Á l’instar de la Lufthansa il y a trois jours la Luftwaffe célèbre un anniversaire pas comme les autres aujourd’hui. C’est en effet le lundi 9 janvier 1956 que l’élément aérien du Bundeswehr est officiellement né, comme force aérienne de la République Fédérale d’Allemagne. Une partie de ses officiers provenait de l’ancienne Luftwaffe, celle de l’époque hitlérienne et avaient (officiellement) été dénazifiés. Ironie de l’Histoire elle grilla la politesse à son équivalente est-allemande, la Luftstreitkräfte der Nationalen Volksarmee, de presque deux mois.

D’un côté comme de l’autre du Rhin cet avion est hautement mythique.

Pour beaucoup d’entre nous quand on imagine le passé de la Luftwaffe on voit des chasseurs Messerschmitt Bf 109 et Focke-Wulf Fw 190, des avions d’attaque Junkers Ju 87, des bombardiers Dornier Do 17 et Heinkel He 111, ou encore des avions de transport Arado Ar 232 et Junkers Ju 52/3. Pourtant cette Luftwaffe là n’a pas grand-chose à voir avec celle qui fête aujourd’hui ses 70 ans. Et pour cause cette Luftwaffe là a disparu il y a 80 ans. De mai 1945 à janvier 1956, durant presque onze ans, la République Fédérale d’Allemagne (l’Allemagne de l’Ouest) demeura sans force aérienne. La Luftwaffe n’était pas en sommeil, elle avait été dissoute !

Ne souhaitant pas réitérer les erreurs du Traité de Versailles de 1919 les Alliés tombèrent d’accord pour faire renaître une Luftwaffe en RFA sous le triple contrôle des États-Unis, de la France, et du Royaume-Uni. À l’est, en RDA, il était évident qu’une solution similaire était étudiée par l’URSS. Chaque camp ayant compris que d’une certaine manière «son Allemagne» était l’ultime bouclier le protégeant de l’ennemi. Parmi les artisans ouest-allemands de cette nouvelle Luftwaffe on trouva deux généraux particulièrement respectés : Ulrich de Maizière qui va œuvré pour que l’aviation conserve son indépendance de l’armée et surtout Johannes Steinhoff. L’as de la Seconde Guerre mondiale, aux 176 victoires homologués avait la confiance des Britanniques et des Français, un peu moins des Américains qui auraient voulu placé à la tête de la Luftwaffe un homme à eux. En avril 1945 il survécut au crash de son Messerschmitt Me 262, lequel le laissa en partie défiguré par d’importantes brûlures au visage.

Piasecki H-21 de la Luftwaffe jouant les dépanneuses pour un Bell 47G de la Heer dans les Alpes.

Quand le 9 janvier 1956 la Luftwaffe renait de ses cendres elle n’a plus aucun avion allemand. Elle vole principalement sur des Canadian Car & Foundry Harvard Mk-4 d’entraînement, des Douglas C-47 Skytrain de transport tactique, des chasseurs Republic F-84F Thunderstreak, des Piper PA-18 de liaisons, et des hélicoptères Piasecki H-21 Shawnee et Sud-Est SE.313 Alouette II. L’aviation ouest-allemande va pourtant très vite s’étoffer. Et son premier avion de conception et de construction allemande sera le Dornier Do 27 de liaisons et de transport d’état-major.
L’Allemagne de l’Ouest fera ensuite voler ses pilotes sur la plupart des chasseurs américains de la guerre froide, avec notamment les Lockheed F-104 Starfighter de triste réputation dans ce pays. Les années 1970-1980 seront celles du début de l’émancipation des fournisseurs américains avec notamment l’apparition des Panavia Tornado IDS européens. Avant cela Armée de l’Air et Luftwaffe collaboreront notamment autour du Fouga CM.170 Magister et du Nord N.2501 Noratlas construits tous deux sous licence locale puis aux travers des Transall et Alpha Jet tous deux franco-allemands. L’amitié entre nos deux peuples est aussi passé par celle entre nos militaires.

McDonnell F-4F Phantom II et Mikoyan MiG-29 Fulcrum aux couleurs de la Luftwaffe, une image qui fleure bon les années 1990.

Aujourd’hui la Luftwaffe est une force aérienne résolument tournée vers les enjeux européens. Autour de ses Eurofighter Typhoon, et bientôt du Lockheed-Martin F-35A Lightning II, c’est une aviation militaire qui cultive sa double culture d’acquisition de matériel : un côté comme l’autre de l’Atlantique nord. Outre ses Airbus Military A400M Atlas elle possède des Lockheed-Martin C-130J-30 / KC-130J Super Hercules qu’elle aligne au sein d’une très particulière escadrille franco-allemande dont le nid se trouve en Normandie. Tout un symbole !

La Luftwaffe est la première force aérienne au monde à mettre en œuvre l’Airbus A350, comme avion de transport prioritaire à long rayon d’action.

L’avenir proche de la Luftwaffe pourrait bien s’écrire avec celui de l’Armée de l’Air et de l’Espace et de l’Ejercito del Aire y del Espacio, à conditions que les groupes Airbus et Dassault réussissent à mettre chacun de l’eau dans leur vin.

Alles Gute zum 70. Jahrestag, Luftwaffe! Et vive l’amitié franco-allemande.

Photos © Bundeswehr


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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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