Aujourd’hui quand un avion de ligne s’écrase et que son épave est retrouvée on sait tôt ou tard ce qui lui est arrivé. Au début des années 1960 c’était très différent et le cas du Lockheed L-1049 Starliner baptisé De Grasse en est la parfaite illustration. Crashé dans l’est du désert algérien, ayant emporté dans la mort ses 78 occupants, le grand quadrimoteur d’Air France demeure un mystère quand à l’origine de sa disparition : accident ou attentat ? Cela se passa le mercredi 10 mai 1961, il y a donc 65 ans.
Si aujourd’hui vous embarquez à bord d’un vol AF406 vous serez transporté par Air France entre Paris et Santiago du Chili à bord d’un Airbus A350-900, un des jets de ligne les plus modernes au monde. C’est évidemment un vol direct, sans la moindre escale.
Il y a 65 ans c’était une toute autre histoire. Le vol AF406 existait déjà mais reliait Brazzaville au Congo à Paris, via des escales à Bangui en Centrafrique, Fort-Lamy au Tchad, et Marseille. C’était un Lockheed L-1049 Starliner qui assurait cette liaison commerciale.
Et ce mardi 9 mai 1961 le vol AF406 est sensé être un vol AF406 comme les précédents. Ça ne le sera pas. Soixante-neuf passagers et neufs membres d’équipage se trouvent à bord du grand quadrimoteur. Les premières parties du périple aérien se déroulent sans le moindre souci, le L-1049 Starliner a réalisé ses escales en Centrafrique et au Tchad d’où il a redécollé en direction de la France. Il fait déjà nuit sur l’Afrique il doit arriver au petit matin à Marseille. À 1 heure 20 du matin le commandant de bord indique par radio au contrôle aérien algérien, alors sous autorité française, que le AF406 se déroule sans la moindre difficulté. Puis c’est le silence radio, définitivement.
L’alerte ne sera donné qu’au petit matin. Le L-1049 Starliner immatriculé F-BHBM et baptisé De Grasse par Air France n’est pas arrivé à Marseille et n’a survolé aucune des balises depuis le dernier contact radio. Des recherches sont alors entreprises, on craint le pire. L’Armée de l’Air et la Marine Nationale envoie des avions de reconnaissance le long de son trajet.
C’est l’équipage d’un Consolidated PB4Y Privateer qui va découvrir les traces et la carcasse fumante de l’avion commercial. Des indications sur sa position exactes sont données. Les relèvements indiquent que depuis le dernier contact radio l’appareil n’a pas parcouru plus de 102 kilomètres ! Volant en croisière à 470 kilomètres / heures à l’altitude de 6700 mètres l’heure de la perte de l’avion est estimée avant 2 heures du matin ce mercredi 10 mai 1961.
Arrivés sur place les soldats français ne peuvent que constater l’évidence : il n’y a aucun survivant parmi les 78 passagers et membres d’équipage du Starliner. Des restes humains sont retrouvés, des pièces de l’avion, y compris deux moteurs Wright R-3350 Duplex Cyclone, des effets personnels dont des billets de banque en (nouveaux) francs et en dollars américains ainsi qu’un ours en peluche. Il y avait donc au moins un enfant à bord. Par contre pas de boite noire à bord de cet avion construit aux USA en 1957 et pas encore obligatoire à l’époque en France.
Sur les soixante-neuf passagers il y avait bien trois enfants, ceux d’un diplomate américain en poste à Bangui. Ils étaient accompagnés de leur mère et de leur grand-mère paternelle. Ils retournaient aux États-Unis. On y trouvait aussi deux hauts fonctionnaires français, un ancien haut fonctionnaire français devenu entre temps ministre centrafricain, une journaliste britannique, et un ingénieur agronome français.
Très vite une cause de l’accident est évoquée : la dislocation en plein vol de l’empennage de l’avion. Des experts américains de Lockheed sont présentés dans le Sahara algérien et ils en conviennent avec leurs homologues français. Rapidement pourtant des doutes apparaissent : l’avion n’a même pas cinq ans d’exploitation et Air France est mondialement connue pour le sérieux de l’entretien de ses avions. Et si c’était un acte volontaire, un attentat ?
En ce printemps 1961 la guerre d’Algérie se poursuit. En parallèle la résistance algérienne négocie avec l’administration du général De Gaulle.
L’attentat semble plausible, d’autant que des résidus, faibles mais bien réels, de nitrate de cellulose ont été détectés sur les restes de l’avion. C’est un puissant explosif connu depuis le 19e siècle et fréquemment employé par les terroristes du fait de sa facilité d’emploi et de fabrication. Sauf qu’un attentat cela se revendique. Et autour du vol AF406 c’est silence radio. Si les résistants algériens du FLN sont impliqués ils n’en disent pas un mot. Ce qui n’est pas alors dans leurs habitudes. Alors l’enquête franco-américaine piétine. Les Français disent ne pas savoir entre accident et attentat, les Américains ne privilégient que la piste terroriste.
Moins d’un an plus tard Algériens et Français signent les accords d’Évian mettant fin à la guerre et permettant à l’Algérie de retrouver sa liberté et son indépendance. Le vol AF406 est une épine dans le pied des relations entre Alger et Paris du fait des soupçons d’implication du FLN. Le crash est enterré. Ses victimes aussi.
Aujourd’hui, 65 ans après, les acteurs de l’indépendance de l’Algérie sont quasiment tous morts. Le mystère reste entier, les zones d’ombres très nombreuses. Accident ou attentat le vol Brazzaville Paris à bord du De Grasse d’Air France demeure sans réponse. Jusqu’à quand ?
Photo © Air France
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