C’est le plus long raid aérien de l’histoire aéronautique française contemporaine. Ce dimanche 20 juin 2021 trois avions de combat Dassault Aviation Rafale, accompagnés de quatre ravitailleurs en vol, se sont lancés pour une traversée de la moitié du globe à destination de la Polynésie Française. Moyennant une escale en Californie ils ont réussi à gagner neuf heures sur le temps initialement prévu pour cette mission exceptionnelle. L’Armée de l’Air et de l’Espace est aujourd’hui la seule force aérienne européenne capable de réaliser un tel vol très longue distance.

L’opération Heifara Wakea, exercice de projection de force à très long rayon d’action, prévoyait que les trois Dassault Aviation Rafale F3R mettent 48 heures pour la remplir. Au final il n’aura fallu «que» trente-neuf heures aux deux monoplaces Rafale C et à l’unique biplace Rafale B pour rallier Tahiti depuis la Base Aérienne 118 de Mont-de-Marsan en Nouvelle-Aquitaine. Pour mener à bien leur exercice les trois chasseurs étaient accompagnés de quatre avions de ravitaillement en vol : deux quadriréacteurs d’ancienne génération Boeing C-135FR Stratotanker et deux biréacteurs high-tech Airbus DS A330 MRTT Phénix.
Deux avions-cargos Airbus DS A400M Atlas chargés du personnel de soutien et du fret les ont accompagné.

Un premier trajet de 9630 kilomètres a permis aux avions français de survoler les territoires britanniques et islandais, d’aller titiller le cercle polaire Arctique, puis de redescendre vers le Canada et les États-Unis. Ce dernier pays les accueilli, au travers de ses installations de Travis AFB en Californie. Après avoir redécollés les trois Rafale F3R, les deux C-135FR, les deux A330 MRTT, et les deux A400M ont parcouru 7220 kilomètres au-dessus des eaux du Pacifique afin d’atteindre Tahiti. Les avions ont parcouru un total de 16850 kilomètres en vol.

Ils vont désormais mener plusieurs exercices au-dessus de la Polynésie Française avant de rejoindre l’archipel américain d’Hawaï à l’invitation de son Air National Guard. Là les pilotes de l’Armée de l’Air et de l’Espace «affronteront» leurs Lockheed-Martin F-22A Raptor.
On en salive d’avance.
Ensuite ce sera le temps de reprendre le chemin de la métropole via une escale à Langley AFB près de Washington DC.

En 2021 l’Armée de l’Air et de l’Espace est la seule force aérienne au monde, avec l’US Air Force bien entendu, capable de réaliser un tel exploit. Britanniques, Chinois, ou encore Russes ne peuvent aujourd’hui que rêver de réaliser un raid aérien aussi lointain.
C’est aussi l’occasion pour nos concitoyens du bout du monde de voir de près ces deux fleurons de notre défense que sont l’A330 MRTT Phenix et le Rafale. L’A400M Atlas par contre n’y est pas un inconnu.
Nous aurons l’occasion de revenir sur les autres phases de l’exercice Heifara Wakea, et notamment avec les pilotes américains.

Photo © Armée de l’Air et de l’Espace.

Publicité

13 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    J’avais lu quelques jours avant ce test de déploiement très longue distance que les Rafale devaient être au nombre de 4 pour l’exercice. Je m’étais dit c’est logique puisqu’en 2023, l’AAE veut déployer 20 Rafale et 10 MRTT. Ca sera très démonstratif de ce qu’il faut déployer en termes de logistiques humaines et matérielles.
    Je pensais qu’ils allaient faire leur transit par la Réunion et bien non, ils passent via le pôle nord avec un arrêt provisoire en Californie. Par contre de Californie jusqu’à Tahiti, il n’y a pas beaucoup d’aéroports de secours si le ravitaillement en vol se passe mal et là quand ils seront 20 Rafale, ça risque d’être chaud car plus on est nombreux plus le risque augmente.
    Ce qui n’est pas dit dans votre article, c’est qu’après 9H de vol, les 3 Rafale ont simulé un tir de 6 Scalps pour détruire les défenses d’un ennemi hypothétique. cf article dans Air & Cosmos.
    Je trouve dommage que l’Aéronavale ne participe pas à cet exercice car cela donnerait un message fort à des ennemis potentiels pour dire que quelque-soit le Rafale utilisé, il peut parcourir 17000Km et déployer sa puissance destructrice.

    • C’est justement parce que dans l’article il est prévu de parler d’autres sujets concernant cet exercice que le tir simulé des Scalp n’était pas avancé.

  2. Est-il possible d’expliciter les difficultés concrètes de ce genre de mission et en quoi d’autres pays européens ne pourraient pas la mener ?
    A la lecture de l’article on comprend qu’il s’agit avant tout de disposer de moyens de ravitaillement en vol, aussi on pourrait penser que d’autres nations (UK, Allemagne) seraient en mesure de faire voler leurs avions sur de très longues distances, en utilisant en outre des bases alliées. Il est probable que ce ne soit pas aussi simple que ça.

    • La première des difficultés c’est la fatigue. Un pilote de chasse n’est pas un robot, et rester aussi longtemps dans un poste de pilotage aussi exigu n’est pas donné à tout le monde. La seconde des difficultés c’est la disponibilité des avions ravitailleurs, et notamment le facteur météorologique dans leur mission. Il est quasi impossible de ravitailler en vol un chasseur si la météo est trop dégradée.
      Ensuite nos alliés allemands et britanniques, mais aussi espagnols ou italiens, ne possédant pas de territoires ultramarins aussi éloignés ils seraient en effet obligés d’avoir recours à des bases américaines… ou françaises. Ce qui réduit considérablement leurs capacités. Le plus loin que la RAF puisse déployer ses chasseurs c’est Diego Garcia ou les Malouines.
      Enfin il est évident que Chinois et Russes n’ont pas les accords diplomatiques pour cela, et même pas la capacité de ravitaillement en vol nécessaire pour de tels vols. Pour les Russes ce second point s’arrangera dans quelques années avec l’apparition des Ilyushin Il-96-400TZ.

      • Pour compléter la réponse d’Arnaud, la France est à ma connaissance le seul pays qui possède une composante aérienne de dissuasion nucléaire composée de chasseurs et non de bombardiers stratégiques, ce qui impose ce genre d’exercice de vol longue distance et donc de longue durée, ponctué de ravitaillements en vol

  3. Bonjour Arnaud.
    Beaucoup de sites dont celui de l’armée de l’air ne parlent pas des 2 C-135FR en tout cas pour l’arrivée à Tahiti.
    Juste pour la 1er partie ?
    Avez-vous des précisions svp ?

    Merci pour vos articles quotidiens.

  4. L’AAE ne diffusera surement pas d’information à ce sujet, mais l’aspect humain des pilotes dans un rafale après 9 h de vol et autant de ravito est intéressant à connaitre. Dans quel état de fatigue sont ils? Sont ils apte dès le lendemain à faire une mission de guerre? Y a t il un régime alimentaire spécifique pour ne pas avoir trop d’urine et de selle à évacuer tout en conservant une attention importante?

    Et bien d’autre question physiologique. C’est un exploit technique mais surtout humain. Ne pas l’oublier. Je ne suis pas sur que tout les pilotes soient aptes à ce type de mission.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom