C’est un fait un peu oublié aujourd’hui, sauf de l’autre côté du Rhin. Jusqu’à la fin du mois d’août 1994 la Russie a disposé d’un important contingent de soldats déployés en permanence en Allemagne, malgré la réunification entre les RDA et RFA. Lors du départ de ces forces d’occupation près d’un millier d’aéronefs frappés de l’étoile rouge se trouvait encore dans le pays. Un arsenal aérien qui ne fut pas entièrement rapatrié.

Est t-il encore utile de présenter le Fulcrum ?

Pour mémoire lorsque la guerre se termine en Europe en mai 1945 il est décidé que le pays sera occupé par les quatre grands vainqueurs : États-Unis, France, Royaume-Uni, et Union Soviétique. Très vite la partition entre deux Allemagnes, une tournée vers l’économie de marché et l’autre vers le marxisme, est actée. Les forces armées des quatre pays sont déployées entre la communiste République Démocratique d’Allemagne et la capitaliste République Fédérale d’Allemagne. Les Soviétiques dans la première, le reste des vainqueurs dans la seconde. Au titre de l’OTAN le Canada vient régulièrement seconder ses alliés américains et ouest-européens.
Et tout ce petit monde se regarde en chiens de faïence durant quatre décennies et demi, on appelle ça la guerre froide.

Sauf que patatras le 9 novembre 1989 la jeunesse est-allemande en décide autrement. Pour elle il en est terminé de la partition entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, et du coup elle fait tomber le mur qui scindait la ville en deux depuis août 1961. Vive la liberté, l’économie de marché, le Big-Mac, et dehors le marxisme et la Traban.
Le 3 octobre 1990 soit moins d’un an après la chute du mur de la honte les deux Allemagnes sont réunifiées. Adieu la RDA et la RFA, bonjour l’Allemagne.

Un des symboles les plus forts de la présence ex-soviétique en Allemagne réunifiée.

Tout cela pourrait ressembler à un tableau idyllique. Sauf que le pays était encore occupé. Certes la France et le Royaume-Uni avaient conjointement décidé avec l’Allemagne de leurs désengagements respectifs sous trois ans, mais il en était autrement des États-Unis et de l’Union Soviétique. Cette dernière d’ailleurs n’existait plus vraiment, gangrenée par les mouvement indépendantistes nés après justement la chute du mur de Berlin. Moscou savait pertinemment que son influence se désagrégeait aussi vite que l’Union Soviétique. L’Allemagne allait faire allégeance autant aux Américains qu’à cette Communauté Économique Européenne que les Soviétiques avaient si longtemps sous-estimés.

Côté soviétique justement les forces étaient conséquentes. Lors de la réunification l’URSS possédait encore près de 400 000 combattants sur le sol allemand, renforcés par 1350 aéronefs. À peu près autant d’avions que d’hélicoptères.
Fait intéressant, le 26 décembre 1991 l’Union Soviétique s’effondre et laisse la place à la Russie et à une myriade d’états plus ou moins grands et plus ou moins inféodés à Moscou. Les forces soviétiques en Allemagne deviennent des forces russes. L’Ukraine par exemple plaide très rapidement pour un désengagement de ses troupes présentes en Allemagne.

Malgré la fin de la guerre froide l’armement externe est encore bien présent.

Bon nombre des avions frappés de l’étoile rouge étaient des appareils de combat. Et contrairement à une idée reçue encore largement répandue le MiG-29 n’était pas le plus répandu alors en ex-Allemagne de l’Est. L’avion de combat soviétique que l’on rencontrait le plus souvent sur les bases allemandes était encore le MiG-23, aussi bien en version monoplace que biplace !
L’ex-RDA étant encore dans la mentalité ex-soviétique un avant-poste face à la cruelle et dangereuse OTAN la majorité des avions de combat était dédiée à l’attaque au sol, à la pénétration à basse altitude, ou encore à l’appui tactique rapproché. C’est pourquoi en 1990 on trouvait énormément de MiG-27, de Su-22, de Su-24, et de Su-25. Ça et là vous pouviez même rencontrer des Su-7BM et Yak-28BI hors d’âge.

Le Flogger, numériquement le chasseur russe le plus présent à cette époque en ex-RDA !

L’autre intérêt majeur pour Moscou à continuer de posséder des forces prépositionnées sur des bases en Allemagne concernait le renseignement et la reconnaissance. C’est pourquoi des avions aussi stratégiques que les An-30, Il-22, les MiG-25RD, et les Yak-27R étaient très présents. Avec eux les avions de transport An-2, An-12, An-24, An-26, et autres Il-18 et Il-76 voisinaient alors avec les Tu-134 et Tu-154. Il est à signaler que si les énormes An-22 et An-124 étaient encore assez présents dans l’espace aérien allemand ils ne faisaient que passer. Dès début 1991 ils ne furent plus jamais basés dans le pays, et uniquement en Russie. Un début de désengagement, sans doute.

Un des Yak-27R, encore présent en Allemagne au début des années 1990.

Les hélicoptères n’étaient pas en reste. Et là deux modèles prenaient largement le pas sur les autres : les Mi-8/Mi-17 et Mi-24 pour les missions de transport d’assaut et d’appui tactique rapproché. Il n’était d’ailleurs pas rare de les voir survoler l’ex-RDA avec leurs paniers à roquettes voire leurs missiles antichars. Alors même que la guerre froide était terminée et que l’OTAN savait qu’elle n’avait plus rien à craindre de cette URSS devenue Russie.
Des Mi-1, Mi-2, Mi-4, et Mi-6 pouvaient également parfois être vus au-dessus de vos têtes si vous vous baladiez dans la région.

Toujours aussi impressionnant le Mi-6 Hook.

Sauf que plus le temps passait et plus les Allemands vivaient mal cette occupation soviétique devenue russe. Début 1992 environ 45% des habitants des landers de l’est considérait les forces russes comme une force d’occupation n’ayant plus aucune légitimité tandis que le chiffre montait à 90% dans les landers de l’ouest. À la même époque le même type de sondage donnait 17% dans les landers de l’ouest et 29% dans ceux de l’est concernant les forces américaines. La population allemande n’en pouvait donc plus de cette occupation russe. Il fut décidé alors que le 31 décembre 1994 les forces ex-soviétiques se retireraient.

Jusqu’au bout les MiG-25RBT ont mené leurs missions d’espionnage à grande vitesse.

Et entre début 1993 et mi 1994 les relations entre l’aviation russe et le contrôle aérien allemand devint vraiment difficile. Les forces d’occupation russes décidaient de décoller quand elles le voulaient. En outre elles volaient au-dessus des territoires de l’ex-RDA comme s’il s’agissait d’un pays inféodé à Moscou, réalisant des passages à basse altitude au-dessus de zone urbanisées sans aucune autorisation. La situation devenait très tendue politiquement et diplomatiquement, à tel point même que parfois la Luftwaffe étaient appelée pour sévir. Une aviation allemande qui avait ingéré plusieurs types d’avions ex-communistes.
Début 1994 Berlin demanda même l’aide à l’OTAN, qui refusa. L’organisation atlantiste ne voulait pas se relancer dans une nouvelle guerre froide.

Signe de la faillite russe l’entretien très aléatoire de ce Mi-17 de transport d’assaut.

Cette même année 1994 marqua un revirement au début du printemps lorsque tous les vols furent annulés. La Russie ruinée n’avait plus les moyens d’entretenir les avions et hélicoptères déployés en Allemagne. Pis il fut clairement alors annoncé que tous ne seraient pas rapatriés en Russie. Le pays n’avait plus les moyens de payer le carburant pour faire voler ces aéronefs jusqu’en ex-URSS. Les plus récents d’entre-eux furent transportés par train, dont au moins deux financés par les États-Unis et ses alliés.
Au final lorsque les forces russes se retirèrent et rendirent les clefs aux Allemands le 31 décembre 1994 elles laissèrent sur place entre 450 et 500 machines. Et beaucoup étaient alors encore en état de vol. Mais encore propriétés de la Russie ces appareils ne pouvaient pas être saisis par les forces allemandes. La plus part fut envoyée à la ferraille au début du 21e siècle, sans que ni Berlin ni Moscou ne se soient mis d’accord.

Photos © photothèque du fond historique du Bundeswehr.

Publicité

12 COMMENTAIRES

  1. En période de confinement
    c’est l’heure de sortir de bon dossier qui prennent du temps a réaliser
    merci Arnaud

  2. Et pourquoi il n’y a pas le mot « occupation  » quand il s’agit de l’amérique qui a occupé la RFA ,même après la destruction du mur… La mentalité anti russe de l’auteur pue la haine de la Russie. Honteux.

    • Tout d’abord merci pour votre appréciation concernant ma « mentalité », elle me fait grand plaisir. Et aussi sur votre incapacité à lire l’article en entier. En effet c’est le sondage fait auprès des Allemands post-réunification qui donnait un sentiment d’occupation de la part de la Russie et beaucoup moins des États-Unis.

  3. Très bon article Arnaud.

    J’ai appris beaucoup de choses, tant tout cela est passé aux oubliettes depuis le temps….. Ou alors je ne m’en souviens plus.

    Air Fan en avait certainement parlé à l’époque. Mais depuis 1994, de l’eau à coule sous les ponts……

    Votre article est plus fouillé et vous avez certainement du gratter pas mal pour retrouver tout ce passé.

    En tout cas, il n’y a pas de propos anti-russes dans votre article. Vous relatez l’ histoire et les faits de l’époque. C’est tout. Z

  4. En Novembre dernier je me suis rendu à Postdam (banlieue de Berlin) et ai pu visiter l’exposition temporelle  » Postdam unter dem roten Stern » (Postdam sous l’étoile rouge). Hinterlassenschaften der sowjetischen Besatzungsmacht 1945 bis 1994.( Installation laissées à l’abandon des forces d’occupation soviétiques de 1945 à 1994.) Cette exposition traitait de la présence soviétique de 1945 à 1994 et surtout de son départ suite à l’effondrement de l’ex-Union Soviétique. Malheureusement pour les non germanistes, cette exposition n’était que dans la langue de Goethe. Cela étant on y apprend, et ce que je vais dire viendra contrecarrer l’accusation faite par M.Jean Gray de « l’anti soviétisme » d’Arnaud, que les relations soi disant « amicales » et « enthousiastes » de la population est allemande étaient loin de correspondre à la réalité que la propagande de l’ex DDR laissaient entendre En dépit des efforts gigantesques effectués par les communistes de la DDR pour multiplier les manifestions « d’amitié » envers les « frères » de l’URSS, la population les considérait bien plus comme des occupants que comme des amis libérateurs des « fascistes  » de l’Ouest. ..Bien que Postdam n’accueillait alors aucune installation militaire aérienne, et là je sors un peu du sujet , les allemands de l’Est ont vu les militaires soviétiques partir avec un immense soulagement.Le déménagement des installations autour de Postdam fut entièrement financé par la République fédérale d’Allemagne. et je peux vous dire qu’ils laissèrent derrière eux des quantités incroyables de bâtiments et matériels ( que l’on peut encore visiter aujourd’hui), car incapables d »en financer le retour dans la « Rodina » ( mère patrie en russe). Aujourd’hui, quand je me rends en Allemagne (souvent, car j’ai la chance d’être germaniste en plus qu’angliciste) et discute avec mes amis allemands de l’ex-RDA, je n’ai jamais entendu, ni senti la moindre récrimination envers la soi-disant occupation américaine en République fédérale..Alors mon « cher ami » Jean Gray, avant de critiquer et éructer vos propos venimeux envers autrui, commencez par voyager un peu, apprenez des langues , cela vous permettra d’avoir accès à des sources d,information que nos journaux bien-pensants et anti-américains occidentaux nous dispensent à longueur de journée.

    • Justement Blowlamp59 je me suis basé en partie sur des documents en allemand. Au passage merci pour votre commentaire sur Postdam, il éclaire particulièrement le sujet. 🙂

  5. Bravo Blowlamp pour ce beau commentaire. On voit la différence entre être cultivé et être « moutonnier ».

    Je suis moi aussi allé en Allemagne pour mon boulot en 2004 et à Berlin. Je peux vous dire qu’à la porte de Brandebourg j’ai failli pleurer quand j’ai vu les petits clous dorés au sol délimitant l’ancien mur.

    Mon père était pilote dans l’armée de l’air. Il a combattu en Indochine de 52 à 54. Donc chez nous les communistes n’ont jamais été les bienvenus.

    Et il n’y a jamais eu de pro américains me non plus. Pourtant mon père avait été formé en Alabama par les Ricains de 42 à 44.

    Mon père t me disait souvent : remember boy.

  6. Merci Arnaud et Cabrera pour vos réponses.Cependant une petite précision Cabrera.La limite de l’ancien mur est matérialisée soit par des pavés placés longitudinalement pour bien contraster avec les autres, ou dans certains endroits par des rails métalliques ( cf Bernauer Strasse ).Les clous que vous avez vus plutôt enchâssées dans les trottoirs sont ce qu’on appelle des « Stolpersteine », littéralement « des pierres sur les quels on bute ».Ce sont des plaques de cuivre de d’environ 10X10 cms placés devant certaines maisons et sur lesquels figurent les noms des anciens occupants juifs qui furent arrêtés et déportés en camps de concentration ( le nom de ces derniers y figurent d’ailleurs)..Pour plus de détails je vous envoie ici :https://vivreaberlin.com/les-stolpersteine-de-berlin.html et https://www.berlin.de/mauer/fr/trace/

    • Merci beaucoup de ces précisions. Je vais aller lire le lien que vous me recommandez.

      J’ai peut être fait une confusion effectivement.

      Merci encore.

  7. Tres bon article, justement air power vient dans ces 2 derniers numéros, de traiter ce sujet, par contre d’après eux a partir de 1985le mig 29 etait majoritaire en RDA car la 16 VA (16e armée aérienne) etait la première armée au contact de l’ouest et les appareils avaient en moyenne moins de 10ans, en 1989 il ne restait que 111 mig 23 ,84 mig27 contre 232 mig29 des lot 9-12(a), 9-51(b) et 9-13(c). Le mig 25 etait biensur présent dans ces versions RBCh (d) et RU (biplace reco) et mig25 BM (f) en mission interception (sr71) mais surtout en wild weasel armés de kh58 kilter… Le flogger fut gardé par le 883 iap en version MLD pour son grand rayon d’action. Le SU17 etait lui present dans 2 regiments, les 730 apib et 20gv apib en versions M3 etM4 et les mig27 D/M et K dans 4 regiments.

  8. Évidemment les chiffres de mon commentaire ne concernent que la 16 VA mais en lisant l’article de air power numéro 20 on a franchement l’impression que toute l’armée aérienne frontale Ouest est aussi moderne…
    Ce qui d’après votre article, est loin de la réalité… Par contre dans le numéro 21, il y a des photos du déménagement avec un An22 du 81.VTAP… Vraiment ÉNORME…

Comments are closed.