L’US Navy ne croit pas à un nouvel effet « Top Gun ».

Aux États-Unis comme en France le film «Top Gun : Maverick» était très attendu et dans les deux cas il cartonne au box-office. Et on peut se mettre à rêver à une nouvelle génération découvrant ainsi le métier de pilote de chasse comme en 1986. Pourtant en 2022 l’aéronavale américaine ne voit pas ce film comme l’aubaine que fut son prédécesseur dans les recrutements de futurs pilotes. Autre temps, autres mœurs…

Les files d’entrée s’allongent outre-Atlantique tandis que chez nous les salles obscures sont combles, une rareté en ces tristes temps pour le cinéma. Le pop-corn crépite, les tickets se vendent comme des petits pains. La génération qui avait entre 10 et 25 ans en 1986 va désormais au cinéma avec ses enfants voire ses petits-enfants. Et comme il y a trente six ans la magie fonctionne. Au Grumman F-14A Tomcat de «Top Gun» a succédé le Boeing F/A-18E Super Hornet de «Top Gun : Maverick». L’impression reste globalement la même.

Pourtant l’aéronavale américaine ne voit plus du tout les choses de la même manière. En 1986 elle se remettait péniblement de l’historique raclée prise en Asie du sud-est. La guerre du Vietnam n’était terminée que depuis onze ans et de nombreux pilotes de Grumman A-6E Intruder et de McDonnell F-4B Phantom II demeuraient encore en service actif. Ils avaient perdu leurs illusions et l’US Navy s’était retrouvée plus basse que terre, défaite par un ennemi théoriquement inférieur.
«Top Gun» et son affrontement avec le fameux MiG-28 soviétique, en fait des Northrop F-5E Tiger II maquillés à la va-vite, allaient redonner foi dans l’aéronavale américaine. Les acteurs Tom Cruise, Val Kilmer, Tim Robbins, et Anthony Edwards allaient incarner des pilotes de chasse à la fois sérieux et cools, extraordinaires et tellement proches. Le réalisateur Tony Scott toucha l’Amérique au cœur, faisant de son blockbuster un formidable outil de communication.

En 2022 la situation a changé. Les recrutements de pilotes se portent bien, le tout nouveau Lockheed-Martin F-35C Lightning II attire des milliers de jeunes américains vers l’US Navy. Surtout cette dernière a depuis appris à communiquer, elle est omniprésente sur les réseaux sociaux, possède ses propres chaines YouTube, n’hésite plus à inviter à bord de ses porte-avions les journalistes et photographes, et s’aventure de plus en plus fréquemment dans les salons aéronautiques et les meetings du monde entier. Aux États-Unis elle est souvent montrée en exemple par rapport à l’US Air Force ou à l’US Army pour sa capacité à facilement parler d’elle et ainsi attirer les jeunes américains.
Du coup elle n’a pas besoin de «Top Gun : Maverick». Pour autant elle n’a pas de raison de bouder son plaisir, car ce film est aussi une formidable déclaration d’amour à l’aviation et à l’aéronavale.

Le Boeing EA-18G Growler, l’avion de guerre électronique de l’aéronavale américaine.

Donc oui au Navy Yard autant qu’au Pentagone personne ne croit que le film va booster les recrutements pour 2022 ou 2023. Peut-être que dans les années à venir des jeunes femmes et des jeunes hommes vont entrer dans l’Armée de l’Air et de l’Espace, dans l’Aviation Royale Canadienne, ou dans l’US Navy en s’avouant avoir découvert leur futur métier au cinéma un jour de printemps 2022. Mais rien au point d’avoir un effet réellement palpable dans les mois ou années à venir.

Photos © US Navy.

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ARTICLE ÉDITÉ PAR
Arnaud
Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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Commentaires

4 réponses

  1. Justement en sortant de la séance je me demandais jusqu’à quel point ce genre de film pouvait influencer les futurs pilotes. Maintenant grâce à toi Arnaud je le sais. Superbe article très instructif. Merci.

  2. Il me semblait que justement les recrutements de pilotes etaient à la peine, à cause de salaires bas. Les autorités en étaient à proposer des primes concequentes pour les engagements.

    1. C’est vrai pour l’US Air Force et l’US Army, ça ne l’est pas dans l’US Navy et dans l’US Marines Corps où le traitement financier des navigants est beaucoup plus confortable.

    2. J’ai lu la même chose que ce que Arnaud a écrit sur le très bon site de l’US Naval Institute. Je te le conseille Turboprop46.

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