L’aviation et le cinéma ont en commun d’être nés tous deux à la fin du 19ème siècle et d’avoir littéralement explosé au siècle suivant, avec souvent des destins croisés. Pourtant il fallut attendre le 19 juillet 1961, soit il y a pile 65 ans, pour que le cinéma devienne de manière pérenne un divertissement à bord des avions de ligne. Et en six décennies et demi l’offre a bien changé, passant d’un luxe réservé à une élite à quelque chose d’accessible au plus grand nombre. Et tout est partie d’un film américain qui n’a pas réellement laissé de trace dans l’histoire du cinéma.
Durant l’entre-deux-guerres quelques expérimentations sont réalisées, notamment auprès de compagnies aériennes britanniques et françaises exploitant de grands hydravions à coque. Cependant le projecteur de cinéma et les bandes sont encombrants et finalement pas si utiles que cela. La Seconde Guerre mondiale met en pause le procédé qui reprend timidement une fois la paix revenue.
À l’époque de nombreux psychanalystes avancent que regarder un film permettrait de calmer les angoisses vis-à-vis de l’hydravion puis des premiers avions longs courriers que sont alors les Douglas DC-6 et DC-7 ou encore le Lockheed Constellation. Mais là encore les équipements de visionnage sont très onéreux et particulièrement imposants. Aux compagnies européennes ce sont leurs concurrentes américains qui prennent le relais.
Finalement au début de l’année 1961 la célèbre TWA, feue la Trans World Airlines, décide de remettre au goût du jour le procédé. Elle fait modifié huit de ses cinquante-neuf Boeing 707-120B afin qu’il dispose de deux écrans de cinéma repliables en première classe et d’un mini projecteur. Le premier vol du genre sera un Los Angeles – Boston dans l’après-midi du 19 juillet 1961. Le film choisi pour cette grande première est alors «By Love Possessed», réalisé par John Sturges avec en vedette Lana Turner.
Autant le dire tout de suite sans son aventure aéronautique ce film ne serait jamais entré dans les annales d’Hollywood. L’actrice autant que le réalisateur l’ont toujours considéré comme mineur.
Pendant toute la seconde moitié de l’année 1961 les autres compagnies aériennes américaines regardent la TWA un peu de travers. Son idée de projeter des films de cinéma semble saugrenue. Puis la Pan Am, autre grand transporteur aujourd’hui défunt, s’y colle avec quatre de ses neufs quadriréacteurs Boeing 720B. Avec elle le cinéma embarqué devient international, la Pan Am inaugure le film vers les Caraïbes puis le Brésil.
À la fin de l’année 1963 plus de quarante-cinq compagnies aériennes, dont Air France ou encore la SABENA, proposent des films sur grand écran à leurs passagers de première classe. Et les autres ? Ils ont le droit à des journaux gratuits.
Il faudra attendre la seconde moitié des années 1970 et le transport aérien de masse pour que sur le nouvel Airbus A300 et le gros porteur Boeing 747 le film fasse son apparition également auprès des classes touristes et éco. En 1978 en Amérique du Nord et en Europe occidentale les exploitants de salles de cinéma craignent alors une concurrence déloyale. Même si cela peut avoir l’air stupide l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale prend la chose très au sérieux et exige que les compagnies aériennes attendent un minimum de six mois après la sortie d’un film pour le présenter à leurs passagers. Cette règle existe toujours.
Le 21 janvier 1976 le cinéma devient le premier art… supersonique. Le film devient le compagnon du Concorde, l’avion franco-anglais ayant même été pensé afin de pouvoir projeter un long-métrage.
En 1983 feue la compagnie aérienne américaine Piedmont Airlines est la première à projeter en plein vol un film d’animation. Il s’agit du dessin animé fantastique «The secret of NIMH» réalisé par Don Bluth, à bord d’un Boeing 737-200 réalisant un vol intérieur. L’année suivante Air France devient la première compagnie aérienne européenne à lui emboiter le pas autour du non moins célèbre dessin animé «Le roi et l’oiseau» de Paul Grimaud.
Et aujourd’hui ? Les grands écrans ont disparu depuis une bonne quinzaine d’années, remplacés en cela par des écrans individuels installés dans le fauteuil d’en face. Et on est passé d’un unique film à un catalogue qui ferait pâlir Disney+, France.TV, Netflix, ou encore Prime. Sur un Paris New York ou un Tokyo Paris vous pouvez parfaitement vous faire deux trois films d’affilé sans sourciller… ou bien sortir un bon bouquin !
Et tout ça a réellement débuté il y a 65 ans avec un film oublié du réalisateur de «Règlement à de compte à OK Corral» et de «La grande évasion».
Photo © Wikimédia Commons
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2 réponses
Super article. Merci Arnaud. On en apprend des choses sur ce site.
Et la première diffusion d’un film de catastrophe aérienne dans un avion, elle date de quand? D’ailleurs, est-ce que c’est possible?
Alors justement je me le suis demandé et j’en ai trouvé aucune trace. D’ailleurs je me demande en effet si c’est possible. J’en doute.