Le Canada en passe de rejoindre le GCAP.

Concurrent de feu le SCAF européen ce programme euro-japonais pourrait donc prochainement s’internationaliser un peu plus encore. Le Canada a fait savoir cette semaine qu’il avait requis un statut d’observateur au sein du Global Combat Air Programme. Pour mémoire celui-ci est piloté par BAE Systems pour le Royaume-Uni, Leonardo pour l’Italie, et Mitsubishi pour le Japon. C’est aussi un coup de tonnerre pour l’Amérique qui perdrait ainsi un potentiel client export pour ses futurs chasseurs de 6ème génération portés par Boeing et Lockheed-Martin.

L’union fait la force.
C’est un adage qui est de plus en plus vrai en industrie aéronautique, et notamment sur les chasseurs de génération future qui devront s’opposer aux ogres chinois et américains. La Russie étant sans doute hors jeu pour un bon bout de temps, l’Europe doit trouver des partenaires avec celui qui est désormais son seul et unique avion en chantier. En attendant une hypothétique réponse signée Dassault Aviation et on ne sait qui avec l’entreprise française. Le GCAP s’ouvre donc. Est-ce une grande nouvelle ? Oui et non.

En effet le programme euro-japonais a perdu en novembre 2023 le Suède et peine actuellement à s’ouvrir à l’Allemagne et à l’Espagne. L’échec du SCAF laisse des traces. D’où le coup de génie des Canadiens de demander un statut d’observateur et non de membre à part entière. Cela vous rappelle quelque chose ? C’est que vous avez bonne mémoire puisque c’est ainsi que la Belgique avait rejoint le SCAF, moyennant au passage une polémique stérile bien franco-franchouillarde ! On remarquera qu’actuellement ni les Britanniques, ni les Italiens, et pas plus les Japonais n’ont critiqué la démarche nord-américaine. En tant qu’observateurs les Canadiens s’assurent d’être servis en premier comme clients exports de l’avion qui naitra du GCAP, après les (pour l’instant) trois états membres de droit. Ce statut implique en outre un investissement financier minimal qui ne devrait pas trop grever le budget de l’Aviation Royale Canadienne / Royal Canadian Air Force.

Historiquement parlant par contre c’est un acte politique et diplomatique extrêmement fort. Car en annonçant, à quelques jours seulement du salon de Farnborough, qu’il compte rejoindre le GCAP le Canada gifle clairement l’industrie aéronautique des États-Unis. Ottawa ferma ainsi la porte au futur Boeing F-47 et à l’hypothétique Lockheed-Martin F-55 eux aussi de 6ème génération.
Rappelons que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale la chasse de l’Aviation Royale Canadienne / Royal Canadian Air Force est dépendante des constructeurs du voisin septentrional. Si on excepte l’Avro Canada CF-100 Canuck de conception et de production locales tous ses chasseurs étaient made-in USA à l’image par exemple des Lockheed F-104 Starfighter et Northrop F-5 Freedom Fighter. Afin de sauver les meubles les Canadiens avaient régulièrement recours à des constructions sous licence locale par Canadair avec parfois même des modifications indigènes profondes à l’image par exemple du CL-13 Sabre.

Si on voulait être un peu taquin on dirait que le Canada cherche actuellement à revenir dans le giron de son ancienne puissance coloniale. Mais rappelons que ce pays est encore membre du Commonwealth, la preuve Charles III est le roi de tous les Canadiens. Même des Québécois. Après à titre personnel je pense que les Canadiens seront bien plus souverains auprès de la monarchie britannique qu’auprès de l’Amérique trumpienne. Mais ça n’engage que moi.

Affaire à suivre.

Illustration © BAE Systems


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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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Commentaires

2 réponses

  1. Pour ceux qui ne le savent pas, Mark Carney a poursuivi ses études à l’Université d’Oxford où il a obtenu des diplômes de maîtrise et de doctorat en économie. Lors de ses études doctorales, il a rencontré une économiste britannique qui est devenue son épouse. Il a donc la double nationalité canadienne et britannique. Après avoir été Gouverneur de la Banque du Canada, il devint également Gouverneur de la Banque d’Angleterre. Compte tenu de ses liens personnels avec la Grande-Bretagne, cette annonce ne me surprend guère. Carney est sans doute le plus européen des Premiers ministres qu’a connu le Canada depuis fort longtemps. Pour information, l’Assemblée nationale du Québec a aboli en 2022 le poussiéreux serment d’allégeance au monarque britannique, reflétant ainsi le sentiment de la vaste majorité des Québécois.

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