Tout ça pour ça ? Les débats ont été houleux dans l’hémicycle ce samedi 10 avril 2021 autour du projet de loi de suppression de vols intérieurs en liaison avec la Loi Climat. Et finalement seuls certaines dessertes sont concernées, principalement axées autour de Paris Orly et uniquement lorsque une substitution ferroviaire de 150 minutes maximum existe. Initialement il était question de 240 minutes.

Affrontement traditionnel droite gauche ? Même pas puisqu’il y avait des pour et des contres dans les deux camps. Et donc après des discussions animées, signe d’une démocratie parlementaire en bonne santé, le projet de loi a été adopté en première lecture. Après l’Assemblée Nationale c’est donc désormais au Sénat de mettre son nez dedans, on appelle cela la deuxième lecture. Soit ça passe, soit ça se modifie et auquel cas bonjour la commission mixte paritaire qui devra trancher entre la première et la deuxième lecture.
Mais aux vues déjà des compromis trouvés en première lecture peu de risque de voir une deuxième lecture revenir amendée.

Car oui des compromis il y en a eu. Au titre de la Loi Climat portée par la majorité et soutenue par une partie de l’opposition les dessertes aériennes intérieures devaient se voir réduites drastiquement. On parlait il y a encore quelques mois de supprimer tous les vols réguliers lorsqu’un trajet en TGV à moins de quatre heures était possible. Ça aurait tué 75 à 80% du trafic aérien intérieur français. Finalement le législateur est revenu un peu à la raison en limitant les dits vols à deux heures et demi de transport ferroviaire à grande vitesse.

Dans la ligne de mire des parlementaires figurent trois lignes en particulier toutes au départ d’Orly : Paris-Bordeaux, Paris-Lyon, et Paris-Nantes. On pourrait s’en offusquer arguant qu’ils vont détruire un tissu aéronautique et économique fort. Et on aurait tort. Car entre 2016 et 2019, c’est à dire avant la crise du transport aérien liée au Covid-19, la part entre TGV et transport aérien était déjà très en faveur du premier. Sur Paris-Nantes la SNCF trustait le marché avec une moyenne de 81% contre seulement 13% pour l’aérien, et 6% pour les autocars à longue distance. Sur Paris-Bordeaux et Paris-Lyon on oscillait plutôt aux alentours de 72 à 76% pour le TGV et 18 à 19% pour l’aérien, le reste étant réservé au transport en commun routier.

Quand à l’argument des correspondances aériennes depuis des vols moyens ou longs courriers il tient de moins en moins. Les aéroports parisiens sont en effet totalement interconnectés avec le réseaux ferroviaire à grande vitesse. Roissy CDG se paye même le luxe de posséder sa propre gare TGV qui justement dessert les trois villes de province en question.

Va t-on alors vers un rééquilibrage entre aérien et ferroviaire ? Non absolument pas puisque le trafic commercial intérieur est depuis le milieu des années 1980 très inférieur à celui de la SNCF. L’apparition du TGV a littéralement flingué toute opportunité d’un transport aérien local en France. Sans compter qu’une seule rame de train emporte bien plus de passagers qu’aucun avion de ligne, et le tout de centre-ville à centre-ville. C’est comme ça qu’Eurostar a supplanté les vols Paris-Londres ou encore Thalys avec les vols Paris-Bruxelles ou Bruxelles-Amsterdam.

Au final ce vote aussi agité et sportif fut t-il n’est qu’un peu de poudre jetée aux yeux. Un effet d’annonce en pleine période électorale. Et au final sans doute rien à avoir avec l’aéro-bashing bien à la mode actuellement. Les parlementaires ont juste mis un coup de pied (pas trop fort tout de même) dans une question de transport de niche lié à quelques privilégiés.

Photo © Eric Salard via Wikimédia Commons.

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4 COMMENTAIRES

  1. Cette suppression de ligne va sans doute correspondre aux créneaux qu’Air France va être obligé de céder dans le cadre de l’augmentation de la participation de l’état dans son capital..

    De la politique politicienne pure sans effet notoire en terme d’écologie.

  2. Pour rebondir sur la dernière phrase de Jean Marc, il est quand même notoire que l’aérien n’est pas la cause majeur des problèmes d’écologie, entre 2 et 3 % des émissions de CO2 (mondiale, alors la part de la France est dérisoire), en France où les vols intérieurs comme le dit très bien Arnaud sont en fait très marginaux et que le TGV fait très bien le travail.
    Mais il paraît qu’il faut arrêter de rêver……..

  3. « Privilégiés », je ne sais pas. Réponse classique: Vu le temps pour rejoindre Orly depuis Paris et le centre ville de la métropole régionale depuis l’aéroport. Reste la variante zone industrielle autour d’Orly et sa soeur par en Province…
    Je lisais « dans un grand journal du soir » titrant: « « Une heure de bagnole aux heures de pointe pour un conseil de classe, plus jamais ça », contenant entre autres les phrases: « C’est aussi une écrivaine qui découvre qu’elle pourra facilement continuer à rencontrer des scolaires à l’autre bout de la France dans des lycées qui n’ont pas de budget pour des billets de train.» ou « :On ne recommencera pas à aller à l’usine à l’autre bout de la France pour quatre heures de réunion. »
    L’avenir répondra à la poursuite des visioconférences

  4. Les Français et Françaises sont chanceux de bénéficier d’un tel réseau ferroviaire ainsi que de vols intérieurs à prix abordable. En Amérique du Nord, le réseau ferroviaire pour le transport des marchandises est bien développé, mais pour les passagers c’est carrément anachronique. Au Canada, on discute depuis des décennies d’une ligne TGV dans le couloir Québec- Montréal- Ottawa – Toronto – Windsor, mais le lobby du transport aérien s’y oppose fortement, craignant une baisse d’achalandage sur ces liaisons les plus lucratives. Cette initiative française semble irréelle de ce côté ci de l’Atlantique !

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