La nouvelle a de quoi surprendre. La société canadienne International Test Pilots School (ITPS) et Korea Aerospace Industries (KAI) annonçaient récemment la conclusion d’une entente visant l’achat éventuel d’avions de combat légers KAI FA-50 Fighting Eagle dérivés de l’avion d’entraînement T-50 Golden Eagle.

Hors du microcosme des pilotes d’essai et ingénieurs d’essais en vol, cette école privée n’est pas très connue. L’ITPS est pourtant membre du cercle restreint de la dizaine d’institutions du genre dans le monde, et la seule au Canada, reconnues par la Society of Experimental Test Pilots et la Society of Flight Test Engineers. l’ITPS fait également partie du club sélect des organismes de formation agréés par l’Agence européenne de la sécurité aérienne. Fondée à l’origine en Angleterre par d’anciens employés du prestigieux Empire Test Pilots School, l’ITPS est déménagé au Canada en 2001 et n’a cessé de croître depuis. Aujourd’hui, l’ITPS compte dans ses rangs d’anciens pilotes d’essai et ingénieurs expérimentés originaires d’une dizaine de pays et forme des étudiants provenant d’un peu partout dans le monde. Parmi les clients de l’ITPS mentionnons les entreprises Airbus, Leonardo, Turkish Aircraft Industries, KAI et Commercial Aircraft Corporation of China. L’ITPS annonçait récemment le renouvellement d’une entente avec Airbus Defence and Space. Aussi, l’ITPS forme des pilotes d’essais et ingénieurs de vol pour diverses forces aériennes. La Belgique est un client de longue date de l’ITPS qui accueille également des élèves provenant de pays asiatiques, dont la Corée, auxquels s’ajouteront bientôt des membres de l’Aviation royale canadienne suite à la conclusion récente d’un contrat.

Installé depuis 2005 à l’aéroport de London dans le sud de l’Ontario, l’ITPS met à la disposition de ses étudiants des simulateurs de vol ainsi qu’une flotte diversifié alignant une vingtaine d’aéronefs, dont une douzaine d’avions à réaction. Parmi les modèles d’avions de l’ITPS figurent des Hawker Hunter T7, Aero L-39C Albatros et L-29 Delfin, Beechcraft B60 Duke, Cirrus SR22, Diamond DA42 et DA20, Grumman HU-16 Albatross, IAR 823 Brasov, Bombardier Challenger et Embraer Phenom 300 et 500. S’ajoutent des hélicoptères MBB BO-105M, Sikorsky S-76, Agusta Westland AW119, Bell 206 Jet Ranger et Eurocopter Écureuil AS350.

ITPS / Aero L-39C Albatros
ITPS / Sikorsky S-76

Au besoin, l’ITPS a recours à la location d’aéronefs additionnels pour des besoins spécifiques de certains clients. À titre d’exemple, mentionnons la formation de pilotes chinois destinés aux vols d’essais de l’énorme avion amphibie AVIC AG600 Kunlong. Initiés à piloter le Grumman Albatross de l’ITPS, les pilotes chinois se sont envolés vers l’île de Vancouver pour compléter leur formation aux commandes du Martin Mars «Hawaii» loué auprès de Coulson Flying Tankers.

ITPS / Grumman Albatross
Martin Mars « Hawaii »

L’ITPS offre également des programmes de formation pour les pilotes d’avions de combat. Face à la croissance de ce secteur d’activité, L’ITPS mettait sur pied en 2020 une division nommée International Tactical Training Center (ITCC). Parmi ses fidèles clients, mentionnons la Royal Malaysian Air Force qui envisage actuellement l’acquisition d’appareils KAI FA-50.

Dans la flotte de l’ITPS, les appareils Aero L-39C Albatros sont les plus sollicités pour la formation des élèves. Malgré une avionique modernisée, leur remplacement dans un horizon de trois ans est prévu compte tenu de l’usure des cellules. À cette fin, l’ITPS prévoit l’achat de huit à douze KAI FA-50 qui permettraient non seulement de répondre aux besoins actuels de formation, mais aussi de développer le créneau des Agresseurs (Agressors) dans lequel Top Aces est déjà actif au Canada et à l’étranger. La sous-traitance vers le secteur privé de la formation des pilotes militaires est un phénomène qui prend de l’ampleur non seulement dans les petits pays disposant de moyens limités, mais aussi dans les grandes forces aériennes de ce monde. L’acquisition d’avions neufs aussi sophistiqués est une mini révolution pour ce genre d’entreprise qui recourt habituellement à des aéronefs usagés beaucoup moins dispendieux. Compte tenu de l’importance de l’investissement en jeu, l’entente avec KAI permet à l’ITPS d’offrir des services bonifiés avec son éventuelle flotte de FA-50. Dès que certains contrats actuellement en cours de négociation seront conclus, l’ITPS prévoit confirmer l’achat de ces appareils. Suite à sa défaite crève coeur face au Boeing/Saab T-7A Redhawk sur le marché américain et la rebuffade récente essuyée en Argentine, cette entente avec une entreprise canadienne constitue sans doute un prix de consolation. KAI mise toutefois sur cette visibilité pour mettre le pied à l’étrier dans la compétition visant à remplacer les CT-155 Hawk et CT-114 Tutor de l’Aviation royale canadienne qui l’opposera à nouveau à Boeing/Saab.

KAI FA-50 Fighting Eagle
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3 COMMENTAIRES

  1. Super article Marcel sur un sujet mal connu de ce côté de l’Atlantique nord. Au passage j’adore la livrée du HU-16 Albatross.

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