Calcul politicien ou pragmatisme diplomatique ? Trente-six heures après l’annonce de la Maison-Blanche sur la décision de Joe Biden de suspendre la vente des cinquante chasseurs Lockheed-Martin F-35A Lightning II on en sait un peu plus sur les raisons de ce choix. Et en filigrane c’est bien la politique étrangère des États-Unis pour les quatre années à venir qui se dessine. Quoiqu’il en soit le nouveau locataire du bureau ovale est allé vite pour se décider.

Déjà la vente de ces avions de combat avait été signé in extremis avant la fin du mandat de Donald Trump, tellement même que personne n’avait été dupe : les Émiratis craignaient un refus du camp Biden. Il est venu à posteriori. En effet durant plusieurs mois les sénateurs démocrates avaient bataillé pour tenter d’empêcher cette vente car ils savaient le risque fort que ces avions soient utilisés dans un conflit que ceux qui étaient alors dans l’opposition américaine dénonçaient : le Yémen. Ce fut sans succès, la majorité d’alors donnant son feu vert aux Émirats Arabes Unis.

Sauf que désormais la victoire a changé de camp. Et Joe Biden ainsi que ses conseillers ne sont toujours pas chauds pour voir des avions fabriqués aux États-Unis engagés dans conflit qui multiplie les bavures et sur lequel plane l’ombre de crimes de guerres. D’ailleurs en même temps qu’il a apposé un véto à la vente des cinquante Lockheed-Martin F-35A Lightning II émiratis le Président des États-Unis a stoppé net plusieurs contrats d’armement avec l’Arabie-Saoudite. C’est ce pays qui dirige la coalition anti-Houtis au Yémen. Or durant la présidence Trump le royaume saoudien était un allié puissant dans la guerre des nerfs contre l’Iran.
Joe Biden chercherait t-il à pacifier un peu les relations diplomatiques dans la région ? C’est indéniable.

Alors la vente de ces cinquante F-35A Lightning II est t-elle définitivement avortée ? Non certainement pas, même si des risques sérieux existent pour Lockheed-Martin. En fait désormais les Émiratis vont devoir reprendre à zéro leur argumentaire afin de prouver à Joe Biden et au secrétaire d’état Anthony Blinken que leur volonté d’acquérir ces avions n’est pas lié à une politique d’éradication du peuple Houti.
En somme l’époque où n’importe quel supposé allié des États-Unis pouvait acheter de l’armement sans trop se mouiller semble bel et bien terminée. Pour mémoire c’était une promesse de campagne du duo Biden-Harris.

Déjà en Europe des voix s’élèvent pour demander aux Émiratis de retourner leur veste et de préférer à ce F-35A Lightning II des Airbus DS Typhoon ou des Dassault Aviation Rafale. Les choses ne sont pas aussi simples. Et puis il semble évident que Berlin ou Madrid dans le premier cas et Paris dans le second exigeront des Émirats Arabes Unis les mêmes garanties que Washington DC. Quant à l’option chinoise ou russe apparue ça et là elle est totalement ridicule.

En sommes on voit que Joe Biden compte désormais remettre un peu de transparence et de morale dans les contrats d’exportation d’armement. Ce que faisait déjà son ami Barack Obama !

Photo © ministère néerlandais de la défense.

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9 COMMENTAIRES

  1. Notez que je n’ai aucune confiance dans le F35A: coûts, maintenance, efficacité, performance, incapacité de tirer sur une cible donnée, Les S500 vont s’en donner à coeur joie.
    Le F22 Raptor est vraiment efficace mais interdit à l’exportation.

    • C’est marrant vous n’avez aucune confiance dans le F-35A mais vous tressez des couronnes de lauriers au missile S500. Ça serait presque rigolo si le sujet n’était pas aussi sérieux.

      • sans vouloir jouer les bots pro russes le s500 est quand même accusé d’avoir endommagé un f35 israelien. ce ne sont que des rumeurs mais comme toute rumeurs elles ont toujours un fond de vérité…

        • pardon il s’agirait pas d’un f35 endommagé mais carrément abattu. enfin bon je maintiens ce que je dis sur les rumeurs…

        • Ah oui vous en êtes à propager des rumeurs non fondées, c’est dire si les argumentaires en faveur du S500 sont aiguisés…

        • En même temps, si on peut détruire des batteries de S-500 avec des drones…. Je ne vois pas l’intérêt d’engager des furtifs.
          Les Russes survendent le S-500 (ce qui est normal, c’est du business) mais le système bien que redoutable a des lacunes et des points faibles.

  2. Bonjour,
    Je ne comprend pas le fait de refuser la vente de peur de voir les avions utilisés dans un conflit en cours.
    Les F35 commandés aujourd’hui ne seraient livrés que dans plusieurs années non ?
    J’espère pour les populations du Yémen qu’une solution sera trouvée avant.
    Et entre temps je suppose qu’ils continuent les livraisons de munitions et de pièces qui elles sont bien utilisées immédiatement.

  3. « Transparence et morale » en parlant de Biden, permettez moi de trouver l’expression un peu osée..
    Je ne connais pas les raison réelles de ce veto mais de toutes façons la disproportion des forces est telle que l’achat d’avions supplémentaires ne changerait quasiment rien à ce conflit.
    On sait par contre qu’Israël s’oppose à la vente, peut-être est-ce une piste ?

    • Sans faire de politique, transparence et morale sur des ventes d’armes, c’est étrange. Il y aurait donc des victimes ou des ennemis moraux, qu’il serait bon de tuer et d’autres immoraux?
      On en revient aux errements moraux (pour le coup) des guerres justes. Une guerre juste n’existe pas. Une guerre, quel qu’elle soit est une salle affaire. Tantôt l’ennemi peut répliquer, tantôt il ne peut pas. Le tireur déshumanise plus ou moins son ennemi, c’est fin de ne pas avoir de remords. Mais c’est tout. Un blessé reste un blessé, un mort, un mort.
      Tant mieux si le F35 sort de l’équation. On aura une chance de vendre nos avions.
      Et pour les missiles, le s500 est un missile en cours de développement à très long rayon d’action pour de grosses cibles. Vu les derniers enseignements, je ne suis pas certain que ces gros systèmes soient une menace importante. La lutte anti drones en revanche semble devenir prioritaire.

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