Athéna, Aphrodite & Andromède

Ce contenu est une partie du dossier thématique : Késako ?

Il y a des noms qui évoquent immédiatement le marbre blanc des temples grecs, les épopées homériques et les dieux de l’Olympe. Sur le pont d’envol du Charles de Gaulle, cependant, Athéna, Aphrodite et Andromède n’ont rien de mythologique. Elles sont en acier, tendues à ras du pont, et leur rôle n’a rien de poétique : stopper net un Rafale Marine lancé à plus de 250 km/h en l’espace de quelques dizaines de mètres. Bienvenue dans le vocabulaire très particulier des « marins du ciel » et des « chiens jaunes », où la mythologie antique se retrouve au service d’une des manoeuvres les plus brutales et les plus précises de toute l’aviation militaire.

Un appontage, pour ceux qui n’ont jamais eu la chance d’en observer un depuis le pont ou depuis une passerelle, est une expérience qui défie un peu l’intuition. Là où l’atterrissage conventionnel repose sur une décélération progressive, maîtrisée, étalée sur des centaines de mètres de piste, l’appontage est son exact contraire : le pilote accroche un câble tendu en travers du pont avec le crochet d’appontage de son appareil, et ce câble absorbe en une ou deux secondes toute l’énergie cinétique de l’avion. Le choc est violent. L’avion passe de 250 km/h à zéro en quelques dizaines de mètres, avec une décélération qui peut atteindre plusieurs G.

Rafale Marine appontant sur la piste du porte-avions « Charles de Gaulle ». (Photo Marine nationale)

Pour qu’un tel système fonctionne, et surtout pour qu’il offre une redondance indispensable à la sécurité des opérations, le porte-avions dispose non pas d’un seul câble mais de trois, disposés en travers de la piste oblique à intervalles réguliers. Chacun de ces câbles est ce que les marins appellent un « brin d’arrêt ». Sur le Charles de Gaulle, ces trois brins portent donc les prénoms d’Athéna, d’Aphrodite et d’Andromède, une manière comme une autre de désigner sans ambiguïté chacun d’eux dans les communications entre le pont et la tour de contrôle, et d’éviter toute confusion qui pourrait, dans le feu de l’action, avoir des conséquences fâcheuses.

Patch des personnels responsables des trois fameuses déesses

Le pilote, lui, ne choisit pas vraiment son brin : la procédure d’appontage vise idéalement le deuxième câble, Aphrodite en l’occurrence, mais les marges sont ce qu’elles sont sur un pont de 260 mètres. Le câble en lui-même est un engin remarquablement ingénieux, soumis à des contraintes mécaniques considérables à chaque appontage. Il est relié à des vérins hydrauliques logés sous le pont, qui absorbent progressivement l’énergie du choc en s’étendant, avant de se rétracter pour remettre le câble en position.

Athéna, déesse de la sagesse et de la guerre, Aphrodite, déesse de l’amour, et Andromède, princesse enchaînée attendant son héros, n’auraient sans doute pas imaginé finir leur éternité mythologique clouées sur le pont d’un porte-avions nucléaire de la Marine Nationale. L’histoire, décidément, a parfois beaucoup d’humour.


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Gaëtan
Passionné d'aéronautique et formateur en design graphique, il est le fondateur, en 1999, de l'encyclopédie de l'aviation militaire www.avionslegendaires.net. Désormais principalement administrateur et créateur des affiches de la boutique, il vous fait partager ses avis et coups de coeur (ou de gueule) sur l'actualité aéronautique.