La Seconde Guerre mondiale fut l’époque durant laquelle les chasseurs d’escorte à long rayon d’action se développèrent le plus. Bimoteurs, mono- ou biplaces, il s’agissait souvent d’avions puissamment motorisés et lourdement armés. Chacun des belligérants s’essaya à la conception et à la construction de tels appareils, parfois avec succès, d’autres fois sans. Dans l’Italie fasciste du dictateur Benito Mussolini un des exemples les plus frappants fut le Savoia-Marchetti SM.91, malheureusement demeuré à l’état de prototype.
Dès le début du conflit les Italiens se lancèrent dans le développement de tels chasseurs bimoteurs. Malgré un réel engouement les Caproni Ca.331, Meridionali Ro.57, et Savoia-Marchetti SM.88 ne dépassèrent jamais le stade expérimental. Leurs ingénieurs péchaient parce que bien souvent la motorisation, de facture locale, n’était pas assez puissante pour permettre aux dits avions de réaliser leurs missions efficacement.
Tirant les enseignements de leurs erreurs Meridionali et Savoia-Marchetti proposèrent tous deux de nouveaux avions, plus ou moins inspirés de leurs échecs précédents. La Regia Aeronautica accepta fin 1941 de les suivre. Les deux avionneurs firent appel au même motoriste allemand, Daimler-Benz, mais pas pour le même moteur.
Esthétiquement parlant l’avion de Savoia-Marchetti, désigné officiellement SM.91, ressemblait fortement à un Lockheed P-38 Lightning, un chasseur apparu quelques années auparavant et alors l’une des références dans le domaine. Comme lui il s’agissait d’un monoplan à aile basse cantilever et train d’atterrissage classique escamotable doté d’un fuselage bipoutre et d’un ilôt central où était installé le poste de pilotage. Sur SM.91 celui-ci était biplace en tandem. Contrairement à l’avion américain le plan horizontal entre chaque empennage ne dépassait pas sur les extérieurs.
L’armement du chasseur italien était impressionnant : cinq canons mitrailleurs de facture allemande de calibre 20 millimètres, trois dans le nez et deux à l’emplanture de voilure, ainsi qu’une mitrailleuse italienne de calibre 12,7 millimètres dans le poste de tir du cockpit.
Quand le Savoia-Marchetti SM.91 vola pour la première fois le 10 mars 1943 son concurrent direct, le Meridionali Ro.58 était déjà en essais depuis dix mois. Pourtant c’est bien vers lui que les regards de la Regia Aeronautica se tournaient. Le SM.91 était jugé plus avancé et plus polyvalent que le Ro.58 notamment grâce à sa capacité à emporter une demi tonne de bombes sous voilure, ce que son concurrent ne pouvait pas réaliser.
Malheureusement pour lui les essais en vol étaient erratiques, en raison de la prépondérance des chasseurs alliés North American P-51 Mustang et Supermarine Spitfire, pour ne citer qu’eux, présents dans la ciel d’Italie. D’ailleurs durant un de ses rares vols d’essais le SM.91 rencontra, en juillet 1943, une patrouille de chasse de l’US Army Air Force. Le prototype n’étant pas armé son pilote dût recourir à la seule alternative qui s’offrait à lui : la fuite.
Quand le 3 septembre 1943 l’armistice de Cassibile fut signé les fascistes durent choisir quels avions ils allaient évacuer et lesquels ils allaient laisser tomber entre les mains des forces co-belligérantes, donc aux Alliés. Ils préférèrent l’étonnant prototype de chasseur SM.92 au SM.91.
Le prototype fut testé en vol et des ingénieurs britanniques proposèrent de le remotoriser autour du Rolls-Royce Merlin Mk-620. Néanmoins ce projet tomba à l’eau et le SM.91 fut envoyé à la ferraille au début de l’année 1945.
Intrinsèquement parlant le Savoia-Marchetti SM.91 n’avait rien d’un mauvais avion de chasse. C’était même plutôt l’inverse. C’est le déroulement de la Seconde Guerre mondiale bien plus que sa conception ou que sa construction qui le condamnèrent.
Aujourd’hui encore le SM.91 est bien moins connu que son faux jumeau SM.92 à l’architecture particulièrement audacieuse.
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