L’affaire n’est pas passée inaperçue outre-Atlantique. Fin avril 2020 l’US Special Operations Command a fait savoir son intention d’acquérir un total de 75 aéronefs dédiés à l’appui tactique rapproché autant qu’aux missions ISR. Désigné Armed Overwatch ce programme d’achat est d’ores et déjà budgété pour les années à venir. Il ne reste réellement plus qu’à trouver la machine idoine et à valider les acquisitions par le Pentagone.

L’US Special Operation Command a donc formalisé officiellement sa demande au Pentagone dont il dépend l’autorisation d’acquérir 75 aéronefs légers. La budgétisation est actuellement arrêtée à hauteur de 893 millions de dollars US dont 101 millions sur la seule année fiscale 2021. Elle doit s’étaler sur six ans. Le programme Armed Overwatch n’attend désormais plus que le feu vert de l’US Department of Defense, le Congrès américain ayant déjà donné le sien. Ce dernier n’est cependant purement que de principe.

Et les généraux de l’US Special Operation Command ont clairement affiché la couleur : ils veulent un avion léger à turbopropulseur et non un drone de combat. Si on en croit James C. Slife, l’actuel patron des forces spéciales américaines le futur avion pourrait bien ressembler au Beechcraft AT-6B Wolverine ou bien à son concurrent brésilien Embraer A-29B Super Tucano. Surtout l’avion ne sera pas uniquement un avion d’attaque légère mais également de reconnaissance. La mission dite ISR, pour Intelligence-Surveillance-Reconnaissance, doit aussi lui être confiée. Actuellement celle-ci est remplie par une trentaine de Pilatus U-28 Draco, également adaptés aux missions de transport léger.

Le général Slife a ainsi indiqué que le futur avion devait être à même de tirer des munitions guidées par laser ou GPS autant que réaliser des actions de guerre plus rustiques. Ainsi il devra être apte aux mitraillages, tirs de roquettes non guidées, voire même des bombardements en ressources. Surtout le patron des opérations spéciales américaines a rappelé devant les parlementaires américains qu’il n’avait pas besoin pour ses troupes du recours à des avions d’arme aussi modernes que les F-15E Strike Eagle, F-16C/D Fighting Falcon, F-22A Raptor, F-35A/B Lightning II, ou encore F/A-18E/F Super Hornet. Ces jets de combat ne sont selon lui pas adaptés au soutien des forces spéciales dans des environnements opérationnels qu’il a qualifié de «permissifs et austères».

Il fallait comprendre par là des territoires comme le Sahel, le Proche-Orient, ou encore l’Afrique orientale où les forces spéciales américaines sont intervenues depuis plusieurs années. James C. Slife a notamment expliqué que l’engagement des commandos américains aux côtés de leurs collègues français de l’opération Barkhane avait permis d’éclairer la conception du programme Armed Overwatch. En filigrane il a confirmé devant le Congrès américain l’emploi des AC-130U Spooky en Afrique dans les combats contre AQMI et la branche locale de Daech.

Armed Overwatch devrait pouvoir être validé d’ici la mi-2021 avec la livraison des premiers avions sous moins de douze mois plus tard. L’US Special Operation Command entend bien disposer d’une première capacité d’une quinzaine de machine d’ici à fin 2022. Des appareils que l’on devrait retrouver, de manière fort discrète, engagés dans les guerres contre le djihadisme international.

Surtout ce nouveau programme des forces spéciales américaines semble bien mieux ficelé que feu l’OA-X. Ce dernier était en fait piloté par l’US Air Force. Une arme américaine qui traîna un peu des pieds sur un programme dont elle ne voulait pas. L’interopérabilité n’est pas toujours de mise aux États-Unis.

Photo © US Department of Defense.

 

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7 COMMENTAIRES

  1. A titre de comparaison, est-il possible que les PC 21 puissent faire la même chose ?

    Existe-t-il une version armée du PC 21 ou la possibilité d’en faire un avion d’attaque ?

    Merci de votre réponse. C’est juste pour satisfaire mes connaissances et non pour demander quoique soit vis à vis de notre Armée de l’air.

    • À priori non, le Pilatus PC-21 n’a pas été pensé de la sorte. Après c’est un avion très adaptable, et il serait fort possible que l’avionneur suisse décide d’y remédier. Par contre transformer les avions existants en machines d’attaque me semble assez compliqué, notamment niveau avionique et câblage.

  2. Ça serait intéressant de voir de telle machine dans nos armées et encore plus intéressant de voir si ils seront dédié à l’armée de l’air ou qui sait, à l’ALAT.

  3. A noter que le Bronco II est également en lice. C’est un avion très intéressant, ressemblant au fameux OV-10 Bronco mais avec des capacitès nettement moindre que le Wolverine ou Super Tucano.

    • L’AHRLAC Bronco II n’est pas du tout en lice pour ce contrat, malgré les déclarations du constructeur. Le général Slife a rejeté les propositions de l’avionneur sud-africain car son appareil n’est pas compatible avec les équipements demandés par l’USSOCOM. Donc même si les Sud-Africains croient dur comme fer que leur avion a ses chances, ils se plantent. Désolé donc de vous contredire sur ce coup là Tristan mais l’info que vous aviez est en grande partie erronée. Vous n’aviez que le point de vue du constructeur et non celui des militaires américaines. Le Bronco II ne sera pas retenu comme possible avion des forces spéciales américaines. Sinon il aurait été mentionné dans l’article.

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