L’avenir de la projection « à la Française » en question

[Humeur] L’avenir de la projection « à la Française » en question

Tandis que l’Armée de l’Air va bientôt mettre au placard ses Transall et accueillir ses Atlason est en droit de se demander dans quelle mesure la projection vers l’étranger des troupes et du matériel sera encore possible en France dans les années à venir ? En effet, si le nouvel avion va permettre d’accroitre très sensiblement les moyens de transport de nos troupes, il demeurera encore insuffisant pour l’acheminement de certains matériels terrestre lourds. Avec sa charge marchande moyenne d’environ 36 tonnes il est totalement incapable de charger certaines véhicules comme le char de combat AMX Leclerc ou encore des engins du génie comme l’EBG ou le tout nouveau Sprat.

Nonobstant l’Atlas va permettre d’augmenter les possibilités lors d’opérations de parachutages de troupes, celles-ci passant d’une cinquantaine de soldats actuellement (à l’origine les Transall en emportaient 30 à 40% de plus mais c’était il y a trente ans) avec les C.160R à un peu plus de 110 sur l’A400M, soit plus du double. Sachant que l’équipement d’un parachutiste français a sensiblement changé depuis quarante ans, et s’est fortement allégé tout en s’enrichissant de nouveaux moyens de défense et de communication, l’Atlas permettra donc de donner la pleine mesure du système Félin si cher aux généraux français.

L’impressionnant Sprat, avec sa masse d’une soixantaine de tonnes, est impossible à charger dans l’Atlas.

En outre, il va permettre d’embarquer tout un tas de véhicules que même les C-130H-30, la version rallongée du Hercules, ne pouvaient pas emporter. Mais surtout une génération entière de véhicules acquis par la France dans les quinze dernières années vont pouvoir pleinement donner la mesure de leurs équipements de transport comme les VBCI et VHM de l’Armée de Terre ou encore les minibus Iveco de la Gendarmerie Mobile. Particularité notable l’A400M pourra transporter la majorité des hélicoptères militaires français comme le Tigre, le Cougar, ou encore le Caracal.

Pour le reste il faudra faire comme depuis la Guerre du Golfe, à savoir s’en remettre aux tarifs parfois excessifs de transporteurs aériens privés, souvent russes ou ukrainiens, et à leurs Antonov An-124. Ce sont en effet les seuls aéronefs capables de fournir l’aide nécessaire au transport des véhicules lourds, des shelters, ou encore de certains lots de pièces de rechanges. A moins que l’US Air Force ne nous « aide » avec une partie de ses Galaxy. Bizarrement j’en doute fortement.

Même le Caïman ne résiste pas à l’Atlas.

La dernière solution pour l’Armée de l’Air passe par la Marine. Celle ci dispose désormais de moyens rapides et modernes de projection à longue distance, avec notamment ses BPC comme le Mistral, le Tonnerre, et le Dixmude ou encore ses bâtiments amphibies Foudre et Siroco. Ces deux derniers sont plutôt réservés au transport sur courte ou moyenne distance. Quoi qu’il en soit les navires de la marine représente un bon moyen de projection lointaine. A condition de ne pas être trop pressé.

Une fois de plus la France va retomber dans ses vieux travers. En effet comment être une voix qui compte vraiment dans le concert international des nations, à l’image des Américains et des Britanniques, sans se donner pleinement les moyens de nos ambitions diplomatiques et militaires ? Certes nous avons des chasseurs top niveau avec nos Rafale, nos moyens de soutien opérationnel sont très bons également avec nos satellites, nos Awacs, et nos ravitailleurs en vol, et nous arrivons même généralement à envoyer un ou deux drones sur les théâtres d’opérations extérieures. Mais avec une projection qui fait encore défaut. L’A400M (et là je sens que je vais me faire taper sur la tête) reste pour moi un pis-aller technologique et économique entre l’Hercules et le Globemaster III. Certes, il devrait bien se vendre à l’export dans les années à venir, mais il ne permettra jamais à ses utilisateurs de rivaliser avec les transports stratégiques américains. La RAF l’a bien compris, elle qui aura tout à la fois des C-17, des A400M, et des C-130 dans ses rangs d’ici à dix à quinze ans. Et l’Armée de l’Air, elle, aura des A400M, des CN-235, et vraisemblablement quelques Embraer KC390.

CN235, l’autre avion de transport de l’Armée de l’Air.

Quoi qu’il en soit la France n’a aujourd’hui plus les moyens de s’enfermer dans un nouveau programme d’avion de transport militaire, et elle devra donc faire en sorte que ses Atlas et CN235 durent beaucoup plus longtemps que cela n’avait été initialement prévu. Finalement le Transall n’aura peut être pas un record de longévité si difficile à battre. Wait and see comme disent nos amis anglais.

Photos (c) EADS, Armée de l’Air, et Arnaud Lambert

12 COMMENTAIRES

  1. Pour rappel, j’avais réalisé en 2010 cette infographie sur l’A400M, ce qui permettra d’illustrer les propos d’Arnaud sur les capacités de l’appareil
    http://blog.avionslegendaires.net/2010/01/infographie-comparaison-a400m-c-130j-30-super-hercules/

    Après comme il a lui même proposé, je peux lui taper sur la tête ???

    En fait, tu viens de trouver un bon créneau : acheter un Gros Antonov pour l’utiliser en France et le louer rubis sur l’ongle à la Défense… (Mamie, ton héritage, j’en aurais besoin tout de suite ! 🙂 )

  2. En voilà une question: à l’heure où même l’armée sous-traite de plus en plus, pourquoi une société française en partenariat exclusif avec l’armée n’achèterait pas un ou plusieurs Antonov, plutôt que de les louer la peau des yeux aux ukrainiens par exemple ?
    Une idée qu’on pourrait comparer à la mise en oeuvre de bombardiers d’eau par des sociétés privées aux USA.

  3. Sans faire la fine bouche, les USA et la France n’ont-ils pas signé un accord de coopération sur Djibouti où un partage des moyens de transport est prévu?? C-17 en coopération c’est donc possible non ? Et comme disait mon ancien employeur, il y a que les impuissants qui ne peuvent pas, donc tout est possible dans l’avenir. Mutualisation des moyens de transport, etc…. Je reste optimiste.
    Mais c’est vrai que c’est rageant de voir notre armée à la merci d’éléments extérieurs pour le transport de moyen lourd. Où est notre indépendance là?

  4. Perso, si j’étais Aibus, je soumettrais un projet de transomation de l’A-380 en Cargo militaire… et si j’étais « la France », je commanderais une telle étude. 😐

  5. Évidemment, peindre un A-380 en gris ou « camo » ne peut suffire à en faire un cargo militaire 😀
    Cela demanderait quelques modifications (train d’atterrissage « tout terrains », renforcement de la cellule, création d’ouverture de chargement à l’arrière et à l’avant ) mais selon moi c’est faisable. D’ailleurs il y a déjà eu un précédent chez Airbus (Le Béluga dérivé de l’A-300)… 😉

  6. C’est bien (en plus de l’AN-124) au C-5 que je pensais en proposant de « Cargoïser » l’A-380.
    Ce genre de très gros porteur n’est pas destiné à apporter du fret humanitaire pour une population dans la cambrousse du sud Soudan, mais bien du gros matériel sur un théâtre d’opération via des aéroports aménagés et déjà sécurisés par une première vague de commandos paras, ou bien via un aéroport d’un pays voisin, comme c’est le cas en Afghanistan.

  7. Je reprends ma plaidoirie pour l’achat d’un petit nombre (entre quatre et six) d’AN 124 dont la production va redémarrer chez Aviastar, dans une version évidemment occidentalisée (moteurs Trent 900, avionique Thalès).
    Les arguments d’incompatibilité techniques ne tiennent pas dès lors que cette occidentalisation sera menée de la même manière que le Sukhoi Super Jet 100, qui est aujourd’hui le premier avion russe totalement aux normes européennes, et certifié. C’est précisemment ce qui est à l’étude chez Aviastar, et ce n’est pas un hasard si certaines grandes compagnies « occidentales » (Emirates par exemple) étudient sérieusement cette option.
    Je suis bien placé pour savoir que l’occidentalisation de l’AN 124 est tout sauf une élucubration, et que l’idée est même au coeur des discussions entre EADS, les Russes et les Ukrainiens.
    Reste à franchir l’étape politique (et psychologique) de l’achat d’un avion russe, difficulté réelle j’en conviens, mais à partir du moment où l’on vend des BPC tout équipés à la Marine Russe, on doit être capable de comprendre que la Russie est amenée à être un partenaire de plus en plus important à l’avenir, n’en déplaise aux USA….
    La démarche vaut aussi pour le bombardier d’eau Beriev 200 Altaîr, qui fait sérieusement saliver notre sécurité civile, là encore à condition que l’avionique et les moteurs soient occidentalisés.
    Pour avoir participé à quelques réunions de haut niveau à ce sujet je puis vous dire que seule la molesse du soutient politique bloque ce genre de démarche car, qu’on se le dise, ces partenariats euro-russes sont appelés à se développer.

  8. Autant acheté des C-17, au moins on est sûr de la fiabilité, tandis qu’avec les Russes c’est plus aléatoire. Et puis acheter à Poutine, franchement ça me gonflerait !!!

    😀

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