Une fois encore on se félicite dans les salons feutrés de l’Élysée, même si fondamentalement on n’y est pas pour grand chose. C’est lors de sa visite d’état à Paris que le président chinois Xi Jinping a annoncé une commande publique pour 300 avions de ligne biréacteurs construits par Airbus. Peu ou prou de surprises le contrat estimé à un peu plus de 31 milliards d’euros concerne principalement des monocouloirs moyens-courriers de la famille A320. Reste une interrogation, sur laquelle ni l’Élysée ni l’avionneur ne semble vouloir jouer la transparence : la part de ces avions qui seront assemblés localement à Tianjin.

En fait depuis François Mitterrand c’est une quasi tradition républicaine : dès qu’un dirigeant chinois vient rendre visite à son homologue français il annonce une «grosse» commande d’avions de ligne issu des ateliers Airbus. Bien entendu les négociateurs de l’Élysée n’ont généralement pas grand chose à voir avec cela, eux se concentrent plutôt sur les contrats militaires que sur la vente d’avions commerciaux, mais pourtant on essaye de tirer la couverture à soi. Après tout c’est de bonne guerre, c’est aussi ça faire de la politique.

Car réellement l’aboutissement de ce très beau contrat pour 300 avions est avant tout à mettre à l’actif de l’aviation civile chinoise au travers de l’organisme publique CASC, la China Aviation Supplies Holding Company. C’est elle qui depuis plus d’un an et demi négocie âprement ce contrat. D’ailleurs il était déjà dans la tête de bon nombre de passionnés et de spécialistes puisqu’on savait qu’un peu plus de 180 A320 Neo et A321 Neo allaient être prochainement commandés pour subvenir à la croissance économique chinoise et donc au besoin sans cesse augmenté de transport aérien.

Seulement voilà ce ne sont plus 184 biréacteurs monocouloirs que les Chinois commandent mais bel et bien 290 ! Un chiffre qui pourrait s’expliquer en partie par la crise que traverse actuellement le principal concurrent américain des A320 Neo et A321 Neo, à savoir le Boeing 737 Max. Le scandale autour du MCAS a certainement permis de gonfler la commande chinoise.

Pour autant tous ces avions ne vont pas permettre de sauvegarder voire de créer de l’emploi industriel en Europe. Les sites de Hambourg et de Toulouse ne seront pas les seuls à travailler sur cette méga-commande, il faudra aussi compter sur celui de Tianjin en Chine. Le souci c’est que l’on ignore le pourcentage de ces avions produits localement, la communication à ce sujet fait cruellement défaut.
D’ailleurs même le montant exact du contrat n’a pas été dévoilé, il est estimé aux alentours de 31 à 32 milliards d’euros mais uniquement en se référant aux prix catalogues. Au final il semble évident que jamais cette somme ne sera celle perçue par Airbus, elle sera forcément légèrement inférieure. Pour autant ça demeure un contrat historique !

Mais alors vous allez nous dire si la Chine commande 290 A320 Neo et A321 Neo, pourquoi parler de 300 avions ? Il ne s’agit là nullement d’une facilité de langage liée à une quelconque paresse intellectuelle. Simplement les Chinois ont cru bon d’ajouter dix biréacteurs gros-porteurs longs-courriers A350XWB. Là encore c’est le flou : A350-900 ou A350-1000, ou bien un mélange des deux, personne ne semble avoir la réponse actuellement.
Toujours est-il que le dernier né des avions de ligne européen est bien dans la commande, et selon toutes vraisemblance ces dix avions là seront bien produits sur le vieux continent.

Photo © Airbus.

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4 COMMENTAIRES

  1. A chaque fois on parle seulement du contrat des ventes d’avions Airbus. Comme si Airbus était le baromètre des relations diplomatiques et commerciales.
    Après 300 avions sur quel laps de temps ? Car si c’est sur 10 ans ça fait 30 avions par an donc pas de quoi est hyper fière. Surtout si les 3/4 sont assemblés en Chine.

  2. Même si une partie des A320 seront surement assemblés en Chine. Il s’agira surtout de l’assemblage final. La production de ces avions fera travailler plusieurs mois les sites AIRBUS de Nantes, Saint-Nazaire, Filton, Getafe, les motoristes P&W et CFM plus toute la chaîne de sous-traitance. Ce qui n’est pas rien pour l’emploi.

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