Plus encore que sur d’autres dossiers le torchon n’a pas fini de brûler entre les parlementaires et les militaires américains à propos des Boeing / Northrop-Grumman E-8C J-Stars. La nature des débats qui existent depuis près de deux ans et demi maintenant concerne la succession de ces avions de surveillance du champ de bataille. Le Congrès accuse l’US Air Force de vouloir un peu trop rapidement retirer du service les seize avions sans être sûre d’avoir trouver un remplaçant efficace. À y regarder de plus près c’est même une partie de billard à trois bandes dans laquelle l’administration Trump ne joue pas forcément le jeu le plus franc du monde.

Sur le papier les seize Boeing / Northrop-Grumman E-8C J-Stars doivent demeurer en service actif jusqu’au 31 décembre 2029. À cette date il faudra qu’un successeur leur ait été trouvé et que les premiers exemplaires soient en service actif au standard IOC, c’est à dire opérationnels à minima. À priori ça ne semble pas insurmontable pour l’US Air Force.

À priori seulement. Car dans ce dossier les rebondissements ont été nombreux depuis bien avant le lancement d’une commission parlementaire sur le remplacement des E-8C J-Stars à l’été 2018. Déjà au cours des années 2000 les constructeurs Boeing et Northrop-Grumman avaient lancé un programme commun visant à donner naissance à un successeur à cet avion bien moins gourmand en carburant et plus facile d’entretien. Conçu avec l’aide du géant américain Raytheon le programme avait reçu la désignation E-10 MC2A. Outre les E-8C cet avion dérivé du biréacteur de ligne Boeing 767-400ER devait assurer aussi la succession des Boeing E-4B et RC-135V/W. Autant dire qu’il s’annonçait comme très polyvalent.
Trop même puisque très rapidement l’enveloppe budgétaire allouée par les États-Unis pour son développement fut dépassée. Fin 2007 l’administration Bush (fils) annonçait l’arrêt définitif du programme. L’Amérique avait eu les yeux plus gros que le ventre.

Depuis l’US Air Force et l’US Department of Defense sont revenus à des ambitions plus mesurées pour le remplacement des seize E-8C J-Stars. L’acquisition d’une version améliorée du drone stratégique Northrop-Grumman RQ-4B Global Hawk est désormais régulièrement avancée afin de succéder au quadriréacteur. Une solution qui ne réussit toujours pas à convaincre les parlementaires américains pour qui un drone ne pourra jamais permettre de diriger correctement une action de guerre sur le champ de bataille. En fait à la différence de l’US Air Force le Congrès refuse d’éliminer l’être humain de l’équation.

C’est pourquoi les parlementaires insistent sur le fait que si la solution RQ-4 Global Hawk est privilégiée elle devra obligatoirement s’accompagner d’un avion piloté pouvant accueillir un équipage de contrôle et de commandement. Les options avancées concerneraient un jet d’affaire de grande taille ou bien un avion de ligne mono-couloir type Boeing 737 Max.

Aux États-Unis les médias rappellent que cette brouille entre militaires et parlementaires aurait pu largement faire les affaires de l’administration Trump. Car quand le Pentagone dit oui aux militaires en fait c’est la Maison Blanche et quand le Congrès dit non ce sont les parlementaires démocrates. Ou tout du moins c’est le sens qu’une partie de la presse pro-Trump essaye de donner à l’affaire. Car dans les faits la situation est bien différente. Certes ce sont bien les députés et sénateurs démocrates qui mènent la barque dans ce différend mais avec l’appui de nombreux élus républicains dits modérés, c’est à dire opposés à Donald Trump. Y compris le très influent Mitt Romney.
À n’en pas douter l’expulsion dans moins de deux semaines aujourd’hui de Donald Trump de la Maison Blanche devrait permettre de redonner un peu de sérénité au débat parlementaire américain. Démocrates et Républicains continueront de s’écharper et de s’accrocher mais avec sans doute un peu plus de classe et un peu moins de vulgarité.

Et l’E-8C J-Stars dans tout ça ? Bah les militaires et parlementaires ont de moins en moins de temps pour se mettre d’accord. Espérons qu’ils y arriveront au cours des quatre ans du mandat de Joe Biden.

Photo © US Air Force.

 

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