Ça pourrait bien être l’information insolite de ce mois d’avril. Lundi 8 avril 2019 les autorités saoudiennes annonçaient avoir abattu un drone de combat au-dessus de la ville yéménite de Seiyun. Bien qu’un temps envisagé l’avion sans pilote n’appartenait pas à l’aviation américaine mais semble finalement bel et bien appartenir à la Royal Saudi Air Force, ce qui pose pas mal de questions. Alors tentative d’enfumage de la part des militaires saoudiens ou bien démonstration d’un certain manque de professionnalisme, toutes les pistes sont possibles.

Car lorsque les débris ont été analysés par des journalistes spécialisés et les images clairement présentées le soupçon de destruction d’un survol du Yémen par un General Atomics MQ-9 Reaper américain s’est évanoui. Il faut savoir que depuis plusieurs mois les médias saoudiens insistent sur le fait que des drones de reconnaissance et de surveillance américains et européens survoleraient fréquemment le Yémen. Dans le royaume personne ne nie que l’intervention saoudienne sur le territoire yéménite n’a plus du tout le soutien des États-Unis et de l’Union Européenne, si tant est qu’elle ait eu une seule fois.
De ce fait la croyance en une surveillance permanente occidentale est très ancrée, y compris parmi les militaires.

Au final les analyses ont donc démontrées que le drone a été abattu par un missile MIM-104F Patriot. De telles armes ont été déployées sur ce théâtre d’opérations par les Émiratis et les Saoudiens, à la fois pour contrer les missiles sol-sol autant que justement les drones. Sauf que l’aéronef télé-piloté descendu était finalement un CH-4B Rainbow, tel celui présenté ci-dessus. Ce drone de facture chinoise, construit sous licence en Arabie Saoudite, est une copie du MQ-9 Reaper utilisée aussi bien pour la reconnaissance que pour l’appui aérien rapproché.

Alors les Saoudiens ont-ils tentés d’enfumer la situation en se victimisant vis à vis des États-Unis ? Si tel est le cas cette maladroite tentative aura forcément des répercussions sur les relations entre Washington et Riyad, aussi bien diplomatiquement que militairement. Ou plutôt est-ce la conjugaison d’une bavure et d’un enfumage ? Là est sûrement plus l’une des clefs : il est fort possible que les artilleurs anti-aériens saoudiens aient abattu sans le savoir un de leurs propres drones et qu’ensuite certains aient voulu en jouer pour accuser les Américains ou bien pis encore (dans le genre pas crédible) les rebelles Houthis.
Voulant sans doute déminer la situation les autorités chinoises ont immédiatement annoncé que jamais aucun CASC CH-4 Rainbow n’avait été vendu au Yémen, sous une quelconque version.

Ce fait divers insolite met aussi en lumière les difficultés qui existent quand on cloisonne trop les données et informations sur un théâtre d’opération. Il démontre bien que les aviateurs et les artilleurs anti-aériens saoudiens ne travaillent pas main dans la main, loin de là d’ailleurs.
Cela aurait pu n’être qu’un simple entrefilet mais le fait que les militaires saoudiens aient d’abord voulu faire croire à un drone étranger avant de reconnaître à demi-mot qu’il s’agit d’un des leurs ne plaide vraiment pas en leur faveur.

Photo © Keypublishing.

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1 COMMENTAIRE

  1. La première perte aérienne aux Malouines fut un Mirage argentin abattu par sa propre DCA…..
    la triple A est dangereuse pour tous les avions et c’est naturellement pareil pour les missiles Sol Air
    la coordination est toujours le point faible des différentes armes et avec des pays sans culture militaire c’est souvent pire….

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