Le malheur des uns fait le bonheur des autres. On ne peut évidemment se réjouir du marasme économique frappant l’économie mondiale et plus particulièrement le secteur de l’aviation civile. Mais tôt ou tard, un vaccin contre le COVID-19 permettra une relance du transport aérien. D’ici là, les entreprises qui auront survécu et pris de bonnes décisions stratégiques sauront en tirer profit. En meilleure posture que son rival américain, même avant la crise, Airbus devrait rebondir plus rapidement. Pour cause, l’avenir du Boeing 737 MAX demeure incertain alors que les annulations de commandes s’accumulent. Malgré une timide reprise de production du 737 MAX, l’acceptation des correctifs apportés à l’avion par les autorités des divers pays concernés n’est pas encore en vue. La famille des Airbus A320 ne s’en porte que mieux. Aussi, l’Airbus A220 devrait profiter des déboires de ses compétiteurs.

Le fiasco du Sukhoi Superjet 100 qui aurait pu gruger des parts de marché de l’A220-100 est tel que même les entreprises russes le boudent et les transporteurs aux prises avec ce boulet peinent à s’en départir.

Autre compétiteur potentiel de l’A220-100, l’avion de transport régional Comac ARJ21 Xiangfeng ne semble pas trouver grand preneur hors du cercle des transporteurs chinois. Quant au Comac C919, il est davantage conçu pour rivaliser avec le 737 MAX et l’A320 mais ses ventes si limitent essentiellement aux transporteurs chinois à ce jour.

Autre nouvel avion de transport régional qui peine à lever, le Mitsubishi Spacejet traverse une sérieuse période de turbulences. L’entreprise niponne annonçait le 22 mai dernier son intention de consolider toutes ses activités à Nagoya au Japon et de fermer ses opérations de certification ouvertes en 2016 dans l’État de Washington aux États-Unis. Autre compétiteur potentiel de l’A220-100, l’entrée en service du Spacejet M90 prévue en 2021 sera sûrement reportée à nouveau. Quant au Spacejet M100 plus petit, son développement est suspendu. Paradoxalement, le rachat du programme CRJ par Mitsubishi, qui doit être finalisé le 1 juin prochain, visait à éliminer un compétiteur du Spacejet M100 tout en mettant la main sur le lucratif réseau de soutien technique de Bombardier pour le CRJ bien implanté en Amérique et en Europe. Or, l’intérêt de transporteurs américains pour le CRJ 550 moins coûteux vient brouiller les cartes. Rappelons que le CRJ 550 est un CRJ 700 modifié avec un nouvel aménagement intérieur réduisant le nombre de passagers, mais offrant plus de confort ainsi que des sièges en classes affaires et supérieure qui rapportent davantage aux transporteurs.

Reste donc le plus sérieux compétiteur de l’A220, soit la famille des avions Embraer E2 Jet. Rappelons que ces «nouveaux» appareils sont en fait une évolution des populaires Embraer 175, 190 et 195 dont les plus vieux commencent à être retirés de service. Malgré une campagne agressive d’Embraer visant à promouvoir cette version «neo» des E-Jets, les ventes sont à ce jour très décevantes pour l’avionneur brésilien. En réponse au partenariat canado-européen relatif au C-Series de Bombardier, Boeing annonçait un protocole d’accord visant à acquérir 80% des actifs de la division avions civils d’Embraer. L’avionneur brésilien souhaitait ainsi bénéficier de la force de frappe commerciale de Boeing pour faire face à Airbus. Alors que cette transaction devait être finalisée le 24 avril dernier, Boeing a exercé son droit d’y mettre fin dans la mesure où Embraer n’avait pas satisfait les conditions nécessaires. Embraer a vivement réagi en affirmant que, sous de faux prétextes, Boeing ne souhaitait plus mener à terme l’opération dû à sa propre situation financière découlant des déboires du 737 MAX. Embraer prévoit à cet égard poursuivre Boeing pour les dommages occasionnés.

À l’image du ying et du yang, le mot crise en Mandarin comprend deux caractères: un qui veut dire danger et l’autre signifiant opportunité. Bien que la situation économique actuelle est difficile même pour Airbus, l’avenir de l’A220 semble prometteur en autant que le constructeur sache profiter des déboires de ses compétiteurs. Bien des transporteurs aériens profitent du marasme actuel pour devancer le retrait de leurs vieux appareils, notamment des mono-couloirs court et moyens courrier. C’est notamment le cas d’Air Canada qui se déleste de la plupart des ses Airbus A319 et Embraer 190. Air Canada se félicite sans doute de pouvoir déjà compter sur cinq des 45 appareils A220-300 commandés. Moins coûteux à opérer que ses équivalents, et pouvant avantageusement remplacer les plus gros A320 et 737 qui peinent à se remplir, l’A220 constitue un atout pour les transporteurs qui peuvent ainsi moduler leur offre de service en cette période particulière qui risque de perdurer pendant encore un certain temps.

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3 COMMENTAIRES

  1. À terme les chinois n’acheteront plus que des avions Chinois et sûrement qu’ils remporteront les marchés des pays qui seront dans leur giron.

  2. Il est à signaler que la semaine dernière un incendie a ravagé une des principales usines du groupe Bombardier, en Irlande du Nord à Belfast plus particulièrement. Plusieurs éléments important de l’Airbus A220 y sont usinés. Les dégâts pourraient occasionner des retards dans les assemblages de l’avion de ligne euro-canadien.

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