On peut dire que les dirigeants de Russian Helicopters, la maison-mère de Kamov et Mil, ont vraiment pris leur temps. Ce dimanche 17 novembre 2019 l’hélicoptère russe Mil Mi-38 sera officiellement présenté à l’étranger dans sa version civile lors de l’ouverture du salon aéronautique Dubaï Airshow 2019. Un hélicoptère sur lequel la Russie place beaucoup d’espoirs mais qui arrive sur un marché ultra-fermé avec face à lui une rude concurrence euro-américaine. Pas sûr que l’appareil réussisse aisément à se vendre au-delà de la traditionnelle sphère d’influence héritée de l’ex-URSS.

Car aussi séduisant que soit le programme de ce Mil Mi-38 il accumule tout de même les «casseroles». Avec en tout premier lieu un développement d’une longueur phénoménale puisque le programme initial date de 1983, c’est donc à l’origine un hélicoptère soviétique.
Pour mémoire l’URSS s’est effondrée voici presque 25 ans. Une maquette très fidèle avait été proposé par Mil sur son stand du Salon du Bourget en juin 1989. Mais surtout les Russes ont dut attendre vingt ans pour voir voler le prototype de cet hélicoptère pensé initialement pour remplacer le Mil Mi-8. Son vol inaugural remonte en effet au 22 décembre 2003. Et l’architecture générale de l’hélicoptère trahit vraiment son âge.

Même si l’un des deux prototypes construits en 1995 a été propulsé en 2010 par des turbines canadiennes Pratt & Whitney Canada PW127/TS c’est bien avec une motorisation russe que l’hélicoptère est proposé à la vente, que ce soit sur le marché intérieur autant qu’à l’export. Pas sûr que la turbine Klimov TVA-3000 séduise grand monde quand on sait qu’elle est dérivée du turbopropulseur TV7-117 souvent jugé très fragile quand il équipe les quelques avions de ligne régionaux Ilyushin Il-114. La motorisation ne semble donc pas être ce sur quoi Russian Helicopters aura misé.
Reste l’avionique qui elle fait appel en partie à des équipements américains et européens notamment au niveau des systèmes de communication et du GPS.

Russian Helicopters propose son Mi-38 en deux versions civile. La première destiné au transport off-shore de passagers est prévu pour une configuration commerciale de 30 places. La seconde est assimilée à un hélicoptère d’affaire haut de gamme avec une capacité d’accueil grand luxe de 12 à 14 passagers. Les quelques photos visibles (mais non libres de droit donc non reproductibles) laissent entrevoir un luxe clinquant d’un goût assez douteux.
Quoiqu’il en soit sur ce marché l’hélicoptère russe se heurte à deux mastodontes : Sikorsky et Leonardo. Le premier avec son S-92 qui se vend déjà très bien sur le marché grand luxe et le second avec son AW.101 Merlin qui vise plutôt le transport off-shore.
Mais surtout d’ici deux à trois ans l’hélicoptère russe devra affronter le futur Airbus Helicopters X6, annoncé comme le successeur de la famille Super Puma. Et sur le marché d’affaire l’hélicoptériste européen est un champion incontesté, vendant même très bien ses machines en Russie.

Il est donc indéniable que si ce Mil Mi-38 apporte une offre nouvelle sur le marché civil des hélicoptères gros porteurs il n’est pas moins un appareil handicapé par ses défauts. Reste à savoir combien de temps la Russie tiendra t-elle avant de totalement l’occidentaliser.

Photo © Russian Helicopters.

Publicité

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom