La chasse argentine vit-elle ses dernières heures ?

La chasse argentine vit-elle ses dernières heures ?

Comment peut-on se prétendre une puissance régionale et se préparer à bientôt ne plus posséder d’aviation de chasse ? C’est la question que se pose certainement les dirigeants argentins depuis quelques semaines maintenant. La Fuerza Aérea Argentina va retirer du service en novembre prochain ses quatorze derniers avions de chasse, majoritairement des appareils construits par Dassault. Le remplacement de ces avions n’est pas à l’ordre du jour.

Les avions en question sont huit Mirage III-EA, quatre Mirage 5P, et quatre Dagger. Ces derniers sont des Mirage 5 fabriqués hors-licences par Israël et utilisés un temps par Heyl Ha’Avir sous le nom de Nesher.
À l’exception de deux Mirage III-EA affectés à des missions de transformation opérationnelle, tous les autres ainsi que les 5P étaient utilisés pour la défense aérienne tandis que les Dagger servaient autant pour la défense aérienne que pour l’attaque au sol. Il faut dire qu’à la différence des avions français ils avaient été rétrofités par IAI au milieu des années 1990, soit une dizaine d’années après leur livraison.

En fait ces seize avions sont de véritables vétérans. Certains ont participé à des opérations en marge de la guerre des Malouines où ils furent, de manière assez peu compréhensible, sous-utilisés. Alors que de l’avis général, et même britannique, ils étaient alors supérieurs aux meilleurs avions de la RAF et de la Fleet Air Arm.

Alors quel avion pourrait remplacer d’ici novembre 2015 ces seize avions ? À priori aucun, le délai est bien trop court. Il y a quelques mois l’Argentine et l’Espagne étaient en pourparler autour de l’acquisition de douze monoplaces Mirage F1-EE et de quatre biplaces Mirage F1-BE. Cependant pour des raisons encore obscures ce marché a échoué.
On parle aussi de la possibilité d’acquérir de seconde main des General Dynamics F-16A/B ex-US Air Force stockés à Davis-Monthan AFB, voire d’avions français. En effet les bonnes relations franco-argentines actuelles pourraient jouer en la faveur d’une commande de Dassault Mirage 2000B et C, des avions eux aussi retirés du service par l’Armée de l’Air et stockés sous cocon depuis dans les locaux de l’Élément Air 279 de Châteaudun.

Malgré toutes ces suppositions une chose est sûre : en novembre 2015 la Fuerza Aérea Argentina deviendra une des rares forces aériennes de l’Histoire à stopper toute activité de défense aérienne et d’interception.
Les seuls avions de combat dignes de ce nom qu’elle possèdera encore sont la vingtaine de Douglas A-4AR Skyhawk d’attaque et d’appui. Des avions qui même avec la meilleure des volontés ne seront jamais des chasseurs.

Photo © Fuerza Aérea Argentina

Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.

10 COMMENTAIRES

  1. Ce n’est pas l’avis de Lockheed-Martin qui avait vendu son A-4 AR comme FightingHawk (et pas Skyhawk), avec le radar du F-16 😉 !
    Vous oubliez les SuÉ de la Marine Argentine (surnommés là-bas Nec plus ultra… 😉 !) aussi.
    Et il s’est trouvé des hommes politiques (corrumpus ?) pour y croire…
    Si les Mirages II EA ont été sous-utilisés c’est parce que la junte craignait une attaque britannique contre Buenos-Aires une fois de plus. Et parce que tout le matériel militaire a été sous-utilisé… Si les pilotes ont été extraordinairement courageux, le haut-commandement savait surtout faire la guerre à son peuple, ses femmes et enfants désarmés, contre une armée étrangère, ce fut plus difficile…
    En plus des F-1 espagnols, et des 2000 français, il y eu aussi des négociations pour des F-1 français, des Kfirs israéliens, et, actuellement, des J-10 chinois en cours d’évaluation.
    Vos ‘raisons obscures’ sont sans doute le coût d’une part, et le discrédit démocratique toujours actuel d’une armée ex-putschiste…
    La Nouvelle-Zélande (pour d’autre raisons) a aussi fait le choix d’arrêter sa défense aérienne (assurée par des F-18 australiens).
    Maintenant dans les pays d’Amérique Latine, à quoi sert une armée de l’air (et même une armée tout court)… ? (le Costa-Rica n’en a pas). La seule réelle menace est celle des narco-trafiquants.

  2. Un pays qui n’est plus en mesure d’assurer le contrôle de son espace aérien perd une très grande partie de sa souveraineté. C’est bien triste que l’Argentine en soit là. Chaque pays sud-américain semble se débrouiller tant bien que mal pour assurer sa défense aérienne. Je me demande s’il n’y aurait pas des discussions pour conclure un accord de défense aérienne commune du continent et ainsi partager les coûts. Sans doute les anciennes rivalités et conflits armés entre certains de ces pays est un obstacle.

  3. Certes je préférais la FAA équipée de Rafale ( 😉 ! ), mais il y a aussi des réalités économiques, et des dépenses sociales (parfois inconnues en Europe…)
    Les mouvements aériens au dessus de la pampa…, c’est léger ! Ce sont aussi des pays en paix.
    Maintenant la défense aérienne de l’Uruguay, du Paraguay et de la Bolivie… C’est très léger aussi.
    Pour les autres pays, vous avez tout-à-fait raison (malgré les liens entre l’Argentine et le Pérou, les Jaguar et F-1 équatoriens sont tjs disponibles à la vente, non ?)
    La défense aérienne commune (contre qui ?) serait une bonne idée.
    Si vous ne l’avez vu, je vous conseille le film « Fuerza Aera SA ».

  4. Apparemment l’Argentine aurait signé avec Israël pour des Kfir dernière génération (block 60 : à quoi pensent les commerciaux israéliens… 😉 !?)

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