des armes soit un avion de combat »

    Bon franchement, un avion qui porte des armes, si vous n’appelez pas ça un avion de combat vous appelez ça comment vous ? les armes elles ne sont pas destiner à tuer ? à combattre ? c’est des confetti pour les gens au sol ?

      • Est ce qu’un fusil mitrailleur qu’on utile pour l’entrainement au tir n’est pas une arme de combat ? pourtant ils sont répertoriés comme tel …

        • Donc selon vous une force aérienne aussi puissante que celle de la Russie peut parfaitement aligner des jets d’entraînement en les faisant passer pour des jets de combat ?

        • Disons qu’ils sont techniquement utilisable en avion de combat, meme s’ils sont utilisés pour l’entrainement, ils peuvent facilement etre replacé en mission de combat en cas de besoin.

  5. Les avions d’entraînement comme le yak130 peut-être considéré comme un jet de combat, mais bon autant qu’un a37… Pour dezinguer du pick-up la ou la défense anti aérienne consiste à placer un homme dans une tour en, bois avec une cloche pour l’alerte et un fusil pour descendre les avions…
    Je ne suis pas souvent d’accord avec Arnaud, mais la version vendue aux russes est clairement dédiée à l’entraînement intermédiaire et avancé.
    Il faut voir ses différentes versions comme des avions différents, les a ioniques changent, les systèmes d’armes ne sont pas installés dans la version école, mais juste instrumentee… Ce qui veut dire que les bombes ou missiles lancés sont simulés par des maquettes ou non et qu’un ordinateur étudié les paramètres pour dire si c’est un bull’s eye ou un fail…

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