On fait une apparition sur « Le Charles », la série d’Amazon

Alors attention, ne vous enflammez pas, on a pas été « embedded » sur le porte-avions, et on fait même pas de la figuration sur le tournage. Mais « avionslegendaires.net » est à sa façon bien présent dans cette fiction. Un ancien rédacteur du site, qui nous lit fidèlement depuis plus de 20 ans m’a envoyé un petit message me conseillant de regarder « Le Charles », la nouvelle série de Prime Video tournée à bord du porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle, et plus précisément l’épisode 3 à 18 minutes et 35 secondes. La raison ? À cet instant précis, dans le décor des quartiers d’un officier supérieur, trône l’une de mes affiches, celle du Rafale de l’Indian Air Force. Pas celle de la Marine nationale, ni même celle de l’Armée de l’air et de l’espace, non, celle de l’Inde (mais, je sais pourquoi… mais seulement en commentaire). C’est furtif, certes, et ce n’est peut-être pas plus mal ainsi. L’affiche se fond dans le décor, et ce petit clin d’œil, on le prend volontiers. Pour ceux qui voudraient la même au-dessus de leur bureau, le poster Rafale Indian Air Force est disponible dans la boutique du site.

Reste à savoir comment elle a atterri là. La scène se déroule dans les quartiers du commandant en second, plus vraisemblablement reconstitués en studio qu’à bord (mais je me trompe peut-être), et l’on imagine sans peine le ou la chef décorateur cherchant de quoi habiller une cloison un peu nue avec une touche aéronautique crédible. L’autre hypothèse, bien plus flatteuse, voudrait que l’affiche orne réellement depuis des années les quartiers d’un membre d’équipage du Charles-de-Gaulle et que l’équipe de tournage l’a simplement laissée en place. J’en doute, la première option reste la plus crédible. J’espère simplement que la production a réellement acheté l’une de mes affiches et qu’elle ne s’est pas contentée d’une capture d’écran de la boutique imprimée pour l’occasion, ce qui serait pour le moins limite. Mais je ne vais pas jouer les complotistes, d’autant que le format visible à l’écran correspond bien à celui du poster. Au final, on ne peut même pas parler de participation, à peine d’une apparition. Reste que mes affiches décorent désormais (au moins fictivement) un lieu emblématique de l’aéronautique navale. Ce n’est d’ailleurs si exceptionnel. Si vous arpentez les couloirs ou les bureaux de quelques sociétés bien connues du monde aéronautique (que je ne citerai pas) vous risquez fort d’en croiser l’une ou l’autre.

Et comme il m’a bien fallu regarder quelques épisodes pour saisir de quoi il retournait (4 sur les 6, pour être exact), je vais m’autoriser un petit avis de spectateur un peu expert aéro. Je ne suis pas critique de cinéma, même si je suis un grand amateur du 7e art, et j’avais d’ailleurs prévu de ne pas m’y atteler, de peur d’être justement un peu trop sévère. Précisons le cadre pour ceux qui n’auraient pas encore embarqué (ah, oui je fais aussi des jeux de mots à la mode chaine d’info). Le Charles est une mini-série de 6 épisodes de 52 minutes, co-produite par Amazon Prime Video et M6, avec pour fil conducteur un meurtre commis à bord alors que le porte-avions croise en Méditerranée à proximité du canal de Suez. Si vous appréciez les documentaires scénarisés qui dévoilent les coulisses d’un univers, ses techniques comme ses métiers, vous serez servis. Si vous rêviez d’une visite virtuelle complète des installations du porte-avions, vous serez servis aussi, la production ayant obtenu de tourner une partie des scènes à bord du véritable bâtiment. Et si vous aimez les plans vus des millions de fois dans les films d’action américains financés par le Pentagone, vous serez encore servis. Tout y passe, des gros plans sur l’uniforme d’apparat avant la cérémonie aux travellings maintes fois revus sur le pont d’envol ou dans le hangar aviation… Mais soyons justes, l’espace à bord est restreint et les idées de cadrage forcément limitées. Enfin, si comme moi vous avez quelques notions de colorimétrie, vous allez « adorer » l’étalonnage (Spoiler : non). On a visiblement poussé tous les curseurs à fond.

Côté scénario, si vous aimez les dialogues et les situations pas trop compliqués à comprendre, vous serez également à votre affaire. Dans les 5 premières minutes, on assiste tout de même à une partie de bataille navale entre le commandant et son second, à bord du Charles-de-Gaulle. Sans commentaire… Pour le reste, la distribution réunit des acteurs et comédiens souvent cantonnés aux seconds rôles, qui héritent surtout de personnages dont le caractère tient sur un bout de papier. Ajoutez à cela des tonnes de clichés et une intrigue policière élimée jusqu’à la corde, au seul le lieu est insolite, le tout mêlé à une crise internationale sur fond d’État terroriste au Moyen-Orient, le tout servant de fil conducteur bien lourdingue, et le compte est bon.

Il faut toutefois reconnaître une qualité à la série. Contrairement à bien d’autres productions, américaines comme françaises, on n’a droit à aucune grosse aberration aéronautique. Et c’est presque dommage (pour nous, en tout cas), car on aime bien les aberrations aéronautiques sur ce site, et nous en avons relevé un bon nombre par le passé, des plus scabreuses aux plus rigolotes. Mais l’absence d’erreurs grossières ne fait pas une série irréprochable, loin s’en faut, et le public averti aura vite fait de relever une poignée d’approximations. Sans être exhaustif, on a le droit à : un porte-avions qui navigue seul sans son groupe aéronaval (aucun plan, jamais), des tirs de missiles à des distances bien trop courtes, un briefing des pilotes improvisé dans le hangar aviation (ben oui pas besoin d’écran, quand un paperboard suffit), et l’hélicoptère Pedro qui est curieusement absent aux phases d’appontage… Et je ne dévoilerais pas non plus le truc farfelu avec le Hawkeye, je vous laisserais en juger (épisode 4, si vous tenez jusque là). La plus visible reste celle des Rafale, qui sont catapultés avec leurs seuls bidons dans les prises de vue réelles et se retrouvent miraculeusement armés une fois en vol, en images de synthèse. On sera indulgent sur ce point. On imagine mal la Marine charger des munitions réelles sous les ailes de ses avions pour les besoins d’une fiction, et le numérique fait ici ce qu’il peut pour combler l’écart.

Dit comme ça, c’est un peu brutal, certes. Et le passionné d’aviation militaire, a fortiori s’il est amateur de Rafale, y trouvera tout de même son compte. Les capatations réelles du pont d’envol valent à elles seules le détour, avec ce qu’il faut de vapeur et de brins d’arrêt pour rappeler qu’un porte-avions reste avant tout une machine à catapulter et apponter des aéronefs. Les scènes de vol, elles, sont réalisées en images de synthèse et avec des CGI qui manquent de finesse. Mais on aime les avions quelle que soit leur mise en valeur, et l’on pardonne bien des choses à un Rafale, et son esthétique irréprochable même en numérique. Pour autant, force est de constater que l’objectif de la série est sans doute ailleurs. La Marine nationale n’a pas officiellement mis la main au portefeuille (vas savoir ?!). Elle a ouvert les portes du bâtiment à l’équipe de tournage et accompagné le projet en conseillère technique, sans contrôle artistique revendiqué. Il n’empêche que la série n’aurait tout simplement pas pu exister sans elle, et qu’elle tombe à pic pour une institution qui fête cette année ses 400 ans. Et là, il faut reconnaître que ça donne envie. Chaque poste est soigneusement mis en valeur, du « chien jaune » du pont d’envol au maître d’hôtel des cuisines, des officiers en charge de la propulsion nucléaire aux armuriers, le tout avec ce qu’il faut de féminisation pour bien faire comprendre que tout le monde peut s’engager. Plus un objet de communication qu’une série à sensations, donc. Le message est d’ailleurs posé dès le lancement, avec un spot de la Marine nationale entièrement généré par intelligence artificielle. De quoi finir de m’agacer. Une institution qui recrute en vantant des métiers profondément humains et qui confie sa vitrine à des images générées par IA, on peut dire que c’est cocasse.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Voilà l’une de mes affiches embarquée dans une série qui va faire le tour du monde avec la puissance de diffusion d’Amazon, même si personne ne m’a rien demandé. Si le passionné d’aviation en moi est plutôt rassasié, l’amateur de bons films et de bonnes séries a été quelque peu malmené. Rien d’anormal à cela, à vrai dire. Je suis trop vieux pour m’engager et, si j’avais voulu le faire, je l’aurais fait bien avant. Je ne suis donc pas la cible d’une série pensée avant tout pour remplir les bureaux de recrutement, et c’est finalement logique qu’elle ne m’ait pas convaincu.

PS : Merci à François P. de m’avoir signalé cette apparition et m’avoir en quelque sorte aidé à faire cet article

Illustrations : ©Prime Vidéo


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Gaëtan
Passionné d'aéronautique et formateur en design graphique, il est le fondateur, en 1999, de l'encyclopédie de l'aviation militaire www.avionslegendaires.net. Désormais principalement administrateur et créateur des affiches de la boutique, il vous fait partager ses avis et coups de coeur (ou de gueule) sur l'actualité aéronautique.
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