Une fois encore l’administration Trump joue la carte de l’ambition zéro en matière d’innovations dans la défense. Ce lundi 10 février 2020 l’US Air Force a formellement annoncé qu’elle renonçait à commander en série les avions d’attaque légère Beechcraft AT-6B Wolverine et Embraer A-29A Super Tucano, un marché pourtant initialement annoncé à hauteur de 200 à 300 aéronefs au total. Maigre consolation pour les avionneurs le puissant SOCOM, en charge des opérations spéciales américaines, prévoit de son côté d’acheter 75 de ces avions sans spécifier s’il prendra un ou les deux modèles. C’est la fin d’un feuilleton vieux de plusieurs années.

En même temps cette annonce n’a pas surpris grand-monde. Depuis quelques semaines on savait que l’US Department of Defense cherchait un moyen de sortir l’US Air Force de ce contrat dont elle ne semblait plus vouloir depuis plusieurs mois. Il ne fallait cependant pas perdre la face au yeux du monde. C’est raté !

Pourtant sur le papier le programme était joli.
L’AT-6B Wolverine, dérivé armé de l’avion d’entraînement intermédiaire T-6A Texan II, présenté par Beechcraft représentait une belle avancée technologique. Un avion à turbopropulseur étudié pour emporter une avionique de pointe tel un FLIR couplé à une caméra thermique et capable de lancer des bombes guidées GBU-12 et des missiles antichars AGM-114 Hellfire, ça le faisait. En parallèle le contractor américain Sierra Nevada Corp. s’était allié à l’avionneur brésilien Embraer autour de son A-29A Super Tucano pour en faire une machine de guerre là aussi très aboutie.
Avec ces deux modèles l’aviation américaine aurait disposé d’avions précieux pour l’attaque légère et l’appui aérien rapproché. Sauf que c’était compté sans la politique politicienne.

Et ce à double titre. D’abord parce que le programme d’origine reflétait une réflexion tactique née sous l’administration Obama que les tenants de l’administration Trump considérait comme trop marquée idéologiquement. Et ensuite, surtout même sans doute, il s’agissait d’une lutte intestine entre deux grands commandements du Pentagone : l’US Air Force et l’US Special Operation Command. Le puissant SOCOM chapeaute en effet toutes le opérations dites spéciales aux États-Unis et c’est lui qui devait tirer profit du programme d’avions d’attaque légère.
Or l’aviation américaine comprenait mal pourquoi elle aurait du financer un voire deux modèles d’avions dont elle n’aurait pas eu la jouissance directe. Et c’est donc ainsi qu’on a quasi tué un projet abouti et ficelé.

Car même si le SOCOM achète 75 avions comme il l’espère, au travers d’un programme estimé à 106 millions de dollars US, ça ne sera finalement qu’un pis-aller. C’est surtout la démonstration flagrante du fait que désormais le Pentagone est incapable d’exiger de l’US Air Force autre chose qu’une vision à court ou moyen terme.
Après les défauts révélés sur le canon du F-35A Lightning II justement on aurait pu penser que l’aviation américaine allait rectifier le tir en adoptant ces deux avions légers. Ils auraient ainsi permis de suppléer l’avion furtif dans les missions d’appui tactique. Mais non, aucune vision tactique à long terme, les stratèges de l’US Air Force s’enferrent dans leur vision étriquée de l’appui aérien. Ça en devient lassant tant ces gens sont prévisibles désormais.

Toute petite consolation, rikiki même, l’US Air Force a annoncé que deux avions de présérie de chaque modèle seraient achetés. Ils assureront des missions de soutien aux essais en vol et aux essais d’armement. Quand on vous dit qu’ils sont petits bras, c’est vraiment jusqu’au bout. Les généraux américains n’osent même pas dire réellement stop à un programme, ils essayent sans cesse de se racheter ! Nuls.

Photo © Keypublishing.

 

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4 COMMENTAIRES

    • L’honnêteté intellectuelle vous aurait sans doute commandé de rappeler que le Space Command était déjà dans les tuyaux sous l’ère Obama. Il n’avait pas été monté pour des raisons d’insuffisance budgétaire mais il était déjà envisagé. Et franchement est-ce vraiment une réelle innovation ?

  1. L’A10 ou encore le Super Tucano ou le Wolverine sont extrêmement vulnérable. Est-ce nécessaire d’avoir ce genre d’avions? Le CAS ne doit pas se faire de façon rapproché même si le C dans la dénomination pourrait faire croire le contraire. Le plus important est que le support soit là au moment et temps voulu. Peu importe si cela se fait à 100m d’altitude ou 1000m.

    Moi je suis plus intéressé dans les plans de l’USAF: comment prévoient-ils de faire le CAS? Le F-35 me semble bien trop cher. Est-ce que l’USAF veut miser sur les drônes? Si oui, les quels et dans quels nombre?

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