L’Emil et le gros ventilo du 3ème Reich

Mon camarade Arnaud a ses fameux escabeaux, plantés au pied des avions, qui reviennent avec une régularité de métronome dans ses photos (et croyez-moi, je pense qu’il les traque). Il me fallait bien, à moi aussi, une petite obsession pour ces images du week-end, et je crois l’avoir trouvée un peu par hasard en retombant sur ce cliché connu de gros ventilo. Pas celui qu’on ressort en catastrophe au mois de juillet de canicule, mais le modèle au-dessus, voire très au-dessus, puisque celui-ci revendiquait 12.000 kW et pouvait vous décoiffer carrément un chasseur entier. Reste à voir si cette marotte tiendra la distance.

Une soufflerie magistrale

Dans ce visuel, je vous emmène à la Luftfahrtforschungsanstalt de Völkenrode, à l’ouest de Brunswick, en Basse-Saxe, vers 1940 à priori. Suspendu par des câbles à la balance aérodynamique du plafond, un Messerschmitt Bf 109 E « Emil », train principal rentré, fait face à la tuyère de la soufflerie A3. À gauche, la structure annulaire du collecteur récupère l’air soufflé à travers le hall. C’est le principe de la veine libre, où l’avion flotte en plein air entre les 2 extrémités du circuit. Une veine de 8 mètres de diamètre, de quoi y loger un 109 en taille réelle, avec un flux d’air poussé jusqu’à 350 km/h environ. La soufflerie ne s’est pas contentée du chasseur de Willy Messerschmitt, puisque le V1 et le bombardier à réaction Arado Ar 234 y sont également passés.

L’établissement lui-même mérite qu’on s’y arrête. Lancé en 1935 et rebaptisé du nom de Hermann Göring en 1938, le site de 400 hectares avait été pensé pour se fondre dans la forêt. Ses bâtiments ne dépassaient pas la cime des arbres, et le site n’avait ni voie ferrée, ni ligne électrique aérienne, ni même la moindre piste (un comble pour un centre de recherche aéronautique). Il semblerait que les Alliés ne l’aient jamais localisé pendant le conflit, alors que près de 1500 personnes y travaillaient.

Reste l’ambiance toute particulière de cette photo. Tout dans ce cliché sent bon la photo officielle, pour ne pas dire de propagande : la lumière de cathédrale, l’ombre soigneusement portée, et cet aigle du Riech bien visible sur le mur en arrière-plan. La devise gravée dans le marbre proclame, en substance, que le peuple allemand imposera par la conquête de l’air la place qui lui revient dans le monde. Un mélange de rigueur d’ingenieurie et de grandiloquence assez caractéristique de l’époque (mais que l’on pourrait transposer dans d’autres discours plus contemporains d’autres dirigeants… Oups… je m’égare).

Pour finir sur le lieu, ce n’est qu’en juin 1945 que les Britanniques de la mission Fedden découvrirent les lieux, avec une certaine urgence, car Völkenrode devait initialement basculer en zone soviétique. Au moins une des souffleries du site sera démontée puis remontée outre-Manche, au Royal Aircraft Establishment, l’équivalent britannique de nos centres d’essais. Comme quoi même de cette taille un ventilateur, ça se déplace aussi.

Photo : Wikipedia Commons


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Gaëtan
Passionné d'aéronautique et formateur en design graphique, il est le fondateur, en 1999, de l'encyclopédie de l'aviation militaire www.avionslegendaires.net. Désormais principalement administrateur et créateur des affiches de la boutique, il vous fait partager ses avis et coups de coeur (ou de gueule) sur l'actualité aéronautique.
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Commentaires

2 réponses

  1. Sur le même sujet, en 1945 les Français ont aussi démonté une soufflerie titanesque située dans le Tyrol autrichien. Elle sera réinstallée du côté de Modane dans la vallée de la Maurienne. L’ONERA était née. Cela permettra à la France d’acquérir un savoir-faire exceptionnel dans le domaine de l’aérodynamique. La soufflerie est toujours en fonctionnement (Deutsche Qualität !).

  2. Comme le dit Popeye, la soufflerie sonique S1MA, longtemps considérée comme la plus grande du monde, a été « récupérée » et déménagée en France en 1945. Elle fait partie des nombreux butins en tous genres, techniciens, ingénieurs, réacteurs, missiles et armements divers que nous avons chippés au nez et à la barbe des américains et britanniques au début de l’occupation de l’Allemagne par les alliés.

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