C’est un des enseignements du salon Aero India 2021 qui s’est tenue du mercredi 3 au vendredi 5 février inclus. L’avionneur russe Sukhoi a décidé d’engager ses moyens afin de garantir l’exportation de son chasseur annoncé furtif Su-57. Il s’agit d’une décision logique maintenant que le tout premier exemplaire de série a été livré aux forces aériennes russes. Le célèbre constructeur le présente comme une alternative crédible au Lockheed-Martin F-35A Lightning II américain.

L’arrivée en unité du premier avion de série a été considéré, à très juste titre, comme un évènement dans l’histoire aéronautique russe. Désormais que cet avion a été livré il devient un argument de choc pour une éventuelle exportation. L’expérience montre qu’un avion de combat non utilisé par son pays d’origine a peu de risques de devenir un succès à l’export.
Pour autant rien ne garantit que le Sukhoi Su-57 Felon soit un best-seller en devenir.

D’abord parce qu’il n’arrive pas en pole-position sur le marché des avions de combat à signature radar réduite. Le Lockheed-Martin F-35A Lightning II américain y est déjà présent, et malgré le ressentiment de nombreuses personnes c’est un succès commercial indéniable. Pour autant le Sukhoi Su-57E, la version export donc du Felon, a ses chances auprès de pays n’étant pas forcément dans la sphère d’influence de Washington DC. On pense à des puissances régionales comme l’Égypte, la Turquie, ou encore le Venezuela. Des nations plus mineures comme l’Algérie ou le Kazakhstan ont également faites savoir qu’elles désiraient acquérir l’avion, même s’il semble encore peut-être hors de leur portée.

L’autre point qui fait débat pour voir en ce nouveau chasseur russe un véritable succès à l’international ce sont les réserves émises depuis plusieurs années sur sa furtivité réelle. À la différence là encore du F-35A Lightning II le Su-57 Felon n’est jamais apparu nul part avec le moindre système de dégradation de furtivité. Comme si les Russes craignaient qu’un tel équipement ne révèle qu’en fait leur chasseur n’est pas si discret que cela déjà en configuration lisse. Et pour cela il y a plusieurs facteurs : des entrées d’air très proéminentes, des tuyères de réacteurs particulièrement imposantes, mais aussi une architecture générale assez datée rappelant fortement le Lockheed-Martin F-22A Raptor. Or cet avion sert aux États-Unis depuis déjà une quinzaine d’années, il ne représente donc plus forcément le nec plus ultra de la modernité.

Enfin le Su-57 Felon a un gros cailloux dans sa chaussure : l’Indian Air Force. Cette dernière a décidé de quitter le programme russe car elle ne le voyait pas aboutir à grand-chose de valable. En lieu et place elle a préféré le Dassault Aviation Rafale français qui lui est énormément de choses mais absolument pas un chasseur furtif. Et pourtant les Indiens l’ont acheté au détriment du Felon.

Donc oui on comprend que pour le légitimer sur le scène internationale la Russie ait décidé d’accélérer les tentatives de vente à l’export de son nouveau chasseur mais on peut aussi se demander si là encore Sukhoi ne confond pas vitesse et précipitation. L’avenir nous le dira, en nous révélant au passage l’identité de ce futur premier client. Car une chose semble désormais avérée : l’avion sera vendu à l’étranger. C’est l’échelle à laquelle il sera vendu qui reste inconnue. Un succès commercial comme le MiG-29 ou un flop comme le Su-37 ?

Photo © Wikimédia Commons

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11 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,

    N’étant pas expert en la matière, j’aimerais comprendre ce passage de l’article:

    « le Su-57 Felon n’est jamais apparu nul part avec le moindre système de dégradation de furtivité ».

    Pourquoi est ce qu’il s’agit d’une étape importe ? Est ce que ça fait partie des tests ?

    Le fait d’y rajouter des réservoir et/ou missiles factices risque de faire gonfler sa signature radar et de démontrer qu’il n’est absolument pas furtif ?

    Merci pour vos éclaircissements.

  2. En tout cas, furtif ou pas, je suis fan des peintures de camouflage numérique. Ça change du gris uni d’une grande partie des flottes aériennes du monde.

      • Oui le risque de défection peut encore exister mais si les États-Unis devaient pouvoir acquérir un tel avion ils le feraient sans doute plutôt en graissant la patte à un état jugé par le Pentagone comme faillible sur les questions de corruption. L’Algérie, le Kazakhstan, ou encore le Venezuela seraient les candidats idéaux, via un ou plusieurs intermédiaires bien entendu.

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