La lutte aux feux de forêt implique de nos jours des moyens aériens impensables aux débuts de l’aviation. La première patrouille forestière fut réalisée en 1919 au Canada. L’appareil alors utilisé était un Curtiss HS-2L, un hydravion de patrouille maritime démobilisé et acquis par l’entreprise Laurentide Paper au Québec. Bientôt germa l’idée d’utiliser des hydravions pour déposer des équipes de sapeurs-pompiers et leur équipement au plus près des feux à combattre. La multitude de lacs parsemés dans les vastes forêts canadiennes constituaient autant de points d’accès par la voie des airs.
Dès sa création en 1924, l’Aviation royale canadienne (ARC) se vit confier diverses missions de nature civile, dont la principale était de photographier et cartographier d’immenses contrées sauvages encore peu documentées. À cette fin, l’ARC fit notamment l’acquisition d’une flotte d’hydravions Canadian Vickers Vedette. Bien que ces hydravions légers constituaient aussi une plate-forme adéquate pour la détection de feux de forêt, leur capacité d’emport était insuffisante pour transporter des équipes de sapeurs-pompiers. À la demande de l’ARC, Canadian Vickers développa donc un « Super Vedette » bimoteur nommé Varuna. La sous-motorisation du Varuna, combinée à sa coque en bois fragile, qui avait en outre tendance à se gorger d’eau, firent en sorte que l’ARC émit rapidement une nouvelle directive pour un hydravion plus puissant avec une coque en métal.
Initialement prévu comme une nouvelle version du Varuna, Canadian Vickers opta finalement pour un hydravion entièrement nouveau face au cahier de charges exigeant de l’ARC. Nommé Vancouver, ce nouvel hydravion effectua son premier vol en avril 1929. Désigné Mk.1, le prototype était muni d’une coque en duralumin (un alliage d’aluminium), mais motorisé avec des moteurs en étoile Armstrong Siddeley Lynx IV jugés rapidement inadéquats lors des essais subséquents par des pilotes de l’ARC. Les appareils Vancouver Mk.2 furent donc offerts avec des moteurs plus puissants, soit des Lynx IVC ou des Wright J-6 Whirlwind. Ce sont deux appareils munis de ces moteurs américains qui furent les premiers pris en charge par l’ARC en juillet 1930, les autres suivant en cours d’année avec des Lynx IVC. Tous les Vancouver Mk.2 furent dirigés vers l’Ouest canadien. L’année 1930 fut particulièrement active, avec plus de 500 feux de forêt signalés au Manitoba et en Saskatchewan. La plupart de ces feux avaient été détectés par voie aérienne et, malgré son arrivée tardive, le Vancouver joua un rôle essentiel dans le transport des équipes de lutte contre ces incendies. Le Vancouver pouvait transporter jusque’à six sapeurs-pompiers avec leur équipement, en plus des deux membres d’équipage.
En 1931, les appareils Vancouver participèrent également à des essais de transport de courrier, ainsi qu’à des missions de lutte à la contrebande d’alcool, une activité fort lucrative en cette ère de prohibition aux États-Unis. La Grande Dépression des années 1930 a toutefois limité à six (prototype compris) le nombre d’appareils Vancouver commandés par l’ARC.
Dès 1934, l’État major de l’ARC souhaita délaisser ses tâches de nature civile au profit de missions strictement militaire. En l’absence d’autres grands hydravions dans ses rangs, et par le besoin d’appareils pour protéger les eaux côtières, l’ARC décida subséquemment de convertir les Vancouver en avions de patrouille maritime. La militarisation des Vancouver s’acheva en 1936, un processus qui, toutefois, augmenta la traînée et le poids des appareils. Avec l’ajout de postes de mitrailleur avant et arrière, ainsi que l’emport de bombes, il est rapidement devenu évident que les moteurs d’origine ne pouvaient fournir la puissance requise. Canadian Vickers remédia à la situation en remplaçant les moteurs Lynx IVC par des Armstrong Siddeley Serval. Ces appareils furent désignés Vancouver Mk IIS/S. D’autres appareils destinés à l’entraînement conservèrent leur moteurs Wright J-6 et furent quant eux désignés Vancouver Mk IIS/W.
Les hydravions de patrouille maritime Vancouver furent déployés sur la côte du Pacifique. Mais leur nouvelle carrière fut de courte durée. Face aux tensions croissantes en Europe et en Asie, l’ARC avait commandé une quarantaine d’hydravions Supermarine Stranraer, assemblés par Canadian Vickers, dont les premiers entrèrent en service dès l’automne 1938. Les derniers appareils Vancouver, affectés uniquement à la formation, furent retirés du service en 1940. Entretemps, le Vancouver Mk.1 avait déjà été ferraillé, et un autre appareil amarré détruit lors d’une tempête. Les appareils restants furent tous éliminés, aucun n’étant conservé par un musée.
Quant à l’entreprise Canadian Vickers, elle assemblera par la suite des hydravions PBY-5 Canso (version canadienne du Catalina) avant d’être nationalisée en 1944. Devenu Canadair, l’avionneur concevra le premier bombardier d’eau spécifiquement conçu à cette fin, soit le CL-215, franchissant ainsi une nouvelle étape dans la lutte aux feux de forêt.
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