Dans le commerce les clients fidèles ça se chouchoute, la vente d’équipements militaires n’y fait pas exception. Depuis plusieurs jours les médias défense et économiques anglophones et francophones s’en font l’écho : l’Irak négocie actuellement l’achat de quatorze chasseurs omnirôles Dassault Aviation Rafale. Mais pas question ici de millions de dollars ou d’euros, enfin pas directement, puisque ce pays du Golfe compte payer en nature ! Un marché encore fragile mais qui ne demande qu’à être validé après plusieurs mois de pourparlers entre Bagdad et Paris.

Il est donc question de quatorze avions de combat biréacteurs français. Comme d’habitude c’est silence radio du côté de l’avionneur, on en a pris l’habitude. Celui-ci communique à minima sur les contrats d’armement et uniquement une fois ceux-ci signés. C’est donc du côté des médias anglophones spécialisés défense et de leurs homologues économiques, tant anglophones que francophones ce coup là, que les indiscrétions sont venues.
D’abord c’était un secret de Polichinelle que le fait que Français et Irakiens négociaient autour du Rafale. On sait depuis longtemps que ce pays du Moyen-Orient lorgne dessus, depuis très longtemps même. Il se dit souvent que lors du premier vol du démonstrateur technologique Rafale A en 1986 des émissaires de l’ancien dictateur Saddam Hussein avaient fait part de leur intérêt pour cette machine.

La guerre du Golfe de 1990-1991 puis plus tard celle de 2003 allaient radicalement changé la donne. L’instabilité institutionnelle et la relative banqueroute du pays n’arrangeant en rien la situation la vente de Rafale était devenue impossible pour Paris. Sauf qu’aujourd’hui l’Irak a retrouvé un semblant de stabilité et est redevenue une puissance économique régionale, grâce à ses réserves d’hydrocarbures. Mais surtout nos deux pays se reparlent. Pas au point de ce qu’il se passait au temps du baasisme mais les diplomaties françaises et irakiennes ont de très bonnes relations. Les Rafale de l’Armée de l’Air et de l’Espace s’exercent par exemple avec les chasseurs irakiens Lockheed-Martin F-16IQ Fighting Falcon. Sans compter le fait qu’au sol les troupes irakiennes ont pu compter sur les avions français au plus fort de la guerre contre le khalifat de Daech.
Quand on met tout cela bout à bout on obtient forcément une Irak désireuse de retrouver sa puissance aérienne de jadis, et ce grâce notamment au Dassault Aviation Rafale.

Une grosse inconnue demeure cependant. Est t-il question de quatorze Rafale F3R de seconde main rachetés à la France sur un modèle de ce qui s’est fait avec la Croatie ? Ou bien l’Irak de 2022 va t-elle investir dans des Rafale F4 flambants neufs, au risque de devoir attendre de longues années avant de les recevoir ?
Une troisième option semble prometteuse : un mélange des deux. Six ou huit avions de seconde main et le reliquat en machines neuves.

Surtout donc c’est le mode de paiement qui est intéressant pour la France : l’Irak règlerait la note en nature. Les Irakiens ne produisent pas d’orange, n’élèvent pas de bovins, et ne font pas pousser de blé. Là-dessus on est d’accord. Par contre ils ont un des rares sous-sols à encore regorger de pétrole. Et le pétrole irakien, la France l’aime. Elle l’a pas mal utilisé dans les années 1970-1980.

Pour Dassault Aviation donc cette vente de quatorze Rafale serait une excellente nouvelle. Non pas que l’avionneur français damerait le pion à Airbus DS, Boeing, Lockheed-Martin, ou Sukhoi puisqu’il n’y a là aucune compétition officielle. Le Rafale est seul en lice ! Non pour l’avionneur clodoaldien ce serait le grand retour d’une Al Quwwat al Jawwiyah al Iraqiyyah jusque là très amatrice en aéronefs français. Outre les hélicoptères d’Aérospatiale la force aérienne irakienne utilisa sous l’ère Saddam Hussein des jets d’affaire Falcon 50 et des chasseurs-bombardiers Mirage F1EQ/BQ. Fait un peu oublié elle loua même entre 1983 et 1985 un lot de cinq Super-Étendard, alors même qu’elle ne possédait pas la moindre aviation navale digne de ce nom.
Mirage F1 et Super-Étendard connurent tous deux le feu sous les couleurs irakiennes, avec à chaque fois des succès à la clef.

Le contrat en construction contient deux autres chapitres. Le premier concerne des drones tactiques et le second des obusiers Caesar, deux matériels de pointe fabriqués par la France et que les Irakiens connaissent bien. À n’en pas douter l’issu devrait être rapide, et sans nul doute très heureuse pour Dassault Aviation et ses ingénieurs et ouvriers.
Affaire donc à suivre.

Photo © Armée de l’Air et de l’Espace

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9 COMMENTAIRES

  1. L’Iraq loua des super étendard, car elle avait besoin d’une plateforme de tir des AM39 qu’elle avait acheté en même temps que les Mirage F1EQ. Or les missiles étaient disponibles (et livrés) bien avant les Mirage….

    • C’est lourd les gens qui comme vous écrivent Iraq. Vous vous prenez pour un Américain ou quoi Jojo ? Irak c’est trop franchouillard pour vous ?

    • Sauf qu’en France Stéphane le droit de grève est constitutionnel. Le remettre en question c’est remettre en cause les avancées sociales de nos anciens de 1936.

  2. Bonjour et merci pour vos articles passionnants
    Jai failli m’etouffer ! Retour aux vieilles méthodes douteuses…pas sûr quel la démarche soit très légale….le pétrole s’achète sur des marchés ….si le gouvernement s’engage sur un truc comme ça….il va y avoir du rebondissement et un sacré débat politique !

    • Pourquoi pas legale?

      Les rafales ont une valeur, le petrole a une valeur aussi, cela reste un echnage de valeurs.
      Sinon on peut faire circuler de l argent dans les deux sens, je te fais un cheque, tu m en fais un, mais cela revient au meme.
      C est comme dire que acheter du petrole Emirati contre des airbus serait illegal. C est juste du commerce. C ets tout ce qu il y a de plus naturel.

  3. Le contrat avec l’Irak semblerait plus certainement concerner des Rafale neufs même si le prêt de 5/6 Rafale de L’AAE pourrait se faire mais sur une courte durée. l’AAE est déjà bien assez impactée par le prélèvement de 24 Rafale sur ces 103 en parc soit presque 25% de sa flotte… Quant au financement c’est pas un paiement directement en pétrole mais sur base d’un reversement à la France des royalties de sa vente sur le marché international. L’Irak dispose de 100 mds de baril de réserve et en produit 1.5 mds/an. La on serait autour de 30 millions pour 14 Rafale neufs soit 2% de sa production annuelle.

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