Asas de Portugal, feue la patrouille acrobatique lusitanienne

Ce contenu est une partie du dossier thématique : Unités aériennes spéciales

La majorité des grandes forces aériennes dans le monde dispose d’une formation de démonstration. Ainsi les plus célèbres sont sans doute la Patrouille de France au sein de l’Armée de l’Air, les Red Arrows de la Royal Air Force, ou encore les Russian Knights au sein des forces aériennes russes. Des unités servies par des pilotes et des mécaniciens de grand talent qui en mettent plein les yeux aux petits et aux grands du monde entier.
Pourtant certains pays ont vu au cours de leur histoire leur patrouille disparaître et c’est le cas du Portugal avec ses fameux Asas de Portugal. Ceci est leur histoire.

Cessna T-37C Tweet, la 1ère monture de la patrouille.

C’est au début de l’été 1976 que l’état-major de la Força Aérea Portuguesa prit la décision de créer sa propre patrouille acrobatique. Et tout naturellement elle se tourna vers l’escadron 103 basé à Beja dans le sud du pays. Cette unité formait en effet les futurs pilotes de chasse portugais, appelés à voler sur North American F-86F Sabre mais également sur les futurs avions d’attaque Vought A-7P Corsair II alors commandés et en attente de livraison.
La monture de l’escadron 103 semblait en outre toute désignée pour cette mission de présentation officielle : le Cessna T-37C Tweet.

Cependant les pilotes instructeurs portugais n’avaient pas à proprement parler une véritable expérience en la matière. Ils savaient parfaitement former leurs stagiaires mais évoluer en formation serrée au-dessus d’un public était un concept qu’ils méconnaissaient totalement. Et de ce fait ils firent ce qui leur semblait évident : s’inspirer de ce qui se faisait alors de mieux. Ils prirent donc fréquemment la direction de la France et du Royaume-Uni pour tenter de comprendre comment leurs les pilotes de la Patrouille de France et des Red Arrows faisaient pour tirer le meilleur de leurs Fouga CM.170 Magister et de leur Folland Fo.141 Gnat.

Et finalement début 1977 l’escadron 103 de la Força Aérea Portuguesa annonça officiellement la création de la patrouille nommée Asas de Portugal, ou en français les Ailes du Portugal. À cette époque elle alignait rien moins que dix T-37C Tweet, soit un tiers du parc portugais de ces avions de facture américaine. Un chiffre qui fut dès la fin de l’année ramené à six machines. D’ailleurs rien ne semblait alors différencier les avions d’entraînement des avions de présentation, leur livrée étant sensiblement la même.

Formation à six T-37C Tweet des Asas de Portugal, accompagnant un Lockheed C-130H Hercules.

Cette première saison 1977 ne fut d’ailleurs qu’un tour de chauffe, les Asas de Portugal se limitant à une demi-douzaine de meetings aériens, tous dans le pays. Jamais cette année là la patrouille lusitanienne ne se produisit à l’extérieur du territoire. Et de l’avis de la presse spécialisée de l’époque ce n’était pas plus mal car les début de cette formation étaient laborieux.
C’est véritablement au début des années 1980 que les Asas de Portugal débutèrent leur carrière internationale. D’abord en Espagne et en France puis progressivement ailleurs en Europe occidentale. Dès la moitié de la décennie leur présence était devenue habituelle dans tous les grands meetings au Portugal mais également un peu partout ailleurs sur le continent. Pourtant cette patrouille ne jouissait pas d’une réputation particulièrement fleurissante, ses démonstrations étant souvent considérées comme plans-plans.

Au début de l’année 1990 l’état-major portugais décida même de suspendre les activités de la patrouille. Ses Cessna T-37C Tweet étaient en effet usés jusqu’à la corde et la sécurité des vols n’était plus assurée. L’actualité donna tristement raison aux généraux portugais quand le 1er décembre 1990 un des avions s’écrasa après une rupture au niveau de l’emplanture d’aile. Le pilote José da Costa fut tué sur le coup. Immédiatement la patrouille fut dissoute.

Mais devant la pression des pilotes autant que de l’opinion publique portugaise il fut décidé au milieu des années 1990 de relancer les Asas de Portugal. Finalement l’occasion fut trouvé en 1997 : le 45ème anniversaire de la Força Aérea de Portugal allait être l’occasion d’une renaissance pour les voltigeurs aériens portugais. Mais finis les Cessna T-37C Tweet, ils avaient quitté le service actif cinq ans plus tôt. Désormais ils voleraient sur la même monture ou presque) que la Patrouille de France : l’Alpha Jet franco-allemand.
La Força Aérea Portuguesa avait en effet racheté en 1993 un lot de modèles A ayant appartenu précédemment à la Luftwaffe.

L’Alpha Jet A, la 2ème monture des Asas de Portugal.

Pour des raisons économiques désormais cette formation ne volerait plus que sur deux avions, disposant d’une livrée spéciale et même de son propre logo : deux mains se joignant en prière et formant la voilure d’un Alpha Jet. Et pour l’anniversaire les avions firent merveilles, désormais les pilotes-instructeurs portugais évoluaient en formation serrée, régalant autant les professionnels que les néophytes. Durant toute la saison 1997 et la suivante les avions se produisirent au Portugal mais aussi ailleurs en Europe.
Seulement voilà à la fin de cette seconde saison la patrouille fut de nouveau arrêté, cette fois pour des raisons financières et logistiques.
Comme pour conjurer le sort l’escadron 103 décida de ne pas ôter la livrée spéciale à ces deux machines. Et il eut bien raison.

Car trois ans plus tard l’état-major réactiva temporairement la patrouille, c’est pour le cinquantenaire de la Força Aérea Portuguesa. Belote et rebelote, il fallut de nouveau entraîner les pilotes pour des démonstrations publiques. Les deux Alpha Jet A des Asas de Portugal ouvrirent et fermèrent le meeting des 50 ans… et retombèrent aux oubliettes. Pour encore quatre ans.

Une photo permettant de bien voir la livrée très particulière des Alpha Jet A des Asas de Portugal.

En 2005 en effet les Asas de Portugal firent leur grand retour, cette fois à quatre Alpha Jet E. Un nombre qui permettait aux pilotes des figures géométriques plus complexes. De quoi ravir là encore autant les aficionados autant que les néophytes. Et devant l’excellence de ces présentations il fut décidé de pérenniser l’action des pilotes. Désormais la patrouille semblait sur la bonne voie. Les quatre biréacteurs portugais se produisaient partout où c’était possible. Début 2009 une tournée en Amérique du sud fut même programmée pour l’année 2012. C’était compter sans le mauvais sort. En effet l’année suivante, en mai 2010, un accrochage entre deux des machines à basse altitude entraîna la perte des avions. Fort heureusement leurs pilotes respectifs eurent le temps de s’éjecter. Intervenu juste avant le début de la saison des meetings aériens l’incident provoqua l’arrêt des opérations pour les Asas de Portugal. Neuf ans plus tard elles n’ont toujours pas repris.

En monument à l’entrée de la base aérienne de Beja.

Il est intéressant de voir qu’aujourd’hui un ancien Alpha Jet A des Asas de Portugal joue les Gate Guard devant l’entrée de la base aérienne de Beja. Depuis le retrait du service des biréacteurs de facture franco-allemande l’an dernier on imagine mal sur quel type d’avion cette patrouille pourrait désormais revenir.
Mais bon les Asas de Portugal c’est un peu le phénix lusitanien, ils ne cessent de renaître de leurs cendres. Croisons les doigts.


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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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