C’est une page de l’histoire aéronavale espagnole qui va se tourner dans quelques semaines. Début 2020 l’Armada Española va se séparer de ses dix actuels Sikorsky SH-3 Sea King, des hélicoptères qu’elle utilise depuis cinquante-trois ans et qui ont vu leurs missions évoluer sans cesse depuis. Il est à noter que trois d’entre eux ont été optimisés pour des missions de reconnaissance et de détection aéroportée. Une partie sera remplacée à terme par des NH-90TTH Caïman de facture européenne.

À l’exercice sur une frégate espagnole.

Lorsque la marine espagnole reçoit en 1966 ses Sikorsky SH-3D Sea King ce sont à cette époque les meilleurs hélicoptères occidentaux pour les missions à caractère naval. Ils sont aptes alors aussi bien à l’emport de torpilles américaines que de missiles anti-navires français. Ces derniers sont des AS.11 fabriqués par Nord Aviation à partir du SS.11 et originellement destinés à la lutte antichar. Mais les marins espagnols les emploient comme armes contre les navires légers.

Et durant toute la guerre froide la marine espagnole traque les submersibles soviétiques. La fin de la dictature franquiste et le retour de la démocratie et de l’état de droit en Espagne à la fin des années 1970 permet l’achat de nouveaux hélicoptères de ce type. Des SH-3H plus modernes sont commandés.

Quatre d’entre-eux sont alors transformés en hélicoptères de détection aéroportée via l’ajout du radar Thorn EMI Searchwater installé sur le flanc droit de l’appareil. Il s’agit en fait d’une adaptation réalisée en Espagne avec l’aide d’ingénieurs britanniques. Ils reprennent ainsi ce qui existait alors sur les Westland Sea King AEW Mk-2 de la Royal Navy. L’accord de production sous licence britannique interdisait à Westland de vendre des Sea King à un pays utilisant déjà de tels hélicoptères mais produit et commercialisé par Sikorsky. C’est pour ça qu’un tel montage eut lieu, avec le total assentiment des autorités américaines.

L’année 1988 marque la fin des missions de combat maritime pour les SH-3D et SH-3H Sea King espagnols. Celle-ci est désormais à la charge des Sikorsky SH-60B Seahawk beaucoup plus modernes. Pour autant après vingt-deux ans de service seulement il n’est nullement envisageable de mettre à la retraite ces hélicoptères, d’autant qu’il leur reste encore un fort potentiel opérationnel.
Après avoir perdu toute accroche pour armement ces hélicoptères sont réaffectés à des missions de soutien logistique, de transport de troupes, et de recherches-sauvetages en haute mer.

Embarquement de commandos sur le pont du porte-aéronefs Juan Carlos. Remarquez en arrière-plan l’Agusta-Bell AB-212ASW de combat naval.

La fin de la guerre froide deux ans plus tard va encore plus lourdement impacter l’avenir du Sea King dans l’Armada Española. Désormais son schéma directeur ne prévoit pas plus de quinze hélicoptères en dotation : douze de transport et SAR et trois de détection aéroportée.
Elle conserve donc quatre SH-3D spécialement employé pour le transport de troupes et le transport de charges sous élingues (on ne parle pas encore vraiment de VERTREP) et sept SH-3H qu’elle utilise pour le soutien aux forces spéciales et pour les recherches et sauvetages en haute mer. Un des quatre SH-3H de détection aéroportée voit son équipement déposé et redevient ainsi un SH-3H de base. Il sera le huitième hélicoptère.

Les débuts du 21ème siècle marquent l’époque des déploiements à l’étranger. On voit de tels hélicoptères en Afghanistan pour traquer les talibans, mais également en maintien de la paix au Kosovo, ou encore dans les actions anti-piraterie maritime. Ils se font même désormais une spécialité dans l’infiltration de commandos de nageurs de combat. L’année 2007 est celle du retrait des SH-3D désormais usés jusqu’à la corde mais également de la modernisation des SH-3H de transport et sauvetage : ils reçoivent un FLIR de nouvelle génération de facture française.

Le FLIR est parfaitement visible sur ce SH-3H Sea King espagnol.

Et douze ans plus tard il ne reste plus que sept Sikorsky SH-3H classiques et trois de détection aéroportée. Ces hélicoptères volent encore au quotidien, mais sont particulièrement fragiles. C’est pourquoi le ministère espagnol vient de décider qu’il retirerait ces machines en 2020 et non 2021 comme initialement prévu. Cela fera alors cinquante quatre ans que les marins espagnols voleront sur le vénérable Sea King.
Une page se tournera, et sans doute que dans la péninsule ibérique quelques larmes couleront…

Photos © Armada Española.

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