Outre-Manche l’information a fait l’effet d’une bombe médiatique ce mardi 1er juin 2021. Le ministère britannique de la défense a déclassifié tous les documents en sa possession concernant l’avion d’attaque furtif Lockheed F-117 Nighthawk, aujourd’hui retiré du service opérationnel. On y apprend notamment que la Grande Bretagne l’a refusé bien avant les années 1990. La Royal Air Force aurait ainsi pu gagner des années d’avance sur l’Armée de l’Air ou n’importe laquelle de ses concurrentes européennes.

Comme l’Italie ou les Pays-Bas le Royaume-Uni a du attendre l’arrivée du Lockheed-Martin F-35 Lightning II pour goûter à l’avion furtif. Un appareil qui la satisfait largement puisque la RAF vient d’annoncer son intention d’en commander de nouveaux exemplaires.
Sauf que la même Royal Air Force aurait pu avoir une avance de plus de 20 ans sur ses partenaires européens.

Il est assez connu des passionnés d’aviation militaire contemporaine qu’en 1995 le premier ministre britannique John Major refusa la proposition de Bill Clinton, alors Président des États-Unis, d’acquérir un certain nombre d’avions d’attaque au sol Lockheed F-117 Nighthawk. Ce que l’on ne savait jusque là pas c’est que l’avionneur américain, alors devenu Lockheed-Martin, avait même proposé d’angliciser son avion furtif. L’avionique aurait été fournie par BAE Systems tandis que l’avion aurait adopté l’Eurojet EJ200 qui propulse aujourd’hui l’Eurofighter EF-2000 Typhoon.

En fait en cela John Major était dans la droite ligne politique de son mentor, Margareth Thatcher qui l’avait précédée au 10 Downing street. La Dame de Fer elle-aussi avait commis la même erreur de jugement neuf ans auparavant.

Dans le courant de l’année 1986 le ministère de la défense britannique cherchait à moderniser la Royal Air Force et notamment à répondre aux enseignements de sa douloureuse campagne de reconquête de l’archipel des Malouines, un temps annexée par l’Argentine. Et ça les Américains étaient au courant de cette volonté de rajeunissement de l’arsenal aérien britannique.
Dans une logique de guerre froide la Royal Air Force était à cette époque le principal allié de l’US Air Force.

Or le Pentagone proposa au Président des États-Unis Ronald Reagan de faire entrer les Britanniques dans le programme de l’avion furtif F-117A Nighthawk. L’US Department of Defense baptisa cette idée programme Moonflower et le transmit à son homologue londonien.
Bien qu’ayant volé cinq ans plus tôt le chasseur furtif d’attaque au sol était encore un Black Project, c’est à dire un des projets de défense parmi les plus secrets du moment aux États-Unis. Les militaires britanniques ignoraient donc tout de lui.
Le Pentagone le présenta comme un remplaçant potentiel des Blackburn Buccaneer alors en dotation dans la RAF. La charge offensive des deux avions était alors sensiblement identique.

Quelques semaines plus tard Ronald Reagan proposa personnellement à la Première Ministre Margareth Thatcher d’acquérir un lot de Lockheed F-117A Nighthawk.
Non seulement elle refusa catégoriquement, estimant que les Américains avaient été trop flous concernant les capacités de l’avion et son coût d’acquisition mais en plus elle osa demander au président américain si la Grande Bretagne était le seul pays à qui l’avion fut proposé. La réponse était alors oui.
En fait Ronald Reagan se méfiait de François Mitterrand. Pour lui un président de la République Française venant du Parti Socialiste ne pouvait être qu’un agent au service de Moscou. Mitterrand et le PS considérés comme satellites de l’URSS on voit immédiatement le niveau politique de l’ancien acteur hollywoodien.

À deux reprises donc la Grande Bretagne a refusé d’acquérir celui qui reste pour l’Histoire comme le premier avion de combat furtif. Une machine qui si elle n’était exempte de défauts su pourtant marquer durablement de son empreinte les années 1990-2000.
On ne pourra pas dire que nos amis britanniques ne sont pas persévérants.

Photo © US Air Force Museum

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6 COMMENTAIRES

  1. Donc pour vous, refuser de s’équiper de cette machine est forcément une « erreur de jugement ». Ils l’ont peut-être refusée pour d’autres raisons mûrement réfléchies qui plus est, à deux reprises. Et puis même si VGE avait été président une deuxième fois, jamais les USA n’auraient proposés le F117 à la France. La France et les USA n’avaient pas les relations très étroites « la relation spéciale », qu’il y avait et qu’il y a encore entre les USA et le Royaume-Uni et puis la France à cette époque même membre de l’OTAN ne faisait plus partie du commandement intégré depuis 20 ans. Même dans le cas contraire, pour des raisons financières, d’indépendance militaro-industrielle et diplomatique la France aurait refusé la proposition à l’instar des britanniques.

  2. Pourquoi une erreur?
    Le remplacement de buccaneers par des tornado n’avait-il pas déjà commencé? l’achat des F117 n’aurait-il pas été nuisible à ce programme?

  3. « En fait en cela John Major était dans la droite ligne politique de son mentor, Margareth Thatcher qui l’avait précédée au 10 Downing street. La Dame de Fer elle-aussi avait commis la même erreur de jugement neuf ans auparavant. »

    Comme mes 2 collègues au dessus, pourquoi parler d’une « erreur de jugement »?

    On parle quand même de l’achat d’un avion étranger, pas du développement d’un programme. Je vois pas trop ce qu’aurait changé le fait que la GB dispose de quelques F-117 US à l’histoire aéronautique de ce pays?
    Si ce n’est au contraire de mettre à l’arrêt le programme du Tornado, et donc s’asseoir sur les retombées d’ingenieries et de savoir faire pour les Anglais.
    C’était pour eux certainement un très bon choix que d’avoir refusé d’acheter cet avion dont ils n’avaient pas vraiment d’utilité.

  4. De toute façon il n’y avait que les États-Unis et son budget défense pour posséder un tel appareil. Ces F-117 dans la RAF allaient être de véritables éléphants blancs.

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