Du Harrier aux drones, le nouveau destin aéronautique du Giuseppe Garibaldi

En 2025, Arnaud vous faisait part de la possibilité de voir l’Italie céder son porte-aéronefs Giuseppe Garibaldi et ses AV-8B Harrier II à la Marine indonésienne. Depuis, la situation s’est considérablement précisée. Si le bâtiment va bien rejoindre la marine indonésienne, les Harrier italiens ne feront pas partie du transfert. C’est donc un Garibaldi privé de ses chasseurs embarqués qui s’apprête à entamer une seconde vie sous pavillon indonésien.

Un AV-8B Harrier II italien au premier plan, accompagné de deux F-35B italiens en arrière-plan, encadrant un Rafale M de la Marine nationale. Photo © Anthony Pecchi

Mais qu’advient-il alors des Harrier italiens ? La Marina Militare a engagé depuis plusieurs années leur remplacement par le F-35B Lightning II, dont le premier appontage sur le Cavour est intervenu en juillet 2021. En juin 2026, plusieurs sources indiquent qu’il restait 11 appareils en service dans la Marina Militare. Le retrait, initialement envisagé autour de 2030, aurait été avancé à 2028 en raison des difficultés croissantes à maintenir la flotte. Dans l’attente de la pleine dotation en Lightning II, les Harrier italiens volaient encore aux côtés de leurs successeurs et continuaient à participer à des entraînements opérationnels et à la défense aérienne de la flotte.

Ces avions disposent-ils encore d’un potentiel ? Leur carrière pourrait-elle se poursuivre ailleurs ? La question n’est peut-être pas totalement incongrue lorsqu’on regarde du côté de l’Espagne. L’Armada Española cherche en effet à maintenir ses propres Harrier en service jusqu’au début des années 2030 et vient même de récupérer cinq appareils américains destinés aux pièces détachées. Madrid s’intéresse également aux pièces disponibles en Italie. Alors, pourquoi ne pas imaginer que certains AV-8B+ italiens puissent, plutôt que de finir prématurément leur carrière, trouver une seconde vie de l’autre côté de la méditerranée.

Admirez encore les lignes singulières de cet autre AV-8B italien. Photo © Anthony Pecchi

En attendant, le Garibaldi a quitté Tarente le 24 août 2026, encore sous pavillon italien et avec son nom d’origine, pour rejoindre l’Indonésie. C’est à l’occasion de son arrivé en Asie qui me permet de vous proposer cet article.  Alors, puisque nous sommes sur Avions Légendaires et non sur Bateaux Légendaires, nous allons tenter de vous démontrer que cette annonce n’est finalement pas si inintéressante pour les passionnés d’aéronautique.

D’abord, effectivement, pour nous autres passionnés de la chose aérienne, nous ne pouvons que regretter de ne plus voir opérer depuis ce navire les avions révolutionnaires qu’étaient, à leur époque, les AV-8B Harrier II. Mais leur absence ne fera pas pour autant du Garibaldi un simple gros navire de guerre.

Le Garibaldi, ou plutôt le désormais KRI Gajah Mada indonésien, sera d’abord un porte-hélicoptères. La marine indonésienne a déjà commencé à préparer ses équipages aux opérations aériennes depuis le bâtiment. Des entraînements sont notamment conduits depuis un coin de tarmac reproduisant le pont d’envol du Garibaldi, avec des hélicoptères des différentes composantes des forces armées indonésiennes. Le 100e escadron, spécialisé notamment dans la lutte anti-sous-marine et mettant en œuvre des AS565 Panther, participe à cette préparation.

Le pont d’envol d’entrainement, avec l’ombre d’un Panther. Photo © TNI AL

L’objectif est donc d’abord de disposer d’une véritable base aérienne flottante, capable d’accueillir des voilures tournantes de la marine, mais également de l’armée de terre et de l’armée de l’air indonésiennes. Les missions envisagées sont multiples. Sont annoncées les missions de lutte anti-sous-marine et la surveillance maritime. Mais également celles de recherche et sauvetage, transport et d’opérations humanitaires.

Cependant, une mission assez inattendue pourrait rapidement s’ajouter à cette liste, à savoir celle de la lutte contre les incendies de forêt. Alors que l’Indonésie connaît actuellement une importante saison des feux, la marine prévoit déjà d’utiliser le futur KRI Gajah Mada comme base avancée pour les hélicoptères chargés du bombardement d’eau. Le bâtiment pourrait notamment accueillir des hélicoptères de classe moyenne capables d’emporter plusieurs tonnes d’eau et de les déployer au plus près des zones sinistrées. Le président Prabowo Subianto a donné deux exemples très précis : Sikorsky UH-60 Black Hawk et Mil Mi-17. Ce dernier parle même d’une capacité d’environ 4 à 5 tonnes d’eau par appareil et envisage jusqu’à une dizaine d’hélicoptères embarqués.

Un Mil Mi-17 indonésien à la lutte contre les flammes à l’aide d’un Bambi Bucket en septembre 2026. Photo © AFP

Cela signifie que la première aviation embarquée que nous sommes raisonnablement en droit d’attendre est donc celle des voilures tournantes. Mais le Garibaldi ne devrait pas s’arrêter aux hélicoptères. Comme nous vous le faisions remarquer dès l’année dernière, l’utilisation de drones était déjà évoquée, notamment avec l’hypothèse de voir l’Indonésie employer à terme des appareils de conception locale.

Depuis, l’intérêt de Jakarta pour le Bayraktar TB3 a également été évoqué. Ce drone turc, dérivé de la famille TB2 mais spécialement conçu pour les opérations navales, présente notamment l’avantage de pouvoir être employé depuis un bâtiment à pont plat et équipé d’un tremplin, comme le TCG Anadolu.

Il existe d’ailleurs un étonnant parallèle dans cet intérêt indonésien pour le TB3. Car Giuseppe Berutti Bergotto, chef d’état-major de la Marina Militare, s’est exprimé en mars 2026 devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat italien afin d’indiquer que la marine italienne avançait vers l’acquisition du Bayraktar TB3, avec une intégration envisagée à bord du Cavour aux côtés des F-35B. Il a également précisé que l’acquisition passerait par l’entreprise italienne Leonardo, dans le cadre de sa coopération industrielle avec l’entreprise turque Baykar. Le même drone pourrait donc, à terme, se retrouver sur le pont de deux navires ayant appartenu successivement à la même marine que sont le Cavour italien et l’ancien Garibaldi devenu le Gajah Mada indonésien. Une curieuse continuité aéronautique, à plus de 10 000 kilomètres de distance.

Trois TB3 et leurs servants sur le pont du porte drone turc TCG Anadolu Photo ©Baykar

Pour autant, il convient encore de rester prudent car aucun contrat public ne permet à ce stade d’affirmer que le TB3 constituera le groupe aérien du futur KRI Gajah Mada. L’idée est séduisante et cohérente avec les capacités du bâtiment, mais elle appartient encore davantage au domaine des possibilités et rumeurs qu’à celui des certitudes.

Vu rapproché d’un TB3 désormais déclaré apte au service depuis le TCG Anadolu Photo ©Baykar

En revanche, sur l’emploi futur du navire, le ministre de la Défense insistait sur l’absence de vocation offensive ou « invasive » du programme, mettant encore en avant les missions de secours, de réponse aux catastrophes, de logistique et de recherche et sauvetage. Je pense que cette affirmation mérite d’être nuancée ou au moins intérogée. Les missions humanitaires, de secours ou de lutte contre les incendies sont parfaitement crédibles, mais l’intérêt porté au Bayraktar TB3 pose question, car ce dernier n’est pas un simple drone de surveillance : Il est conçu comme un Unmanned Combat Aerial Vehicle (UCAV), comprenez un drone de combat pouvant emporter des munitions guidées et mener des missions de frappe. Dès lors, pourquoi l’Indonésie s’intéresserait-elle précisément à cette plateforme si son futur porte-aéronefs devait uniquement servir à observer ou surveiller son environnement ? D’autres drones pourraient effectuer ces missions comme les UAV (Unmanned Aerial Vehicle, des drone aérien sans pilote en français dans le texte) indigènes que sont les Lapan LSU-02 et LSU-03.

Pour un navire entré en service en 1985, la seconde vie du Giuseppe Garibaldi pourrait donc être un peu plus militaire qu’il n’y paraît…


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Loïc
Passionné d’aéronautique et d’histoire depuis toujours, je m’intéresse aussi bien aux grandes machines qu’aux appareils plus méconnus qui ont parfois laissé une empreinte discrète dans l’histoire. Maquettiste amateur, je prends autant de plaisir à construire un avion qu’à rechercher son histoire, ses variantes, ses marquages et les anecdotes qui l’entourent.
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Commentaires

5 réponses

    1. Merci beaucoup Arnaud ! J’essaie justement de dénicher ces sujets un peu moins visibles et d’y apporter un petit éclairage historique et aéronautique. Et avec tous les articles que tu produis sur le site, j’ai encore quelques kilomètres à parcourir avant de te rattraper !

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