Plus des trois-quarts de la superficie boisée au Canada est couverte par la forêt boréale qui est particulièrement propice aux feux naturels. Autre particularité, le couvert forestier canadien est à 90% situé sur des terres publiques sous la juridiction des États fédérés (Provinces) à qui incombe les responsabilités de la gestion et de la protection des forêts. Au fil des ans, la plupart des Provinces sont dotées de leurs propres flottes d’aéronefs bombardiers d’eau, alors que d’autres (particulièrement dans l’Ouest canadien) font plutôt appel à des entreprises privées (Contractors) spécialisées dans ce domaine.
Personne ne sera étonnée d’apprendre que le premier aéronef au monde conçu spécifiquement comme bombardier d’eau fut le Canadair CL-215 fabriqué à Montréal. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, tant les services aériens provinciaux, que des entreprises privées, avaient toutefois commencé à bricoler des avions qu’ils avaient sous la main pour en faire des bombardiers d’eau. Mis sur pied en 1924, l’Ontario Provincial Air Service a jeté les premières bases des bombardiers d’eau en modifiant des avions de brousse Noorduyn Norseman et De Havilland Canada DHC-2 Beaver.
À l’autre bout du pays, en Colombie-Britannique, l’entreprise Skyway Air Service allait également s’y mettre à partir de biplans Boeing Stearman initialement modifiés pour les pulvérisations agricoles. Fait anecdotique, cette entreprise fut fondée en 1946 par le canadien Art Seller. Pilote de Supermarine Spitfire durant la guerre, et abattu par la flak lors de la Campagne de Normandie, Seller ne perdit pas pour autant sa passion de voler durant son internement en Allemagne.
Vers la fin des années 1950, voulant disposer de bombardiers d’eau et d’avions d’épandage plus conséquents, Skyway fit l’acquisition d’un lot d’avions Grumman TBM-3 Avenger excédentaires auprès de la Marine royale canadienne. Visionnaire hyperactif, mais aux prises avec des problèmes de santé à la fin des années 1960, Seller décida de se départir d’une partie des activités de Skyway également active dans les domaines du transport et de la formation de pilotes. Ainsi, les avions et le personnel de la division des bombardiers d’eau et avions d’épandage fut cédée à la nouvelle entreprise Conair Group (contraction de Contractor), mise sur pied en 1969 par d’anciens employés de Skyway. Déjà propriétaire de l’entreprise Cascade Aerospace spécialisée dans la maintenance d’aéronefs, Barry Marsden devint co-fondateur de Conair.

Épine dorsale de Conair à ses débuts, les TBM Avenger furent remplacés au fil du temps par des avions plus performants. Dès le début des années 1970, Conair fit l’acquisition d’appareils Douglas A-26 Invader et les modifia pour en faire des bombardiers d’eau. Suivra peu de temps après le Conair Firecat, une version modifiée d’appareils Grumann S-2 Tracker et De Havilland Canada CS2F Tracker. La notoriété de Conair comme concepteur d’avions de lutte contre les incendies de forêt dépassa bientôt les frontières canadiennes avec l’exportation des premiers appareils Firecat vers la France en 1982. Vers la fin des années 1980, apparût le Conair Turbo Firecat doté de turbopropulseurs Pratt & Whitney Canada PT6A-67AF. Fort appréciés, les Turbo Firecat demeurèrent en service au sein de la Sécurité civile française jusqu’en 2022.




Parallèlement, Conair s’attaqua aussi à la modification d’avions de plus grande taille. Doté d’une capacité de plus de 11000 litres, le Conair / Douglas DC-6 fut le premier bombardier LAT (Large Air Tanker) en Amérique du Nord lors de son entrée en service en 1971. Ne se limitant pas au Canada, Conair déploya également ces impressionnants bombardiers d’eau aux États-Unis et aussi loin que l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Suivront la conversion dans les années 1980 d’avions Fokker F-27, puis dans les années 1990 de quadrimoteurs Lockheed L-188 Electra, et finalement de bimoteurs Convair CV-580 au début des années 2000. Ces robustes bombardiers d’eau vont demeurer en service de Conair pendant des décennies, le dernier Electra étant retiré du service en 2020 et les derniers Convair 580 en 2022.




En 2009, Conair se lance aussi dans la conversion d’avions à réaction Avro RJ85. Conçu à l’origine pour atterrir à l’aéroport de London City, un aéroport britannique exigeant, le quadriréacteur Avro RJ se révèle un bombardier d’eau performant. Conair a converti plus d’une vingtaine de ces avions britanniques à ce jour.

À la demande de la Sécurité civile française, Conair va également débuter en 2005 la livraison de ses premiers Bombardier Q-400MR qui fut le premier avion au monde à obtenir la certification de la FAA et de l’EASA pour le transport de passagers, de fret et de produit ignifuge. Le Q-400MR peut être utilisé pour la lutte contre les incendies de forêt et, grâce à un aménagement intérieur modulable, peut être rapidement réaménagé comme avion de passagers (64 places), avion cargo (neuf tonnes) ou avion mixte (19 places et fret) pour d’autres missions.

Une version uniquement dédiée à la lutte aux incendies, le Q-400AT est également offerte depuis 2020 par Conair. À ce jour, près d’une trentaine de Dash 8-400 sont passés dans les ateliers de conversion de Conair qui est toujours à l’affût pour acquérir des appareils de seconde main en bon état. La complétion est toutefois féroce, car les Bombardier Dash 8-400 sont toujours en demande, alors que leur production a cessée en 2021. De Havilland Canada envisage d’ailleurs de relancer la production d’une nouvelle version de ce polyvalent avion de transport régional utilisé à toutes les sauces.

Conair peut s’enorgueillir d’avoir converti à ce jour plus de deux cents aéronefs en bombardiers d’eau et d’avoir combattu les feux de brousse tant au Canada, qu’aux États-Unis et en Australie. Sa flotte actuelle compte près de 75 aéronefs, dont une soixantaine basés à Abbotsford en Colombie-Britannique et une douzaine chez sa filiale américaine Aero-Flite à Spokane dans l’État de Washington. Tant Conair, que sa filiale américaine, font appel à des appareils modifiés par l’entreprise elle-même, mais aussi provenant d’autres constructeurs. Renouant en quelque sorte avec ses origines dans le domaine de l’épandage agricole, Conair aligne aussi dans sa flotte actuelle des petits bombardiers d’eau Air Tractor AT-802F. Des hydravions Bombardier CL-415 volent également aux couleurs de sa filiale Aero-Flite.



Malgré la soixantaine qui approche, Conair n’a pas perdu le feu sacré qui l’anime et ne craint pas le jeunot Coulson, une autre entreprise canadienne tout aussi célèbre dans le domaine.
NDLR Parmi les cinéphiles, le nom Conair va sûrement évoquer le film d’action déjanté Con Air (1997) avec Nicolas Cage comme acteur principal et mettant aussi en vedette un Fairchild C-123 Provider.
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