Quand le ministère des transports se plante dans les grandes largeurs, cela prend la forme de cette nouvelle écotaxe. Ce mardi 9 juillet 2019 madame Elizabeth Borne, ministre des transports, a annoncé la création d’une taxe supplémentaire sur le transport aérien visant officiellement à permettre de lutter contre l’impact de l’aviation commerciale sur l’environnement. Sauf qu’à bien y regarder il s’agit avant tout d’une disposition purement politicienne qui ne va pas du tout dans le sens d’une amélioration de la situation. Comme si taxer protégeait vraiment la nature et l’humanité.

Dans les faits elle se découpe en deux tranches : les vols intérieurs et européens d’un côté, et les vols en dehors de l’Union Européenne pour les autres. Dans la première tranche cette écotaxe sera d’1.50 euros pour les classes économiques et de 9 euros pour les classes affaires. Dans la seconde tranche elle sera de 3 euros pour les classes économiques et de 18 euros pour les classes affaires. Rien n’est cependant dit pour les éventuelles classes intermédiaires. De même il ne semble pas que cette écotaxe soit reportées sur les vrais vols d’affaire, ceux-là même qui ont lieu sur des petits biréacteurs ou triréacteurs types Learjet 45, Gulfstream IV, ou encore Falcon 7X. Pourtant eux polluent bien plus au ratio consommation par distance parcourue et nombre de voyageurs embarqués.

Il est à remarquer que les vols à destination de la Corse ou des territoires ultramarins sont exclus de cette écotaxe. Ce qui en soit peut-être considéré comme une discrimination entre les Français vivant dans ces territoires et ceux qui habitent dans l’hexagone.

En fait cette écotaxe ne va pénaliser que deux acteurs du domaine.
En premier lieu les compagnies aériennes française, et surtout la principale Air France. Le gouvernement d’Édouard Philippe n’ayant même pas tenté une harmonisation européenne sur la question seules les compagnies aériennes dont le siège social se trouve dans l’hexagone sont concernés. À l’exception notable des sociétés d’avions-taxis.
En second lieu ce sont les classes populaires et moyennes qui seront directement impactées car l’augmentation d’1.50 à 3 euros sur des tarifs bas sera bien plus importante qu’une de 9 à 18 euros sur une classe affaire. D’autant que la majorité des clients de cette seconde est constituée d’entreprises privées qui peuvent se faire défiscaliser leurs billets d’avions en les faisant entrer dans les frais généraux. Ce que les touristes ne pourront jamais faire quand ils utilisent des vols économiques, voire à bas coût.

De ce fait il semble de plus en plus évident que cette décision a été dictée avant tout par des raisons purement politiciennes. Le gouvernement, et avant tout la ministre des transport, semble ainsi vouloir répondre à la montée en puissance des formations politiques écologistes avec une mesurette avant tout faite pour leur offrir un os à ronger. Depuis plusieurs années les eurodéputés écologistes réclament une taxation des carburants dans l’aviation, qui ne vient jamais. Mais surtout les échéances électorales qui s’annoncent pour le parti présidentiel seront elles-aussi axées sur le réchauffement climatique et cette écotaxe sera au final un argument électoraliste pour ses militants qui se retrouveront en première ligne face aux électeurs sur les marchés ou à la sortie des gares. Une instrumentalisation du transport aérien et de son (temporaire) rejet par certaines population qui en dit long sur la lecture politique de l’Élysée et de Matignon.
Pour mémoire, c’est en première année de science-politique que l’on apprend qu’il n’est jamais bon de créer une loi en réaction à un mouvement de pression populaire. Or cette écotaxe aérienne est la parfaite démonstration que nos dirigeants l’ont oublié.

Dans le même temps il n’y a toujours pas de taxation supplémentaire sur les paquebots de croisière qui eux polluent bien plus que n’importe quel Airbus A320 ou Boeing 777. Mais bon il n’est pas encore dans l’ère du temps de s’attaquer à ces mastodontes du tourisme de masse.
Au début de l’année prochaine cette nouvelle taxe entrera en vigueur, pile-poile pour que cela puisse servir d’argumentaire pour le scrutin municipal. C’est beau le «nouveau monde» !

Photo © Wikimédia Commons.

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10 COMMENTAIRES

  1. Je vais passer sur le côté politique mais j’espère que les recettes de cette taxe sera redistribué au ministère de l’écologie.
    Je vais peut-être faire grincer des dents mais je serais d’avis de taxer fortement le kérosène au niveau mondial afin de faire monter le prix des billets d’avions et réduire ou freiner un peu le nombre de vols commerciaux dans le monde. Il est aujourd’hui aussi facile de prendre un billet d’avion qu’un taxi. C’est devenu un moyen de locomotion banal.

  2. C’est justement parce que les Etats étaient incapables de se mettre d’accord que le kérosène est détaxé au niveau mondial. Il reste cependant d’un prix différent entre les pays à cause de leurs facilités/difficultés d’approvisionnement, mais il n’y a pas de taxe dessus.
    Cela dit, au contraire de ce que j’ai lu dans l’article, Air France ne sera pas spécialement plus impactée que les autres car cette taxe concernera tous les départs depuis la France métropolitaine, de ce que j’ai compris. Donc tout vol au départ d’un aéroport français se verra appliquer cette taxe, quelle que soit la compagnie qui l’opère.
    Ce n’est clairement pas la panacée mais il faut bien démarrer quelque part, non ?

  3. « Dans le même temps il n’y a toujours pas de taxation supplémentaire sur les paquebots de croisière qui eux polluent bien plus que n’importe quel Airbus A320 ou Boeing 777. »…Oui mais combien d’avions en vol par jour?Attention à ce type de comparatif….Ceci dit, vous avez raison de souligner la pollution des paquebots ( sans oublier tout le trafic maritime en général…)

  4. Je suis franchement inquiet par les mesures prises par les écologistes, je veux dire les partis politiques qui se prétendent comme tels. S’attaquer à l’avion devient une mode en faisant au passage la promotion des voitures électriques et des TGV. Le production de ces véhicules est coupable d’une pollution record et le recyclage de leurs éléments n’est pas gagné. Une ligne TGV a utilisé (et utilise peut-être encore) une quantité phénoménale de pesticide et perturbe l’alimentation des nappes phréatiques, beaucoup plus que les aéroports. Le pire des défauts du TGV, c’est son naturel énergivore. Avec une tonne de matériel pour transporter un passager, il demande une énergie folle. Le TGV est le meilleur ami des centrales nucléaires. L’argument le plus malhonnête est de dire qu’une centrale ne participe pas au réchauffement climatique; On ne dit jamais qu’elle réchauffe les cours d’eau et les mers, et pas qu’un peu. Et comme les cours d’eau sont de moins en moins alimentés, on se prépare à des Fukushima en série. En clair, les taxes qui s’attaquent aux avions alimentent sans honte des bombes à retardement. À quand une taxe sur l’énergie nucléaire ?

  5. C’est bien gentil de crier à la disposition purement politicienne, mais qu’est ce que l’on fait ? On attend que la planète se décompose en espérant que ce seront les autres secteurs d’activité, pays, ou espaces économiques qui prendront les 1ères mesures….
    Gouverner, c’est d’abord prévoir et anticiper par des actions spécifiques afin d’ éviter les dysfonctionnements futurs de notre société , de notre économie, et malheureusement de notre climat. Et si la France veut atteindre ses objectifs en matière d’environnement, elle va devoir « tirer sur la manche », car nous sommes déjà en retard; Cela passe évidemment par des mesures incitatives, volontaristes, qui ne seront pas toujours populaires. Mais que valent ces petits sacrifices aujourd’hui, au regard du climat et environnement dans lesquels nos enfants, je dis bien nos enfants, devront vivre si nous n’agissons pas maintenant ?
    La France doit montrer la voie aux autres pays européens, et du reste du monde, en amorçant la pompe….. à fric, j’en conviens, mais c’est le seul moyen d’inciter les individus et entreprises à modifier leur comportement tout en finançant les très lourds investissements nécessaires à la transition écologique de nos sociétés. Évidemment cela doit passer par des actions graduées, évolutives, et d’accompagnement en fonction des populations impactées par ces efforts « indispensables »., tout en conservant le principe de « pollueur,payeur ».
    Le transport aérien est un mode de de transport très polluant, il doit donc aussi financer cette transition, d’autant plus que son carburant est détaxé ! Cela n’exonère pas évidemment les autres moyens de transport comme le routier et le maritime qui contribuent fortement à la dégradation du climat.
    Le défi consiste aujourd’hui à rapprocher le coût écologique des biens ou services du coût de marché, et seuls les états sont suffisamment puissants pour prendre les mesures appropriés afin d’ y parvenir.
    Bonnes réflexions….

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