Est-ce là un des premiers effets du Brexit ? On est largement en droit de se le demander. Le ministère britannique de la défense annonce avoir engagé des pourparlers avec Boeing et le gouvernement australien en vue de l’acquisition d’avions de veille radar et de surveillance aéroporté E-7 Wedgetail. Cet appareil militaire, dérivé de l’avion de ligne biréacteur Boeing 737-700, est en effet une coproduction américano-australienne. Une décision qui semble avoir irriter totalement les dirigeants d’Airbus.

Car sur ce coup là Londres n’a pas jouer franc-jeu avec l’avionneur européen en le squeezzant tout bonnement. Et à priori il ne s’agit pas d’une négligence de la part des décisionnaires de la défense britannique mais bien d’une action mûrement réfléchie. Selon plusieurs sources il se pourrait même qu’il s’agisse d’une mesure de rétorsion face à l’Union Européenne et à l’échec des négociations avec celle-ci autour du Brexit, la sortie du Royaume-Uni de toutes ses instances. Rappelons que pour beaucoup d’Européens le constructeur Airbus est un des fleurons de la construction de l’UE.

Pourtant l’idée de base de la Royal Air Force n’est pas mauvaise : remplacer ses vieux Boeing Sentry AEW Mk-1 dont l’acquisition remonte à 1987. Des quadriréateurs de veille radar qui figurent pourtant parmi les plus modernes avec les E-3F SDCA de l’Armée de l’Air. Mais depuis quelques temps les six exemplaires en service au Royaume-Uni (sur sept achetés au total) reviennent chers en matière d’entretien et de remise à jour des équipements.

Or la logique commerciale aurait voulu que le gouvernement britannique passe par un appel d’offre auquel aurait certainement répondu Airbus et Boeing, mais probablement d’autres avionneurs comme par exemple Bombardier, Embraer, ou Gulfstream. Non au lieu de cela le ministère de la défense de Sa Majesté a directement engagé les discussions avec l’avionneur de Seattle et le gouvernement australien.

D’ailleurs il faut remarquer que Boeing n’est sollicité qu’au travers de son E-7 Wedgetail et non de son E-767 par ailleurs en service au Japon. En fait cela s’explique par le fait que l’E-7 est beaucoup plus récent et polyvalent que son cousin lui aussi biréacteur. Celui-ci est d’ailleurs en service en Corée du sud et en Turquie.

Néanmoins il n’est pas inenvisageable que les Britanniques fassent un beau rétropédalage dans cette affaire qui déjà dans leur pays fait réagir aussi bien au sein du gouvernement de Theresa May autant que dans son opposition. Et pour ceux-ci une brouille euro-britannique autour d’Airbus pourrait avoir des répercussions dramatiques sur l’emploi dans le pays.

Photo © Royal Air Force.

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9 COMMENTAIRES

  1. Les Anglais jouent déjà les mauvais perdants. C’est grave car même s’ils sortent de l’U.E. ils restent au conseil de l’Europe. Et Airbus des milliers de Britanniques.

  2. De Gaulle disait que le Royaume-Uni est le cheval de Troie des USA en Europe… Après c’est sûrement qu’ils sont pressés car le E7 existe déjà et a fait ses preuves quand l’hypothétique futur A330 awacs n’existe qu’en maquette et ne sera pas près avant une décennie au moins alors que dans le même temps les E3D anglais vieillissent plus vite que les E3F.

    • Tu sais que le verbe squeezer est désormais accepté par l’Académie Française. En terme de synonyme tu peux trouver « négliger ».

      • Je ne le connaissais pas non plus, vous m’apprenez une chose mais ce mot reste très vilain comme tout les nouveaux mots entrant dans le dictionnaire issue du net ou du franglais.

      • On pourrait aussi dire « snober »…
        Dommage que l’Académie française ne fasse pas de même face au franglais !

  3. De même que de nombreuses nations pressées optent directement pour le P8 au lieu d’attendre un futur appareil européen de PATMAR qui en est encore au stade de la planche à dessin (pas d’appel d’offres non plus, après tout !), le choix de l’E7 par les Britanniques se fait « sur étagère », et il n’y a pas grand-chose en rayon ^^. De surcroit, malgré leur industrie aéronautique de pointe et les partenariats internationaux (Merlin, Wildcat, A400M, Typhoon, A330MRTT etc.), ils sont tout de même de grands utilisateurs d’équipements US devant l’éternel (C17, RC135, Chinook, Apache, et évidemment F35 / P8).

    Le Wedgetail ayant 3 avantages majeurs sur un éventuel concurrent Airbus AEW : existant, moderne, et éprouvé.
    Bref, ce choix ne me choque pas outre mesure.

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