C’est une révélation qui en dit long sur les inquiétudes qui existent en Russie autour du nouvel avion cargo. L’agence officielle russe Rosoboronexport annonce rechercher activement des contrats d’exportation pour l’Ilyushin Il-112, malgré une commande officielle de Moscou pour soixante-dix avions de série. En fait malgré de bons atouts ce bimoteur à turbopropulseur n’a rien de révolutionnaire et arrive sur un marché ultra-fermé. D’autant que quelques clients habituels de la Russie se sont déjà détournés de cette nouvelle machine.

Sur le papier ce nouvel avion sera proposé en deux versions de série :

  • l’Il-112T civil pour des liaisons régionales.
  • l’Il-112V militaire destiné à la fois au transport tactique autant qu’aux opérations de parachutage.

Pour autant la compagnie aérienne officielle russe a récemment annoncé qu’elle ne commanderait pas d’Il-112T avant plusieurs mois, voire plusieurs années. Et l’imitant la majorité des grandes compagnies du pays a renoncé à s’intéresser à ce bimoteur.
En fait plus son développement avance depuis le premier vol, et plus l’Ilyushin Il-112 ressemble strictement à un programme militaire. Son architecture elle-même n’a rien d’un avion de transport régional.

Or on sait déjà que l’agence Rosoboronexport chargé des ventes à l’étranger de matériels russes de défense propose à ses clients l’Il-112VE, spécialement dédiée à l’export. Pourtant point d’avionique occidentale (ou même occidentalisée) mais uniquement des équipements différents de ceux des machines de série destinées aux forces aériennes russes. Bien entendu c’est une très bonne idée. Au 21ème siècle la Russie ne peut plus compter sur son seul marché intérieur pour justifier un avion comme l’Il-112 comme jadis l’Union Soviétique le faisait. Car la Russie n’a commandé «que» soixante-dix avions de ce type. On est loin des centaines d’Antonov An-24 et An-26 achetés durant la guerre froide. D’ailleurs ce sont ces deux modèles que les Il-112 doivent remplacer d’ici 2021-2022.

Alors à qui vendre l’Ilyushin Il-112VE ? En premier lieu on s’attendrait aux habituels clients de l’industrie russe comme la Chine et l’Inde mais toutes deux ont d’ores et déjà décliné. La seconde semble de plus en plus s’orienter vers l’Antonov An-132 ukrainien. La Chine de son côté entend s’atteler à une version militaire de son Xian MA600. C’est un avion issu du célèbre avion régional MA60, lui-même dérivé de… l’An-24 ! Le serpent se mord la queue.

De ce fait les négociateurs russes pourraient s’orienter vers d’autres nations comme la Biélorussie, l’Iran, le Kirghizistan, ou encore le Venezuela. Ces quatre pays se sont récemment déclarés intéressés par l’avion. Il faut dire aussi qu’ils sont tous les quatre, chacun à leur niveau cependant, sous embargo des pays occidentaux : États-Unis et/ou Union Européenne. Il leur est donc impossible d’acheter des avions aussi modernes que les Airbus Defense & Space C-295 ou encore les Leornado C-27J. Même l’An-132 leur est fermé, il embarque de l’avionique occidentale.

On sent donc bien que l’Ilyushin Il-112VE est condamné à ne pouvoir être vendu qu’aux pays ne pouvant pas acheter d’avions occidentaux. Reste à savoir s’il saura tout de même tenir sa place face à ces best-seller qui ont eux déjà fait leur trou !

Photo © Agence France Presse.

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