Quand un Cessna de la Police surveille nos autoroutes

Il y a des avions que l’on remarque immédiatement. Un Rafale, un hélicoptère de la Gendarmerie ou encore un gros porteur passant à basse altitude ont généralement le don de faire lever les yeux. Et puis il y a ceux que l’on pourrait parfaitement prendre pour un banal avion de tourisme. C’est précisément le cas du Cessna 206T F-HFPV de la Police nationale.

C’est un reportage diffusé au journal télévisé de TF1 le 20 août dernier qui m’a fait découvrir l’existence de ces avions opérés par la Police nationale. Le sujet était consacré à la surveillance de l’autoroute A31, dans le secteur de Nancy. À environ 400 mètres d’altitude, un petit monomoteur à aile haute observait les automobilistes depuis le ciel. Après trois heures de vol, le bilan annoncé par TF1 était de 23 infractions relevées.

Le fameux Cessna du reportage au roulage à Nancy…

Une mission qui pourrait sembler surprenante pour un avion de tourisme de la firme Cessna… jusqu’à ce que l’on découvre ce qu’il embarque. Car ce Cessna n’est pas tout à fait comme les autres ! Immatriculé F-HFPV, il embarque sous le fuselage, à l’arrière du train d’atterrissage fixe, une boule optronique Wescam MX10. Celle-ci permet à l’équipage d’observer le sol dans le spectre visible, mais également dans l’infrarouge

La découverte de ce Cessna m’a naturellement conduit à chercher quelle pouvait être l’importance réelle de cette aviation policière. Et elle est finalement loin d’être anecdotique. Le récent rapport du Sénat consacré aux moyens aériens de la Police et de la Gendarmerie nationales, déposé le 30 juin 2026, indique que la Police nationale dispose habituellement d’une dizaine d’avions.

Particularité assez méconnue, elle ne possède pas directement ces aéronefs. Ils sont loués ou mis à disposition, notamment selon le principe de la « coque nue », tandis que leur emploi opérationnel est assuré par des personnels de la Police nationale.

Cette flotte est composée d’un Beechcraft 1900D destiné notamment au transport, de cinq avions légers de surveillance et de reconnaissance spécialement équipés, ainsi que de cinq autres avion léger de surveillance et de reconnaissance (dit ALSR) mis à disposition par des aéroclubs. Parmi les appareils spécialisés figurent notamment des bimoteurs Vulcanair P.68 et deux Cessna 206. Le F-HFPV n’est donc pas un cas isolé.

Mais pourquoi utiliser encore un avion ?

C’est probablement la question qui m’est venue immédiatement en découvrant ce reportage. À l’époque des hélicoptères toujours plus performants et des drones, quel intérêt peut encore présenter un petit avion monomoteur pour surveiller une autoroute ?

J’aurais spontanément répondu aucun, ou presque. Un hélicoptère peut voler lentement, rester stationnaire et surtout intervenir immédiatement sur une zone donnée. Le drone, quant à lui, semble à première vue constituer une solution encore plus discrète et surtout moins onéreuse.

Manifestement, je me trompais. Là où l’hélicoptère excelle dans l’intervention et l’observation stationnaire, l’avion léger se montre particulièrement intéressant pour la surveillance prolongée et la couverture d’un vaste secteur.

En 2025, selon le rapport de nos sénateurs, 86 % du temps de vol des avions de la Police nationale était consacré à des missions opérationnelles. La lutte contre l’immigration irrégulière représentait à elle seule 54 % du temps de vol, devant le transport et la logistique avec 21 %, la police judiciaire avec 9 % et l’ordre public avec 2 %. Les avions participent également au renseignement, à la surveillance discrète, à la sécurisation de grands événements et à l’appui de services spécialisés. La surveillance routière que nous montre TF1 n’est donc finalement qu’une petite partie de leur activité.

Une vieille histoire qui recommence ?

Je ne pensais pas que des voilures fixes étaient encore utilisés aujourd’hui par nos forces de l’ordre. Cela m’a rappelé une période de l’histoire de la Gendarmerie nationale que l’on a peut-être tendance à oublier, celle où les avions légers tenaient une place importante aux côtés des hélicoptères.

Dans les années 1970, la Gendarmerie employa notamment six Nord 3400 Norbarbe précédemment employés par l’ALAT, avant de recevoir des Cessna U206F Stationair. Ces petits monomoteurs étaient notamment employés pour des missions d’observation et de surveillance routière.

Un des petits Norbarbe de nos gendarmes
Les gendarmes et leur Alouette II

À près d’un demi-siècle d’intervalle, deux Cessna de la même famille se retrouvent ainsi à observer nos routes depuis le ciel. Entre les deux, l’électronique a évidemment fait un bond considérable : là où les gendarmes devaient largement compter sur leurs yeux  et leurs appareils photographiques en 1974, les policiers disposent aujourd’hui de capteurs optroniques capables de travailler de jour comme de nuit, dans le visible comme dans l’infrarouge. La Gendarmerie finira cependant par abandonner ses avions en 1994, les Alouette II, Alouette III et autres EC135 et EC145 s’étant progressivement imposé comme son principal outil aérien.

La prochaine fois que vous apercevrez un petit monomoteur à aile haute évoluer tranquillement au-dessus d’une autoroute, peut-être ne s’agira t-il pas simplement d’un touriste profitant d’une belle journée pour prendre un peu de hauteur. Et vous, avez-vous déjà croisé le chemin de l’un de ces avions de la Police nationale ? Et pour les plus anciens d’entre vous, vous souvenez-vous des petits avions de la Gendarmerie qui sillonnaient autrefois le ciel français ?

© Photo couverture : Le JSL

© Photo : Ministère de l’intérieur


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Loïc
Passionné d’aéronautique et d’histoire depuis toujours, je m’intéresse aussi bien aux grandes machines qu’aux appareils plus méconnus qui ont parfois laissé une empreinte discrète dans l’histoire. Maquettiste amateur, je prends autant de plaisir à construire un avion qu’à rechercher son histoire, ses variantes, ses marquages et les anecdotes qui l’entourent.
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Commentaires

3 réponses

  1. Salut Loïc et les Passionnés,
    Déjà me souvenir d’un contrôle de Police ou de Gendarmerie sur la route …!!! Je me demande si ce n’était pas au siècle dernier…alors un contrôle autoroutier aérien, ça va être difficile ! D’ailleurs, je n’aimerai pas croiser un avion des Forces de l’Ordre de trop près lorsque je conduis ! Tu vois le tableau ? Bonjour Monsieur, Police Nationale Aérienne, Merci d’accélérer à 180 km/h, car nous allons décrocher…Veuillez nous faire parvenir vos papiers en les déposant dans le panier à cet effet sur le train d’atterrissage….!
    Bon trêve de plaisanterie, même si le sujet peut paraitre anecdotique, la surveillance aérienne des axes routiers sont primordiaux pour gérer le traffic, mais aussi réprimer les comportements incorrects voir délictueux comme les excès de vitesse, les changements de file intempestifs ou pas ( j’en croise tous les jours qui ne circulent que sur… « une seule file », celle de gauche…!), les distances d’ « insécurité » des poids lourds…., les Go Fast, etc…
    Anecdotique l’article, non, car même si le sujet n’est pas spécialement « aguicheur » comme le serait un sujet sur le Rafale, ou le F35…., moi ça me va, car je complète ou je remets à jour ma bibliothèque qui se trouve entre mes deux oreilles !
    Dis donc, à cette fréquence de publication, tu vas piquer le « gagne-pain » d’Arnaud… ! Bon, ça va permettre au Stakhanoviste du site Avions Légendaires de souffler un peu…
    Passionnément

    1. Merci beaucoup ! J’aime justement bien ces sujets autour d’avions assez discrets, mais qui ont eu des missions finalement assez intéressantes. Et pour Arnaud, impossible de suivre sa cadence ! Mais promis, je vais garder un rythme… et même, fais-moi signe, je te laisse un créneau de publication !
      Aéronautiquement,

  2. Du côté de Toulouse le F-BVBI Reims-Cessna F172M Skyhawk de l’aéroclub de Toulouse Blagnac est régulièrement utilisé par la police. On peut d’ailleurs le voir voler sur flightradar comme RPOL31 en longeant les autoroutes vers Montauban, Carcassonne ou la voie rapide vers Auch.

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