La Luftwaffe connait un grave déficit en aéronefs !

Le rapport du Bundestag est formel : le Bundeswehr n’est pas du tout en capacité de répondre à un péril de guerre en Europe centrale, et c’est d’autant plus prégnant dans la Luftwaffe. Ça tombe bien que nous soyons un site aéronautique nous allons pouvoir laisser de côté les questions relatives aux navires de guerre et aux véhicules terrestres afin de nous pencher sur le cas des avions et hélicoptères. Les parlementaires allemands sont d’ailleurs très critiques sur l’arsenal aérien de leur pays jugé globalement inadapté à la situation sécuritaire actuelle. Des députés allemands qui dans le même insistent sur le fait que des évolutions pourraient permettre à la Luftwaffe de rejoindre un modèle similaire à celui de l’Armée de l’Air et de l’Espace.

Les parlementaires allemands, qu’ils soient issus de la démocratie chrétienne ou de la sociale démocratie et de l’écologie politique voire de la gauche radicale, s’accordent tous sur un point convergent quand il s’agit de nommer le responsable de tous les périls sécuritaires en Europe en 2023 : la Russie et sa politique expansionniste. L’actuelle guerre menée par Vladimir Poutine contre la souveraineté de l’Ukraine mais également les menaces de moins en moins voilées contre la Géorgie et la Moldavie font craindre le pire à celles et ceux qui représente entre 85 et 90% des parlementaires. Les députés issus de l’extrême droite sont quant à eux toujours à la ramasse et persistent à ne voir que l’Islam et l’immigration comme danger. Nous avons les mêmes ici.
Justement les députés d’extrême droite ne sont pas signataires, ou très marginalement, du rapport du Bundestag sur l’état réel de la défense allemande, c’est à dire du Bundeswehr.

Et le premier constat est flagrant : l’Allemagne manque d’avions de combat ! Le rapport explique que le contrat d’acquisition des Lockheed-Martin F-35A Lightning II est minimaliste. Trente-cinq exemplaires achetés l’an dernier c’est selon eux entre 40 et 55% des besoins que la Luftwaffe aura dans les prochaines années mais jamais 100%. Pour les députés allemands un second contrat ne serait pas à exclure. Sans parler de renégocier l’accord avec la France ils appellent à une accélération du programme SCAF afin que la Luftwaffe puisse, comme l’Armée de l’Air et de l’Espace, disposer rapidement d’un équipement à même de damer le pion aux ennemis de Berlin.
Dans le même temps les parlementaires demandent de maintenir les flottes d’Eurofighter EF-2000 Typhoon et de Panavia Tornado IDS/ECR à un niveau acceptable d’efficacité, les premiers devant demeurer les défenseurs numéro 1 des cieux allemands. Sans jamais clairement l’expliciter il semble qu’ils demandent une prolongation des deux séries de Tornado au-delà de la date initialement prévue pour les retirer du service, et ce tant que la menace russe sera aussi élevée.
Le Bundestag insiste d’ailleurs sur l’intérêt de redoubler les exercices internationaux avec les alliés de l’Allemagne et en premier lieu les États-Unis, la France, et le Royaume-Uni.

Deux autres points importants de la Luftwaffe ont été soulevé par le rapport du Bundestag : le transport aérien militaire et la formation des personnels.
En premier lieu les députés de la majorité et de l’opposition ont souligné la pléthorique flotte d’avions de transport de hautes personnalités comptant aussi bien des Airbus A319CJ, A321, et A350CJ que des Bombardier Global 5000 et Global 6000. Par contre ils ont relevé le déséquilibre dans la flotte de transport tactique estimant qu’il manque dans l’arsenal allemand un avion de moyen tonnage comparable avec les Casa CN-235 de l’Armée de l’Air et de l’Espace ou les Alenia C-27J Spartan II de l’Aeronautica Militare.
En second lieu donc c’est la formation des pilotes et personnels navigants qui est, une fois encore pointée du doigt en Allemagne. Les parlementaires signalent une trop forte externalisation des moyens vers l’étranger et recommandent, comme presque à chaque fois depuis trente ans, un retour des écoles de pilotage en Allemagne et un renforcement de la flotte avec notamment un cursus concernant la formation sur multi-moteurs, aujourd’hui réalisée exclusivement hors d’Allemagne auprès de pays alliés.

Airbus A350CJ, l’avion officiel de la Bundesrepublik.

Un volet concerne également la Heeresflieger et le Marineflieger, mais je vous le traiterais d’ici deux à trois jours, une fois que je serais sûr de l’avoir bien «digéré».
Voilà vous le remarquerez il n’y a là rien de révolutionnaire concernant la Luftwaffe, juste des confirmations de ce que beaucoup supposaient ou croyaient savoir.

Photos © Luftwaffe.

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ARTICLE ÉDITÉ PAR
Arnaud
Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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Commentaires

9 réponses

  1. L’Allemagne depuis des années ne s’est pas donné les moyens d’entretenir correctement son armée au sens large. Elle en paye le résultat qui était déjà une évidence depuis bien longtemps déjà. Elle se reposait exclusivement sur l’apport de l’ OTAN. Mais là, avec le conflit russo-ukrainien, c’est étalé au grand jour comme si la population jusqu’à présent se voilait la face et de lui faire prendre conscience qu’il va falloir faire des sacrifices. Maintenant, le gouvernement a décidé de réinjecter 100Mds€ en 2 ans pour remonter la pente. A mon humble avis 2ans ne suffiront pas, il faut du temps, beaucoup de temps pour construire un éco-système militaire qui soit réellement opérationnel. Non seulement il faut faire un effort financier mais il faut également changer les mentalités au sein des différents corps militaires et y injecter du sang neuf. Avec patience, abnégation, et avoir le courage de dire tout ce qui ne va pas puis reconstruire pied à pied. Il y a des egos qui vont souffrir….

  2. L’une des solutions serait déjà d’augmenter le taux de disponibilité des avions existants au lieu d’acheter à tout pris de nouvelles machines.

  3. Pas révolutionnaire mais une bonne nouvelle un peu inattendue vu l’historique du programme : « Sans parler de renégocier l’accord avec la France ils appellent à une accélération du programme SCAF »
    Espérons que ça se concrétise.

  4. Ce qui est désolant au niveau du SCAF est que ceux qui, ici, demande une accélérâtes, sont les mêmes qui hier, voire demain, sont à l’origine des retards, c’est-à-dire les députés allemands.

    1. Balèze votre boule de cristal pour vous prédire le futur des décisions du Bundestag quand au SCAF.

      1. Le passé donne plutôt raison au commentaire de Bob tout de même…
        L’Allemagne défend tellement ses intérêts en Europe qu’elle préfère torpiller ou retarder des programmes militaires prometteurs avec la France et acheter allègrement américain. Et voilà maintenant que ces mêmes politiciens allemands viennent critiquer les manques dans leurs différentes armées, les pertes capacitaires, les déficits technologiques… à qui la faute?

    2. BOB, le retard du SCAF vient plus de retard industriels que d’une réalité politique. Les contrats de coopération militaire sont une vrai panacée a l’image du MGCS et la contre proposition du KF 51. Je ne parle meme pas des fregates entre FICANTIERE et NAVAL GROUP qui construisent le même modèle avec les FREMM.
      Pour une fois dans l’histoire allemande, il y a un concensus sur le fait que l’armée allemande est sous équipée. Et elle est aujourd’hui largement dépassée en particulier par la POLOGNE. Et ce sont des écolos qui poussent les rallonges budgétaire quand chez nous ils sont pas foutu d’interdire des Neonicotinoides. Bref! autre pays, autre culture.

      Concernant le SCAF; le retard vient sans trop dire de connerie (sous contrôle des autres) des maîtres d’oeuvre et en particulier de AIRBUS qui a fait des pieds et des mains pour prendre des compétences qu’ils n’ont jamais eu. Ne serait que sur les commandes de vol qui est le domaine de compétence absolu de DASSAULT. On a confié les moteurs a pléthore d’intervenant allemand alors que les meilleurs moteurs du marché sont francais avec le M88 du rafale. Je renverrai a l’article de OPEX sur la qualité du moteuri du F35 qui n’aura aucune évolution, la chose étant entendue.Tout le monde voulait sa part du gateau alors que certains n’aiment pas le chocolat. Et vu la flotte d’avions allemand, la preuve par l’image, ils n’ont que des avions issus de programme de coopération : TORNADO, Eurofighter, A l’époque ils arrivaient a faire rentrer un carré dans un rond, pourquoi pas. Aujourd’hui il faut du mutli role. Et ils sont trop arrogant pour acheter du matos francais.

      Serge DASSAULT le disait, ne laisser pas la mains aux ingénieurs, ils feront exploser les budgets. Le polique est la pour sortir le cheque, pas pour dire a un industriel quoi faire. C’est pour ca qu’il y’a un cahier des charges en matiere de programme militaire.

  5. « la pléthorique flotte d’avions de transport de hautes personnalités » » il me semble qu’il n’y a pas si longtemps la presse allemande se vantait que Mme Merkel se déplaçait en avion de ligne… ce qui n’était déjà pas le cas à l’époque…

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