C’est la rumeur qui agite le microcosme aéronautique international depuis quelques semaines, sans que l’on sache vraiment le crédit qu’il faut y apporter. Lockheed-Martin aurait proposé au Japon une version modernisée de son chasseur F-22 Raptor afin de muscler sa défense aérienne. Selon certaines sources l’avion en serait même quasiment à l’état de prototype et l’avionneur américain attendrait en fait le double feu vert du Congrès et de Tokyo pour lancer son usinage. Ce qui agite notre sphère vient du entre autre fait qu’une partie non négligeable de l’avionique de ce futur «super Raptor» ou «Raptor 2.0» proviendrait du F-35A Ligthning II.

Et sur le fond cette rumeur est loin d’être idiote, c’est pourquoi nous avons décidé de vous la présenter. Car oui la Japan Air Self Defense Force va très bientôt avoir besoin de sélectionner un nouveau chasseur de supériorité aérienne. En effet ses presque deux cents Mitsubishi F-15J/DJ Eagle et sa cinquantaine de vieux McDonnell Douglas F-4EJ Phantom II vont assez vite devoir se trouver un successeur. Surtout que les adversaires (ennemis?) de l’empire nippon ont globalement investi dans des avions furtifs de nouvelle génération comme Chengdu J-20 et le Sukhoi Su-57.
Alors bien sûr certains vont avancer que le Dassault Aviation Rafale et/ou l’Eurofighter EF-2000 Typhoon feraient très bien le job. Mais soyons sérieux deux secondes, nous parlons ici du Japon. Ce pays est (et de loin) le plus inféodé aux États-Unis quand il s’agit de ses questions de défense. Jamais le gouvernement de Tokyo ne prendrait le risque d’acheter ailleurs que chez Boeing ou Lockheed-Martin, Northrop-Grumman à la limite.

Alors certes il existe bien le Mitsubishi ATD-X furtif ayant volé il y a maintenant un peu plus de deux ans mais jamais cet avion ne sera près à temps. Et surtout absolument rien ne semble accréditer qu’il s’agisse là d’un véritable chasseur de supériorité aérienne digne de ce nom.

Donc par la force des choses il ne reste que le Lockheed-Martin F-22 Raptor. Seul petit bémol sa chaîne de production est à l’arrêt depuis 2011 et la sortie d’usine du 187ème exemplaire de série. Alors certes un chaîne de production ça se relance, mais à quel prix ? Lockheed-Martin peut-il s’engager dans cette voie là sachant que le marché japonais n’excédera pas les cent cinquante avions et que la potentialité d’un ou de deux autres contrats semble assez mince. Très peu de chance de le vendre aux Britanniques et aux Canadiens, quasiment aucune aux Saoudiens, alors que resterait-il ? Bah pas grand monde aux vues du prix d’un tel avion, d’autant qu’il ne faudrait pas que ce futur Raptor 2.0 ne fasse de l’ombre au F-35A Lightning II.

D’ailleurs il semble bien que ce futur avion de supériorité aérienne dispose de quelques innovations en terme d’avionique, directement issues du nouvel avion de combat multirôle américain. Et c’est assez logique. En effet malgré tous ses défauts et retards le F-35A Lightning II reste tout de même un concentré de ce qui se fait de mieux dans le domaine des avions de combat outre-Atlantique.
De là à parler d’hybride F-22/F-35 ne tombons pas dans la caricature que certains médias bien plus polémistes qu’aéronautiques veulent nous refourguer pour mieux faire passer leur haine de tout ce qui est américain.

En fait en y réfléchissant bien la seule solution pour légitimer cette relance de production du F-22 Raptor serait qu’en plus du Japon Lockheed-Martin le place… auprès de l’US Air Force. Et du coup de le développer comme chasseur de supériorité aérienne et d’attaque au sol. Mais il s’agirait alors de reconnaître les carences du F-35A Lightning II comme successeur désigné des Fairchild A-10 Thunderbolt II et surtout McDonnell Douglas F-15E Strike Eagle, et ça c’est pas gagné !

Seul un avenir proche nous dira si cette rumeur était ou non fondée, même si elle semble bien avoir un gros fond de vérité. À suivre !

Photo © Lockheed-Martin.

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20 COMMENTAIRES

    • Commentaires de Neu Neu, sans jeu de mots par respect pour ceux du NNiemen, pour avoir eu la chance d’en connaître un , je me souviens du commentaire lorsqu’il prit le manche d’un P51, un monde par rapport au Yak 9 ou 3 d’une finition plus que moyenne, aucune raison pour que ça change. Beaucoup d’illusions sur le matériel russe, voyez plutôt la disponibilité, des pays ayant des Migs ou Soukkoï, à pleurer. Pour mémoire rappelez vous aussi le 5/0 infligé aux arrogants pilotes russes par les Mirages israéliens, je pense d’ailleurs qu’ils ne vont pas tarder à remettre ça. Peur des Russes, pas vraiment, compassion pour le peuple russe oui.

  1. Forcément il y a de quoi se poser des questions car dans la logique des choses, lockheed-Martin proposerai d’avantage de F-35 au Japon pour renforcer son aviation et ne s’embeterai pas à relancer une chaine de production.
    Êtes vous sûr de vos chiffres ? Car 150 F-22 à 360 millions pièces sa fait beaucoup.

    • Et encore on parle de 360 millions de coût unitaire pour les Américains mais il faut savoir que les coups d’un avion à l’export atteignent bien souvent 150% au moins du coût unitaire national ce qui nous rapporterait à plus 500 millions par avion ce qui partait déraisonnable en plus du coût de relancement de la chaîne de prod… Les Japonnais auraient donc tout intérêt à repartir sur le F-35 même s’il n’est pas aussi performant le calcul reste vite fait.

    • Cent cinquante avions c’est le chiffre avancé par l’état-major de la JASDF pour remplacer correctement la cinquantaine de Phantom II et les presque deux cents Eagle.

  2. 360 millions est une info Wiki, le GAO parle plutôt de 480.millions.et le relancement de la production est estimée à 4,2 milliards. Le Pentagone a estimé qu’il était nécessaire d’avancer sur l’avion de 6ème génération. au lieu d’un F-22 2.0.

  3. Si c’est le cas quel aveau d’échec pour le f35 qui devait remplir toutes les missions , et ça confirmerait que le f35 a besoin de la couverture du f22 pour la métrise du ciel ,car avec des qualités de vol médiocre et une discrétion radar moin performante que prévue , il semblerait que l’on ne lui fasse pas confiance. Alors oui je critique le f35 ,mais je le pense vraiment ,et j’adore les chasseurs américain, d’ailleurs mon avion préféré et le gros matou f14 .

    • Non non, rien à voir avec un désaveu, le F22 et le F35 ont dès le départ été conçus de façon complémentaire, le Raptor -chasseur de supériorité aérienne- protégeant le Lightning de frappe.
      En configuration air-air, la capacité d’emport en soute de ces deux appareils est d’ailleurs révélatrice : 6 AIM-120C + 2 AIM9X pour le F22, contre 4 AIM-120C pour le F35.

      Rappelons schématiquement que ces deux types d’appareils seraient -en-dehors des habituels missiles de croisière- les premiers employés lors de la première phase d’une éventuelle offensive US au-dessus d’un territoire ennemi : F35 en mode furtif pour la suppression des défenses air-sol (emport interne uniquement) avec les F22 en couverture air-air.
      La seconde phase une fois les cieux dégagés comprendrait des F35 se comportant comme des camions à bombes (« beast mode ») avec emport externe et d’autres appareils conventionnels polyvalents (F15 / F16), toujours protégés par des F22 mais pas que (F15C par exemple).

      Contrairement au Rafale qui remplacera à terme tous les types d’appareils de chasse en service dans l’AdA et qui de fait doit pouvoir remplir toutes les missions qui lui sont dévolues, les F35 US évolueront dans un « package » de plusieurs types d’appareils ayant chacun leur rôle propre.
      Par contre en effet, les F35 des autres clients OTAN (replaçant notamment les F16) devront eux sur le papier pouvoir tout assurer eux-mêmes, mais ça l’appareil en est capable en tant que tel, même sans l’aide du F22 (rappelons que le Raptor est un outil de supériorité aérienne dont peu de pays acquéreurs du F35 auraient l’utilité).
      Encore que l’OTAN permette justement par le jeu des alliances de ne pas être seul au combat, et de capitaliser les forces, car la guerre aérienne est aussi géopolitique ^^.

      • Merci pour votre point de vue très détaillé que je partage , mais je pensais plus aux clients exports à qui l’on a vendu le meilleur avion dans tous les domaines y compris : la supériorité aérienne. C’est à ce niveau que pour moi le discours de LM est purement commercial car l’on voit bien ici et là des signes de fébrilité.
        Je me souviens de certains responsables de LM qui annonçaient le f35 supérieur au f22 car plus récent et doté de technologies inédites faisant toute la différence.
        Comme vous je vois plus le f35 comme un avion d’attaque très discret lui permettant d’entrer en premier , ayant des apptitudes au combat aérien dans un deuxième temps.

        • Le F-35 a juste été vendu comme un avion multirole de 5eme génération par le grand americain Lockheed-Martin, donc gage de qualité, pour un prix dérisoire. Donc très alléchant pour des nations n’ayant pas d’industrie aéronautique nationale. Sauf que les pépins s’accumulant les coûts à l’achat ont explosé obligeant certaines nations à revoir à la baisse leurs commandes. La commande italienne est passée de 131 à 90, la britannique de 138 à 50 et celle des pays-bas de 85 à 37.

  4. Déjà que les USA ont refusé de vendre le F-22 au Japon, je ne vois pas comment LM va réussir à avoir le feu vert d’export pour ce zinc qui est censé être mieux que le Raptor.

    • Pas mieux, je suis sceptique : LM peut proposer ce qu’il veut, l’aval du Congrès est nécessaire ; la technologie ultra-sensible du F22 a été refusée en son temps -et c’était il y a encore peu- à deux des plus proches partenaires Pacifique des USA, l’Australie et au Japon, contrairement à celle du F35 proposée à de très nombreux alliés du monde entier.
      Bref je me demande comment un appareil supérieur au F22A pourrait avoir une chance de passer, déjà que le secret reste très vivace autour du Raptor, qui contrairement au F35 -avant tout appareil multirôle- se veut toujours l’atout de suprématie aérienne de l’oncle Sam.

      Cela dit, si l’opportunité de rouvrir la chaine de production venait à poindre pour l’export (après tout, une grosse commande reste excellente pour l’emploi et les finances), et peut-être que cela signifie aussi en filigrane que l’USAF est déjà en négociations pour son propre compte, nul doute que l’administration US actuelle se jetterait sur l’occasion de grossir le nombre de ses Raptors. Car on ne peut le nier : le faible nombre de F22 (qui seront bientôt à moderniser au demeurant) a toujours fait rincer des dents, et semble de surcroit peu adapté à contrer les signes de volonté hégémonique des superpuissances antagonistes.

  5. On pourrait y voir un tentative d’approche détournée du congrès US: il y a des discussions en cours pour définir le premier batch de modernisation majeur du F22. Mettre les japonais dans la partie permettrait de faire miroiter des vente supplémentaires pour abaisser les coûts d’amortissement.
    De toute façon, le F22 est aujourd’hui sous exploité: son incapacité à réaliser de l’attaque au sol le rend difficile à utiliser dans les missions du moment

  6. Un premier commentaire car je suis souvent surpris par la manière dont se fait le débat sur le F-35 et le F-22, que ce soit chez les  »pour » ou les  »contres »…

    Pour diverses raisons, il y a quelques années j’ai eu a étudier ces 2 avions (principalement le F-35).

    Le F-22 est un avion né trop tôt, à une époque où il n’avait pas d’ennemis que le F-15C modernisé AESA ne sache gérer par la qualité ou le nombre. De plus il était trop spécialisé pour évoluer vers un domaine où là encore le F-15E et le F-16 étaient largement au niveau.

    Le F-35 lui a été principalement conçu pour doter les forces aériennes US et alliés d’un avion universel permettant une homogénéité des forces aériennes occidentales (en clair: pomper les budgets européens et n’équiper ses alliés que de bombardiers devant faire appel aux US pour la couverture aérienne… les Alliés n’étant plus que des forces auxiliaires performantes mais totalement liées à la politique extérieure US… Eurofighter et Rafale étant perçus comme la dernière ligne d’une histoire qu’il convenait de conclure…).

    Dans les lignes et les commentaires, il est rarement évoqué la philosophie de conception du F-35 mis à part la médiatique furtivité or c’est là uniquement un aspect…

    Le F-35 est avant tout un ordinateur volant, un gros ordinateur…. Avec ses senseurs, il doit traquer et analyser toutes les menaces surtout terrestres… Son radar en utilisant l’imagerie SAR, doit classer les menaces : chars, véhicules, canons, etc… amis/ennemis par un traitement informatique énorme des informations reçus…. (comme dans les films) puis les transmettre aux autres avions ou vers un poste de commandement qui centralise les résultats.

    (Si vous étiez un fantassin, vous cliquer sur 2 boutons et vous aviez le statut des véhicules face à vous… Merci le F-35).

    Engager une cible se devait d’être aussi simple que toucher l’écran pour changer le statut, le système faisant le reste pour la traiter…

    Son autoprotection doit être assurées par un système de caméra IR tout autour de l’avion, le pilote n’a plus à regarder autour de lui pour voir un avion ou un missile approcher (le rôle du pilote est uniquement de gérer le système de l’avion). Si une menace est détectée, en tournant la tête le pilote la visualise (par réalité augmentée).

    En théorie, le F-35 crée une bulle autour de lui tout en croisant l’info avec les autres F-35 présent… S’il a besoin de tirer en air-air, c’est uniquement en BVR et parce que la chasse n’a pas fait son travail… Il n’est pas prévu qu’un ennemi arrive en visuel, si c’est le cas le F-35 dégage (pas question de perdre un F-35 et encore moins son pilote)….

    Les caméras permettent également au pilote de la version VSTOL de voir le sol où il se pose en regardant entre ses jambes (oui, l’avion est invisible comme l’avion de Wonderwoman mais uniquement pour le pilote).

    Le concept informatique est tellement poussé, que l’avion est dépourvu de viseur, tout arrive dans le casque du pilote… : info de vol, cibles, menaces, visées canon, vue à 360° autour de lui même au-travers de l’avion comme évoqué…. Le tableau de bord est un écran pour gérer l’ensemble de la mission ( informations reçues et analysées).

    Le vrai problème du F-35 est que pour faire fonctionner cet ordinateur (comme dans le film), il faut écrire des lignes de code, et encore, et encore, et ça bug, et ça ne fonctionne pas comme prévu, etc…. sans compter qu’en informatique, cela évolue tellement vite… (se souvenir que l’on dit que le Window pourrait fonctionner avec un programme bien moins lourd mais qu’il est très difficile de se débarrasser des anciennes lignes de codes sans tout casser… alors on ajoute et on enlève peu.. et ça pédale….)

    Et si l’ordinateur volant n’atteint pas un certain niveau, c’est juste un container volant avec peu d’armement, des petites ailes, un gros moteurs et un pilote qui se prend la tête avec l’informatique….

    Et si cela fonctionne, reste à valider la nouveauté opérationnellement… car tout n’est pas comme dans le livre (se souvenir du F-117 abattu par un vieux système d’armes dont les opérateurs avaient pris des libertés avec le manuel). Mais en théorie, c’est Capitaine Kurk!

    Or les japonais ont besoin avant tout d’un chasseur et non d’un bombardier… face au volume et la créativité naissance du voisin chinois… (plus que bombarder, l’idée est bien d’abattre ses avions avant qu’ils ne visitent les îles…) Et là, les F-15, F2 et F-4, commencent à tirer la langue… Il faut autre chose….

    Donc, relancer le F-22 (qui n’est pas une mauvaise plateforme) en le modernisant avec une partie de l’informatique du F-35…. Cela me semble logique d’y penser (le F-22 est un dinosaure informatique comparé au F-35)… d’autant que cela pourrait intéresser les US pour des raisons évidentes….

    Ça pourrait faire un bon avion…
    L’alternative étant de rêver au 6ème génération qui traverse la planète à Mach 3 comme dans un certain film avec une pilote super canon aux commandes et un drone qui finalement devient un bon copain… mais c’était un film…

    (PS: Je précise que je ne suis pas fan du F-35, la plateforme, mais que son système d’armes comportent des choses intéressantes pour autant qu’il parvient à tenir ses promesses…. c’est là toute la question autour du F-35 sans évoquer celle de l’indépendance industrielle).

  7. Très pertinente analyse sur le F35, je n’y reviendrai pas, vous avez tout dit -et même plus !

    Le point qui nous intéresse à la lecture de cet article -et de votre commentaire- est en effet le besoin AUTRE que le F35 pour la JASDF, puisque justement Japon et Australie, nations insulaires donc très concernées par une potentielle offensive air, naguère intéressés par le F22 et déboutés sèchement, ont un besoin urgent de chasseurs purs de grande qualité, à longue endurance, capables de damer le pion à -je schématise- des hordes de chasseurs russes et/ou chinois. Et évidemment, comme vous l’avez fort bien expliqué, le F35 n’est pas fondamentalement taillé pour cela, il faut autre chose.
    Les Aussies ont mangé leur chapeau de brousse en achetant des F18F/G et des F35 pour suppléer leurs F18A, quant aux Japonais leur tentative de développer un chasseur indigène (ATD-X) pour remplacer les F-15/4/2 me semble vouée à l’échec, le coût de R&D d’un nouvel appareil local conjointement à l’acquisition en cours du F35 me laisse dubitatif. Quitte à acquérir un second type d’appareil, autant pencher pour une solution « sur étagère » comme le proposerait LM.

    La solution de LM ne semble donc pas dénuée de sens si jamais la politique le permettait, et il y aurait au moins 2 clients sûrs : USAF / JASDF. Et nul doute que la RAAF y regarderait aussi de près.

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