À priori Moscou n’a pas pris le chemin de l’apaisement vis-à-vis de Tokyo. Alors qu’en temps normal la présence d’aéronefs militaires russes aux îles Kouriles se limitent aux avions de transport tactique Antonov An-72 Coaler et aux hélicoptères de transport d’assaut Mil Mi-8AMTSh Hip-H de la base de Burevestnik un regain d’activité a été constaté depuis quelques semaines. Des bombardiers stratégiques Tupolev Tu-95 Bear-H et des chasseurs Sukhoi Su-27P Flanker-B ont été aperçu dans la région. Hier le dictateur Vladimir Poutine s’est même rendu dans l’archipel, provoquant la ire du gouvernement japonais.
Pour mémoire l’archipel des Kouriles a été annexé par l’Union Soviétique en août 1945, avec l’assentiment des États-Unis. Des Américains qui ont même offert à leur ancien allié et alors déjà adversaire une légalité internationale au travers du traité de San Francisco de septembre 1951. Celui-ci reconnait l’entière souveraineté soviétique sur les Kouriles, partiellement accepté par les Japonais. Ces derniers se sont toujours opposés à ce que les Soviétiques occupent les Kouriles méridionales et notamment leurs trois principales îles : Etorofu, Kunashiri, et enfin Shikotan-Tō. Le cas des îles et îlots Habomai reste lui aussi en débat.
Or c’est justement sur Etorofu, que les Soviétiques avaient rebaptisé Itouroup, que se concentrent la majorité des avions et hélicoptères militaires russes. Car en 1991 la CEI, ensuite devenue la Russie, a refusé de rétrocéder ces îles au Japon malgré la pression diplomatique des Américains et des Européens.
On sait que la fédération de Russie y déploie régulièrement des avions de patrouille maritime et même des chasseurs multi-rôles, et ce sans aucune raison formelle. Car même si le Japon conteste la souveraineté russe sur cet archipel jamais ses troupes n’y ont tenté quoi que ce soit. Les avions militaires japonais ne s’approchent jamais des Kouriles, afin de ne pas y créer le moindre incident diplomatique. Le dernier en date du fait des Japonais remonte au siècle dernier. Celui du fait des Russes est en cours.
Sans que l’on ne sache avec certitude s’ils sont stationnés ou non sur la base aérienne de Burevestnik, donc sur l’île d’Etorofu, au moins trois Tu-95 Bear différents ont été aperçu depuis le début du mois en mer d’Okhotsk. C’est elle qui baigne les Kouriles mais également l’île japonaise d’Hokkaïdo. Une mer d’Okhotsk que le Kremlin considère comme sa mare nostrum, au même titre que la Baltique ou la Mer Noire.
Dans le même temps donc les patrouilles d’avions de chasse se sont intensifiées durant tout cet été 2026 après presque trois ans de relative accalmie. Selon les médias japonais il s’agissait principalement de vieux Su-27P Flanker-B mais il n’est pas impossible aussi qu’une formation de Su-35 Flanker-E nettement plus avancés ait été observée.
La visite de Vladimir Poutine ce jeudi 13 août 2026 dans l’archipel a été ressentie comme un acte grave par les Japonais. Car le maître du Kremlin s’est rendu à Etorofu et Kunashiri, les deux principales îles, les plus peuplées aussi. Pour la petite histoire c’était son premier déplacement aux Kouriles depuis qu’il dirige le pays.
Administrativement parlant les Kouriles ne sont pas un oblast, elles sont rattachées à celui de Sakhaline.
Officiellement la fédération de Russie ne reconnait aucun regain d’activité autour de Burevestnik et de sa base aérienne.
Affaire (évidemment) à suivre.
Photo © OTAN
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