Depuis que le plan social de 2362 postes a été annoncé par le groupe Airbus on entend beaucoup les médias généralistes accuser l’avion-cargo européen de tous les maux, mais est-ce justifié ? En fait oui et non car même si l’A400M Atlas ne se vend pas aussi bien que l’avionneur européen aurait pu l’espérer ce n’est pas le seul facteur. Le domaine spatial connait lui-aussi des soucis actuellement, et cela rejaillit de ce fait sur le secteur défense. Tentons de décrypter un peu tout cela.

Sur le papier donc Airbus Defence & Space doit supprimer un total de 2362 emplois sur ses sites de quatre pays. Dans l’ordre l’Allemagne en perdra 829, l’Espagne 630, la France 404, et le Royaume-Uni 357. Et contrairement à ce que les tabloïds britanniques ont pu écrire cela n’a rien à voir avec le récent Brexit. Le coupable est à chercher bien plus haut : au-dessus de nos têtes.

Car depuis plusieurs mois Airbus DS peine à s’imposer dans le domaine spatial face à ses concurrents, principalement américains et russes. Malgré un place de numéro deux mondial du domaine derrière Boeing Space, et issu à l’origine de feue Astrium, le géant européen subit de plein fouet les hésitations actuelles de l’industrie spatiale. Un phénomène qui est mondial, ses concurrents ferment eux-aussi des sites industriels.

Cependant le spatial n’est pas le seul en cause. Le domaine de la défense est lui aussi concerné. Et effectivement l’avion-cargo A400M Atlas n’est pas étranger à ces déboires. D’abord, et avant tout, parce qu’il n’a jamais réussi à s’imposer totalement face au Lockheed-Martin C-130J Super Hercules pourtant plus petit. Un avion américain par ailleurs bien plus polyvalent puisque décliné également en ravitailleur en vol, ce que n’est pas l’avion européen. Même des forces aériennes de pays constructeurs de l’A400M se sont tournées vers le duo C-130J/KC-130J, à l’image de l’Armée de l’Air ou de la Luftwaffe.

L’Allemagne d’ailleurs est largement pointé du doigt par les médias français. D’abord parce que récemment elle a refusé à Airbus DS d’exporter l’A400M Atlas vers l’Arabie Saoudite en raison de son implication dans la guerre asymétrique contre les peuples Houties au Yémen. Un contrat qui pourtant aurait pu porter sur une douzaine de machines. Une décision diplomatique donc mais lourde de conséquence pour le groupe. Mais pas la seule.
Rappelons que les Allemands et dans une moindre mesures les Britanniques et les Espagnols ont décidé de sensiblement réduire la voilure de leurs commandes d’A400M. À l’usage l’avion-cargo européen plait, mais pas tant que ça !

Comme il est toujours bon pour une certaine presse généraliste de se trouver un bouc-émissaire l’Allemagne en fait un parfait. En effet plusieurs médias rappellent que la décision allemande de retirer du services les actuels Panavia Tornado ECR risque bien de plomber encore plus Airbus DS. Non pas que l’avionneur européen ait quoi que ce soit à voir avec l’avion de guerre électronique à géométrie variable. Non en fait beaucoup craignent que pour le remplacer Berlin ne se tourne vers Boeing plutôt qu’Airbus DS. Le Growler est, il faut bien le remarquer un compétiteur redoutable par le Typhoon dans cette bataille. À la différence de l’avion européen novice dans ce domaine l’avion américain a largement fait ses preuves dans les rangs de l’US Navy.

Au final donc plus de 2300 emplois vont être supprimés en Europe. Autant de familles qui seront impactées et vont devoir vivre dans l’angoisse qu’une mère, qu’un père, une fille, un fils, ne retrouve un job. En France ce sont les sites franciliens d’Élancourt et des Mureaux dans les Yvelines qui sont les plus touchés, ainsi que celui de Toulouse la capitale aéronautique française.

Photos © OTAN.

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4 COMMENTAIRES

  1. Comme programme militaire, l’A-400M n’a pas pour but l’export mais il doit fournir aux armées de l’air qui sont à l’origine du programme, les avions conformes au cahier des charges, sans retard et sans dépassement de budget, on connaît la suite.

  2. Il est clair que devant une Europe qui peine à s’unifier à travers des programmes militaires, pourtant essentiels à son industrie de défense et la préservation de ses compétences, les US emploient et emploieront toujours « l’artillerie lourde » et ne lui feront aucun cadeau! Pourtant elle n’a pas à rougir de ses récentes réalisations, loin s’en faut, mais que nous voulions l’accepter ou non, nous sommes bel et bien rentrés dans ce que Nixon appelait déjà à l’époque , la troisième guerre mondiale. Et celle là est commerciale…..en espérant qu’elle ne devienne pas armée tout court!

  3. Merci Arnaud pour ce bon article qui explique bien la situation d’Airbus DS.
    C’est vraiment dommage pour cet appareil. Le programme à mal demarre avec 3 ans de retard, puis les problèmes avec le système Fadec, le crash de Séville, et la disponibilité de la flotte d’A 400 M.
    Tout cela n’est pas vendeur. Je suis sur que cet appareil aurait pu intéresser beaucoup de pays du Sud est asiatique et les pays du Golfe.
    Maintenant le Super Hercules reste un gros concurrent, c’est sur. De plus Embraer avec son Kc 190 pointe le bout de son nez et peut aussi emporter quelques marchés.

    Espérons que ce programme aille jusqu’au bout. Au moins pour les 176 appareils envisagés au début.

  4. Article bienvenu qui pousse plus loin que le tout-venant habituel ! Merci Arnaud au fil du temps (je découvre encore) je me dit qu’il y a vraiment du boulot derrière ce site.
    Concernant l’A400M je me demande s’il n’y a pas aussi eu des problèmes de qualité, sachant que les allemands ont refusé plusieurs avions en provenance d’Espagne suite à la découverte de câbles non protégés, mal raccordés etc…
    Mais certainement depuis l’accident de Séville du ménage a été fait !?
    Pas évident de satisfaire les requêtes et les susceptibilités de tous les pays européens en tout cas… Ces avion a été un démonstrateur à plusieurs titres à mon avis !

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