Les doctrines d’emploi d’aéronefs c’est un peu comme la mode, c’est un éternel recommencement. Depuis quelques semaines l’US Department of War envoie des signaux selon lesquels l’US Air Force pourrait se doter prochainement d’amphibies et d’hydravions pour certaines de ses opérations aériennes, notamment en zone Asie-Pacifique. Une telle info nous oblige forcément à nous replonger dans l’histoire aéronautique afin de comprendre quels aéronefs de ce genre ont déjà volé pour elle… ou pour une de ses prédécesseuses ? Vous pourriez être surpris.

En aviation militaire américaine quand on pense amphibies et hydravions on voit systématiquement l’US Navy au travers de machines aussi différentes que le Curtiss Model N de l’entre-deux-guerres, les Grumman J2F Duck et Naval Aircraft Factory N3N Canary de la Seconde Guerre mondiale, ou encore les Convair R3Y Tradewind et Martin P6M Seamaster de la guerre froide. C’est finalement assez logique que des avions qui se posent sur l’eau et en redécollent, en déjaugent comme on dit dans le jargon aéronautique, nous fassent immédiatement penser à l’aéronavale. Logique mais pas forcément obligatoire. En effet l’US Army Air Corps, puis l’US Army Air Force, et jusqu’à l’actuelle US Air Force ont utilisés de tels appareils. Et souvent pour des rôles assez proches de ceux existant dans l’US Navy.
C’est dans le courant des années 1925-1930 que le recours à des amphibies et hydravions s’est répandu dans l’US Army Air Service puis surtout dans l’US Army Air Corps qui lui a succédé. Dès cette époque les missions attribuées à ces aéronefs furent l’observation et la reconnaissance à vue, et bien entendu la recherche et le sauvetage en mer des équipages et pilotes perdus. À bien des égards il s’agit des ancêtres des missions de recherches et de sauvetages au combat aujourd’hui menées par les hélicoptères Sikorsky HH-60G Pavehawk et HH-60W Jolly Green II. Les monomoteurs Loening OA-1 et bimoteurs Douglas OA-3 sont les plus célèbres représentants de cette époque de balbutiements de l’emploi de ces appareils par la force aérienne américaine.
La Seconde Guerre mondiale a donné un véritable boost, un coup d’accélérateur à l’utilisation des amphibies et hydravions par l’US Army Air Force. Les Grumman OA-9, Consolidated OA-10, et Sikorsky OA-11 furent les plus emblématiques dans les missions de recherches et de sauvetages en mer, aussi bien en Atlantique nord que dans le Pacifique. Particularité notable ils existaient aussi dans l’US Navy, mais sous d’autres désignations et pour des rôles parfois très différents.

L’US Air Force, à partir de 1947, va conserver l’emploi de ce genre d’appareils avec notamment le célèbre Grumman HU-16 Albatross ou encore l’hydravion à flotteurs Cessna LC-126 Businessliner. Pourtant au début des années 1970 la généralisation des hélicoptères, et notamment l’arrivée des Sikorsky HH-3E Jolly Green Giant et HH-53C Super Jolly Green Giant, va ringardiser les amphibies et hydravions. D’autant que de plus en plus de voilures tournantes sont désormais ravitaillables en vol au sein de l’arsenal américain. On les croit alors définitivement enterré.

Il y a quatre ans pourtant en catimini l’idée d’un hydravion au sein de l’US Air Force refait son petit bonhomme de chemin. On dit alors même que l’US Marines Corps pourrait lui aussi s’y intéresser. Un avant projet est discuté avec Lockheed-Martin autour d’une version à deux flotteurs du MC-130J Commando II. Des vues d’artistes commencent à apparaître ça et là avant qu’au début de cette année 2025 l’avionneur ne jette l’éponge, arguant qu’un tel hydravion serait un cauchemar à mettre en œuvre et ne pourrait opérer que par mer calme ou sur des plans d’eau abrités.

Pourtant l’US Department of War n’a pas dit son dernier mot et parle désormais d’un «flying boat», c’est à dire d’un hydravion à coque. On pense alors forcément au ShinMeywa US-2 japonais ou alors au futur De Havilland Canada 515 canadien, mais pas en version de lutte anti-incendie. À moins que là encore ce soit un programme qui finisse… à l’eau.
Affaire à suivre.
Photos © National Museum of the US Air Force.
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2 réponses
Et pourquoi pas le futur Frégate F- 100? Il me semble qu’il ne devrait pas exister uniquement en version bombardier d’eau. Après , il faut déjà que cet appareil existe concrètement, et je m’imagine mal , l’ Us Air Force acheter des appareils Français, mais on peut toujours rêver.
Seleument un hélicoptère est en mesure de récuper des marins à partir d’un voilier ou d’un navire de pèche ou de toute embarcations et peu importe la météo. Dans une mer formée le transfert d’un blessé grave à partir un cargo via une petit canot vers un hydravion serait très risqué pour tous ceux qui seraient impliqués. Le seul avantage de l’hydravion est son rayon d’action.