Autant le dire tout de suite c’est un concept qui a toujours fait mourir de rire le microcosme aéronautique. Depuis ce 1er janvier 2021 les forces aériennes suisses assurent la mission de défense aérienne 24 heures sur 24. Si cela n’a rien de surprenant pour notre lectorat belge, canadien, ou français il faut savoir que jusque là la chasse helvétique ne fonctionnait pas la nuit. C’est donc un profond changement doctrinal pour celle-ci.

En fait c’est le fruit d’une réflexion lancée depuis février 2014 et le détournement au petit matin d’un avion de ligne éthiopien. La Suisse n’ayant aucun avion de combat à ce moment là avant 6 heures du matin il avait fallu que les chasses italiennes puis françaises prennent en charge le Boeing 767 en question. Fort heureusement tout s’était bien fini.
Mais un peu partout en Europe, et même au-delà on se moquait de la Suisse !

Résultat le DDPS, le puissant Département fédéral de la Défense, de la Protection de la population et des Sports dont relèvent les forces aériennes suisses, a pris les choses en main. Pas trop vite tout de même, il n’y avait pas le feu au lac… Léman. De février 2014 il a donc fallu attendre janvier 2021 pour voir les choses changées.
Terminées donc les heures de vols aux heures de bureaux. Jusqu’à ce 31 décembre 2020 les pilotes de chasse suisse ne pouvaient opérer qu’entre 6 heures du matin et 22 heures, et ce hiver comme été.

À partir d’aujourd’hui les choses changent. L’alerte devient H24 et les avions de combat F-5E Tiger II et F/A-18C/D Hornet peuvent prendre l’air en 15 minutes maxi. Même en pleine nuit ! Ça ne parait pas grand chose mais dans ce petit pays européen c’est une véritable révolution.
Totalement enclavée par des nations de l’Union Européenne la Suisse n’a pas grand-chose à craindre de ses voisins. On imagine mal l’Allemagne, l’Autriche, la France, ou l’Italie vouloir l’envahir. En même temps ce n’est pas pour le chocolat, le gruyère, les stations de sport d’hiver pour milliardaires, ou encore le secret bancaire que ce pays va se faire attaquer.
Mais au moins désormais la chasse suisse pourra décoller même à 2 heures du matin.

Photo © Wikimédia Commons.

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3 COMMENTAIRES

  1. Le DDPS est puissant maintenant? Première nouvelle! Il est considéré comme LE département de seconde zone et c’est souvent le nouveau conseiller fédéral venu qui doit le prendre en charge, personne ne le voulant. En effet, les départements sont partagés entre les 7 conseillers fédéraux à chaque élection, par ordre d’ancienneté. Le plus vieux conseiller fédéral en fonction choisit son département, et ainsi de suite, laissant très fréquemment le DDPS au dernier arrivé. De plus, son budget et ses effectifs n’ont fait que de se réduire jusqu’en 2016, et la population a de la peine à continuer à soutenir l’Armée. D’une part celle-ci ne manque pas de faire des bourdes, et de l’autre, comme certainement dans toute l’Europe de l’Ouest, la population ne se préoccupe pas des questions de géopolitique, ayant ainsi toujours en tête la situation qui était celle des années 2000 et début 2010. Or les paradigmes sont aujourd’hui bien différents, comme les lecteurs assidus de ce site, et d’autres, le savent.

    Ensuite, 7 ans c’est long, mais au niveau militaire ce n’est pas si fou que ça. Nous savons que monter en puissance prend du temps au niveau militaire, et peut-être encore plus dans ce domaine de pointe qu’est la chasse. Passer d’horaires de bureau à un horaire 24/24, c’est probablement passer de 1.5-2 équipes (pour les vacances et la formation) à 4-5 équipes. Cela en fait du monde, non seulement à former, mais également à recruter. La Suisse n’étant pas une exception en Europe, il n’est pas facile pour l’Armée de compléter ses effectifs, tant de milice que de professionnels, d’ailleurs, puisque dans les faits, les conscrits ont le choix entre service militaire et service civil.

    Enfin, on notera que l’on ne s’émeut guère du fait que l’Autriche continue quant à elle ses horaires de bureau. Pire encore, elle vient de mettre ses avions d’entraînement à la casse, sans avoir de remplaçant désigné. S’il ne fait effectivement pas toujours bon pour le prestige d’être pilote dans les Forces aériennes suisses, je ne vous conseille pas de demander aux pilotes de la Luftstreitkräfte ce qu’il en est.

    • Concernant l’aviation autrichienne, celle-ci va certainement externaliser sa formation aux USA, tout comme les belges, C’est une solution pratique et aisée pour les armées à taille réduite.

      • Pour l’instant ça ne reste qu’une hypothèse qui est largement refusée par une partie de la population autrichienne qui voit dans cette option américaine une perte d’autonomie. Le débat au parlement viennois n’ayant pas eu lieu il est peut être trop prématuré pour en parler François01, non ?

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