L’aventure de cette compagnie aérienne n’aura finalement duré que treize mois. La direction d’Air France vient d’annoncer l’intégration des personnels et de la flotte d’avions de la compagnie Joon. Autant dire qu’elle vient avant tout de signer l’arrêt de mort de ce transporteur d’un nouveau genre qui malgré de très bons chiffres en 2018 n’a visiblement jamais vraiment réussi à trouver sa clientèle. Il faut dire que son segment de marché avait tout du bâtard : ni compagnie à bas coût ni compagnie aérienne classique, mais entre les deux.

Pourtant l’idée de base de Joon était plutôt séduisante. Concevoir une compagnie aérienne pour vols moyens et longs-courriers présentant des tarifs intermédiaires entre les vols classiques (type justement Air France, British Airways, ou encore Lufthansa) et les compagnies à bas coût semblait une bonne idée. En fait pas sûr que les clients d’Air France aient vraiment suivi le mouvement d’autant que le cœur de cible était mal défini : les jeunes de 18-30 ans, les actifs, les familles avec enfants ? C’était assez flou de savoir qui Joon voulait toucher.
Une chose était sûre elle ne cherchait pas à attirer les clients habituels d’EasyJet et de Ryanair pas plus à l’autre bout du marché ceux qui volent habituellement en classe affaire.

Pourtant au cours de l’exercice 2018 les dix-sept avions de ligne de Joon ont réalisé environ 20000 vols réguliers représentant un peu plus de trois millions de passagers transportés. C’est à dire les objectifs que s’étaient lancés les dirigeants d’Air France l’année précédente.

Du coup les treize Airbus A320-200 et A321-200 devraient logiquement rejoindre l’actuelle flotte d’Air France mais certainement pas les quatre A340-300. La compagnie nationale française n’aligne aujourd’hui plus ce modèle de quadriréacteur long-courrier. Ils pourraient donc fort bien être revendus sur le marché de seconde main.
Quid alors des dix A350-900 commandés et dont les quatre premiers auraient du entrer en service commercial cette année ? Eux-aussi seront certainement reversés à Air France.

Joon avait fait le pari de rajeunir un peu le paysage aéronautique hexagonal (tout en rognant allègrement sur les salaires) mais c’était sans compter avec la nouvelle direction d’Air France. Benjamin Smith, le patron canadien du groupe Air France – KLM avait visiblement d’autres vues.
Désormais la compagnie française va tabler sur le haut de gamme. Au prix sans doute, une fois encore, de cette mission (ancienne) de service publique qui ne semble plus faire recette.

Photo © Wikimédia Commons.

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6 COMMENTAIRES

  1. Entre les séniors Air France et KLM, il était difficile de comprendre la politique du Groupe. D’abord Transavia, qui semblait être la filiale voyagistes du Groupe, ensuite Hop, qui n’était censée désservir que les destinations non couvertes par Air France (la suite démontrera la contraire) et Joon, Il y a de l’ordre à remettre dans la maison. Les bénéfices de KLM ne couvriront pas indéfiniment les pertes d’Air France. Cocorico quand AF gagne quelques sous, et mur les lamentations avec les régulières pertes.

  2. Ouf une bonne chose de faite ! Joon n’était pas moins cher qu’air France et le service était moindre ! Bref j’ai testé sans avoir le choix (sur certaines destinations) et j’ai pas aimé ! Le seul truc pas trop mal était le divertissement par app et wifi à bord …

  3. Air France est une compagnie public. Avant de décider de faire disparaitre Joon la direction aurait dû consulter le peuple français. C’est pour cela que nous avons besoin du RIC pour ce genre de décisions qui coûte des millions aux Français.

  4. OK, l’Etat ne détient que 14.30 % d’Air France. Face à la dilution du capital, quel droit s’est réservé l’Etat, pour gouverner et nommer les Directeurs successifs que nous avons connu depuis des lustres : Une golden share, par exemple…Vous devez posséder la réponse, Arnaud. Questionnez votre entourage, vous aurez sans doute la réponse avant que je n’en finisse avec mes recherches…
    Cordialement.

  5. A priori non : « Le gouvernement français, à l’occasion de la prochaine privatisation d’Air France (4), n’a pas estimé nécessaire d’instituer une action spécifique, mais a mis en place un régime de cession forcée d’actions dans le cas où une prise de participation remettrait en cause la licence d’exploitation ou les droits de trafic. »

    https://www.lesechos.fr/05/12/2003/LesEchos/19046-065-ECH_les—golden-shares—en-liberte-surveillee.htm

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