Le De Havilland Mosquito NF Mk-II britannique et les Dornier Do 217J et Junkers Ju 88G allemands démontrèrent que des bombardiers de qualité pouvaient donner naissance à d’excellents plateformes pour la chasse de nuit. Partant de ce principe les ingénieurs américains Ed Heinemann et Robert Donovan tentèrent de développer un tel chasseur pour les besoins de l’US Army Air Force. Et la base de leur chantier était le bombardier rapide A-26 Invader qu’ils avaient tous deux conçus. Malheureusement tout ne se passa pas comme ils l’auraient espérés.

L’expérience menée sur le Douglas P-70A Nighthawk issu du bombardier léger A-20 Havoc poussa l’équipe d’ingénierie de l’avionneur à proposer à l’US Department of War une procédure similaire autour de l’A-26 Invader. L’US Army Air Force hésita un temps puis finit par accepter la proposition au début de l’année 1943. Les bons résultats de la Royal Air Force dans la chasse de nuit firent que les Américains avaient eux aussi confiance dans cette chasse d’avenir, surtout dans l’optique d’une future domination du ciel allemand. La flotte des chasseurs de nuit de la Luftwaffe inquiétait grandement les états-majors alliés.

Le Douglas XA-26A ne pouvait nier ses origines : le bombardement.

Alors que l’US Army Air Force entendait appliquer au nouvel avion la désignation de XP-74 Heinemann et son adjoint Donovan lui préférèrent celle de XA-26A. Et contre toutes attentes ce sont les deux ingénieurs de chez Douglas qui eurent le dernier mot. L’état-major américain conserva de cette histoire de désignation un profond ressentiment vis-à-vis de l’avion.
Pourtant sur le papier tout semblait sourire au XA-26A. Totalement redessiné l’avion était désormais un biplace en tandem articulé autour d’un radar SCR-584. Cet équipement avait été initialement développé par les équipes du MIT Radiation Laboratory de l’université de Cambridge pour les besoins de la défense anti-aérienne américaine. Il fut réaménagé et installé dans le nez du bimoteur.

Le copilote-radariste du Douglas XA-26A pouvait ainsi guider le pilote vers la cible avant de régler le tir de l’armement interne du chasseur. Il s’agissait de quatre puissantes mitrailleuses de calibre 12.7 millimètres installées dans une tourelle d’intrados et semi rétractable en vol.

Gros plan sur la tourelle d’intrados du XA-26A

Sous le serial 41-19505 ce prototype vola pour la première fois en juillet 1943. Et dès le départ les équipes de Douglas démontrèrent de bonnes qualités intrinsèques à leur avion. Il était rapide, manœuvrant, bien armé, et très capable en matière de détection de cibles ennemis. Des Culver PQ-8 Cadet radiocommandés furent employés pour simuler les avions allemands, et à chaque fois les petits drones furent massacrés par le XA-26A.
Pourtant au sein de l’US Army Air Force le ressentiment restait fort, d’autant que plusieurs généraux pointaient du doigt le fait que le Douglas XA-26A n’avait aucune raison d’exister.

Le premier vol en mai 1942 du prototype de chasseur de nuit Northrop XP-61 avait rendu caduque toute recherche d’un avion différent. Pis les essais en vol de ce nouveau modèle avait démontré que son radar SCR-720 avait une portée accrue de l’ordre de 30% par rapport à celle du SCR-584 du XA-26A.

En raison de ces facteurs l’US Army Air Force décida fin 1943, en accord avec l’US Department of War, de supprimer les fonds alloués à Douglas au développement de son XA-26A. Le P-61 Black Widow était appelé à devenir le chasseur nocturne de référence de l’aviation américaine. Ed Heinemann tenta de peser de tout son poids contre cette décision, mais cela n’eut aucun effet. L’avionneur proposa bien son avion à la Grande Bretagne au titre de la loi de prêt-bail mais là aussi sans succès. Le XA-26A était bien mort.

L’ingénieur Ed Heinemann en pris ombrage et mit plusieurs années avant de revenir à la conception d’un chasseur. Il fallut attendre cinq ans et le mois de mars 1948 pour qu’il fasse revoler un tel avion de sa conception : l’excellent F3D Skyknight de chasse embarqué.

Photos © US Air Force Museum

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3 COMMENTAIRES

  1. Désolé de ne retenir que ceci. Mais avoir du ressentiment car on a pas eut le dernier mot sur la nomenclalture de l’avion c’est un peu beaucoup exagéré. J’aurai compris s’il s’agissait d’une brouille entre personnes (bien que peu professionnel), mais là …. !

    Au final c’est quand même le meilleur des deux avions qui a été retenu.

  2. Finalement utilisé dans ce rôle durant la guerre d’Algérie. Plusieurs B-26C sont modifiés en chasseurs nocturnes B-26N équipé d’un radar AI Mk. X provenant d’un Gloster Meteor..

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