L’Aéropostale évoque une époque glorieuse de l’aviation française, notamment incarnée par Antoine de Saint-Exupéry et ses fameux récits livres Courrier sud (1929), Vol de nuit (1931) et Terre des hommes (1939) qui rendent hommage aux courageux pilotes défiant la mort pour livrer leur précieuse cargaison. Sans l’opiniâtreté du visionnaire Pierre Georges Latécoère, cette belle aventure n’aurait jamais décollée. Sous la direction de l’ingénieur Marcel Moine, des avions postaux de plus en plus performants naîtront aux usines Latécoère à Montaudran (Toulouse). Le plus abouti des monomoteurs de l’Aéropostale fut sans contredit le Latécoère 28 (Laté 28) qui battit d’inombrables records mondiaux, dans les années qui ont suivi sa mise en service en 1929.
Le Laté 28 fut construit en une cinquantaine d’exemplaires et décliné en plusieurs versions terrestres, ainsi qu’en hydravion. Outre ses excellentes qualités de vol et son long rayon d’action, il a grâce à sa robustesse et sa fiabilité, offert un outil précieux pour le développement des liaisons aéropostales. Dans sa version avion de ligne, il pouvait transporter huit passagers dans un grand confort, pour l’époque.
C’était un avion monomoteur à aile haute haubanée de conception classique. Le fuselage, de section rectangulaire et arrondi sur le dessus, était constitué d’une structure métallique, recouverte de métal pour les parties avant et centrale alors que le revêtement de la partie arrière était en toile. Dans sa version avion de ligne, la cabine passagers comportait quatre rangées de sièges, disposées deux par deux sur les côtés, séparées par une allée. À l’arrière de la cabine se trouvait un bloc sanitaire avec lavabo, ainsi qu’une soute à bagages. L’aile était composée de deux longerons en duralumin et de nervures en bois, le tout recouverts de tissu.
Le premier vol du Laté 28 eut lieu le 26 février 1929. Les versions de série 28.0 et 28.1 étaient respectivement motorisés avec des Renault 12Jbr de 500 ch. et Hispano-Suiza 12Hbxr de même puissance mais qui offrait une meilleure vitesse ascensionnelle. Ce furent de loin les versions les plus produites. Dès mai 1929, l’appareil commença à desservir la ligne Toulouse-Casablanca, avec escales à Barcelone, Alicante, Malaga et Tanger. En août de la même année, le Laté 28 commença à voler sur la ligne Paris-Madrid.
Les hydravions Laté 28.3 étaient quant à eux équipés du moteur Hispano Suiza 12Lbr, qui pouvait générer jusqu’à 650 ch. Un de ces hydravions, muni de réservoirs additionnels de carburant en cabine et transportant 200kg de courrier, effectua un vol historique. Nommé Comte de La Vaulx, et piloté par Jean Mermoz, ce Laté 28.3 effectua les 12 et 13 mai 1930 une traversée de l’Atlantique Sud sans escale, de Saint-Louis au Sénégal à Natal au Brésil. Un périple de près de 3200km qui dura 21 heures. Malheureusement, l’avion se perdit en mer lors du vol retour. À l’approche des côtes africaines, une panne de moteur contraignit l’équipage à amerrir durement à environ 900 mètres du rivage. Les trois membres d’équipage et sacs de courrier furent secourus par un navire, mais l’avion coula par la suite. Bien qu’ayant prouvé la faisabilité d’un aussi long vol, le Laté 28.3 ne fut pas utilisé pour un service régulier trans-atlantque. Cela viendra avec des hydravions à coque plus tard, notamment grâce aux Laté 300 et Laté 521.
Durant sa carrière le Laté 28 devint l’appareil principal de l’Aéropostale jusqu’en 1932, lorsque l’entreprise fut liquidée absorbée par une nouvelle entité qui deviendra Air France en 1933. Sous les couleurs d’Air France, les Laté 28 vont poursuivre leur carrière jusqu’en 1939, les derniers exemplaires étant utilisés pour le transport de fret. Un certain nombre d’appareils Laté 28 vont également continuer à voler en Amérique du Sud après la disparition de l’Aéropostale sur des lignes initialement fondées comme filiales au Venezuela et en Argentine.
Durant la guerre civile espagnole, l’Armée de l’air républicaine reçut huit appareils Laté 28 de la France. Deux ou trois appareils modifiés en bombardiers improvisés, auraient participé à une attaque contre l’aérodrome de Grenade. Trois Laté 28.9 furent également utilisés à des fins militaires par le Venezuela.
Version unique d’un hydravion de raid spécialement modifié, le Laté 28.5 fut commandé par la Marine Nationale française et baptisé La Frégate. Disposant d’une structure renforcée, avec un moteur Hispano-Suiza 12Nbr de 650 ch et des flotteurs élargis, il battit seize records mondiaux pour hydravions, entre 1930 et 1931. Transformé en hydravion torpilleur en 1931, et désigné Laté 29.0, ce prototype donnera naissance au Latécoère L.290.
Considéré comme un des meilleurs avions commerciaux de sa génération, il ne subsiste aucun exemplaire original préservé du mythique Laté 28. Toutefois, à l’initiative de Toulouse Métropole, et de l’organisme L’Envol des Pionniers, un projet d’envergure vise à reconstruire à l’identique un avion Laté 28 sur l’emplacement même où il vola pour la première fois il y a près de 100 ans.
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